Skyrock, la dernière des radios libres

Publié le 13 avril 2011 à 15h17 dans Actualité

« À tout moment, la radio peut s’arrêter […] Sauvez votre radio, sauvez la liberté d’expression. »

Ce sont les mots prononcés Mardi soir, le 12 avril 2011, par Difool, Directeur général et animateur ultra populaire de Skyrock.

Plus tôt dans la soirée, le personnel de la chaine apprend par le bouche à oreille et des communiqués de la presse le débarquement de Pierre Bellanger, fondateur de la radio en 1986.
« C’est ce qui nous choque, même si ça n’aurait rien changé au final, nous aurions aimés apprendre la nouvelle par quelqu’un d’autre que par la presse » ont attesté Fred Musa (17 ans sur l’antenne) et l’équipe de la radio libre menée par David Massard.

Axa Private Equity, actionnaire majoritaire de la maison skyrock (70 % du capital) cherche à se désengager d’une radio très populaire, mais qui ne génère que trop peu de bénéfices selon la société. Et la solution que semble avoir trouvé le groupe est de remplacer le fondateur de la station Pierre Bellanger par Marc Laufer. Le premier, a toujours défendu ses animateurs et la promotion des jeunes artistes
de la culture urbaine. Le second, à l’inverse est connu pour sa politique économique très net et l’on promet une taille d’un quart du personnel de la radio (50 salariés parmi les 200 que compte Skyrock).

L’ambition des grands actionnaires ici est claire et définie : fini les procès à centaines de milliers d’euros, il faut redorer le blason de la station. Fini le « rap », fini les « racailles », Skyrock doit faire peau neuve et rentrer dans le rang des radios populaires et modernes.

Depuis plus de quinze ans, c’est tour à tour, La Fouine, Sinik, le 113 et bien d’autres artistes de la scène Rap et R’n'B qui ont été découverts et soutenus par Sky. Et même si aujourd’hui ils se mobilisent eux aussi pour défendre la radio, l’avenir semble bien sombre pour Difool, Fred et les autres employés de la station. Au-delà de ça c’est avec la disparition de « l’esprit Sky » que la jeunesse déshéritée sera sanctionnée.

Nous sommes témoins impuissant du démantèlement de Skyrock, la dernière des radios libres.

2 réactions

  1. #1 Shrees le 13 avril 2011

    « Le premier, a toujours défendu la promotion des jeunes artistes de la culture urbaine. »
    I lol’d so hard

  2. #2 Shrees le 18 avril 2011

    http://www.goutemesdisques.com/dossiers/id/ne-pleurons-pas-pour-skyrock/

    Alors comme ça, depuis 48 heures, il y a des airs de mutinerie du coté de la rue Grenetta, siège du tout puissant Skyrock. Il faut dire que les deux grands pontes de la radio « Rap et R&B non stop », Fred Musa et Difool, ont décidé de planter les barricades et d’en appeler à « la liberté d’expression » (sic). L’origine de leur courroux? La placardisation du président, fondateur et maitre-à-penser de la radio numéro 1 des adolescents par les actionnaires au profit de Marc Laufer, un ex-cadre du groupe Next (RMC, BFM…).

    Voila les faits bruts. En interprétant un peu, on se demande ce qui a provoqué tout ce remue-ménage. D’abord en haut lieu: on peut penser que les frasques spectaculaires de Bellanger (condamné pour « corruption de mineure ») et les conséquences désastreuses en terme d’image ont terni la réputation d’un homme à la carrière jusqu’ici couronnée de succès. Aussi, on a appris aujourd’hui que le fonds Axa Private Equity, propriétaire de Sky, compte mettre en vente la radio et, dans ce but, il est pertinent de faire un peu le ménage – même si l’on a appris il y a peu que Bellanger ne s’oppose pas à cette opération, ce qui rend cette histoire d’autant plus surréaliste.

    Voyons maintenant du coté des salariés: il est légitime que les employés de la radio s’inquiètent d’un changement de gouvernance, surtout qu’on parle de suppressions d’emplois pour rééquilibrer les comptes. Tout le monde a peur pour son job, c’est normal et c’est triste. Pourtant, c’est le dinosaure Difool, animateur le matin, le soir et directeur d’antenne le reste du temps, qui mène la fronde (notamment lors d’une improbable radio libre jusqu’à 00h45 hier soir). L’ex-présentateur de Dance Machine hurle à la censure. C’est vrai que, merde, parler trois heures tous les soirs de foutre et de caca, ça mérite de se battre. Plus cyniquement, il semble évident que les caciques de l’unique radio rap nationale en France craignent pour leur position dominante et, plus simplement, pour la fin de leur bizness.

    Passés ces trois paragraphes Morandinesques, on peut maintenant revenir sur la seule chose intéressante dans ce dossier: le hip hop. Affirmons le haut et fort: une fermeture de Skyrock (ou un changement de programmation, c’est pareil, peu importe) serait une formidable touche d’espoir pour le hip hop en France.

    Le rap jeu d’ici, nous le connaissons bien, il est aimanté par cette radio. Tout rappeur débutant sait qu’il doit faire sa semaine Planète Rap pour avoir une chance de percer, faisant de Bellanger, Bouneau (directeur général), Musa, Difool et leurs copains d’incroyables décideurs et marchands d’influence. C’est ainsi que, lentement mais surement, le hip hop français s’est docilement adapté au « format Skyrock »: paroles hardcores mais pas trop, production ultra-standardisée, street credibility travaillée au quart de poil, conformisme raisonnable…

    Skyrock se considère comme la radio du rap mais elle n’a jamais été la radio de tous les raps. Quand j’avais 14 ans et que je n’avais que mon poste pour écouter du son, j’aurais voulu entendre un peu plus de A Tribe Called Quest, de Fabe, d’Oxmo Puccino, de DJ Quik, de Rocé… Au lieu de cela, c’était toujours le même roster avec de rares ajouts. J’en veux à Sky d’avoir considérablement limité mon champ de vision rapologique, je leur en veux d’avoir imposé ses choix cyniques à des générations entières de fans de hip hop.

    Depuis hier, Skyrock diffuse des jingles apocalyptiques. On y entend notamment que « sans Skyrock plus de rap, plus de R’n’B ». C’est drôle venant d’une radio qui diffusait surtout Lady Gaga, Katy Perry et les Black Eyed Peas ces derniers temps, de véritables vedettes du genre… Ca l’est d’autant plus venant d’un média qui a coupé en 2004 tous micros aux artistes venant faire leurs shows nocturnes, seuls véritables espaces sans aucun contrôle éditorial. Sans raison tangible, la bande à Bouneau a mis fin au Bumrush de Cut Killer, au BOSS de Joey Starr, au Couvre Feu du Secteur Ä, à Total Kheops et on en passe… Et puis, putain, en 2011, plus personne n’a besoin d’une radio pour se forger une culture musicale. Il suffit désormais d’une simple connexion internet et d’une bonne dose de curiosité, rien de plus.

    Dans cet article écrit à chaud et dans un état d’esprit extrêmement subjectif, je me dois de rassembler ma pensée en quelques mots: il est honteux que Skyrock se considère comme un gardien du temple hip hop vu qu’il en est un de ses principaux vandales. Son éventuelle disparition serait donc une excellente nouvelle pour le rap français dans son entièreté (en dispersant le carré VIP d’artistes crée par les décideurs de cette radio) et, de toute façon, d’autres façons de découvrir la musique ont pris le relais et seraient facilement adoptés par tous une fois le micro éteint.

    Alors voila, personne ne serait dire à l’heure actuelle de quoi sera fait le futur de Skyrock et j’adresse toute ma sympathie aux salariés craignant pour leur job, mais je ne verserais aucune larme si le rideau devait tomber. Bien au contraire.

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