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	<title>La Politeia, la revue collaborative en ligne &#187; Société</title>
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	<description>Parce qu&#039;il n&#039;y a pas de liberté sans politique.</description>
	<lastBuildDate>Fri, 25 Nov 2011 18:04:17 +0000</lastBuildDate>
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		<title>Petit traité de l&#8217;individualisme</title>
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		<pubDate>Sun, 06 Nov 2011 14:52:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>gg</dc:creator>
				<category><![CDATA[Expression libre]]></category>
		<category><![CDATA[Langage]]></category>
		<category><![CDATA[Pamphlet]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>

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		<description><![CDATA[On entend dire de part et d'autre que la société d'aujourd'hui, marquée par le consumérisme effréné et le chacun pour soi, serait de plus en plus «&#160;individualiste&#160;». Dans une certaine acceptation, cette affirmation est vraie. Cependant, l'individualisme au sens noble pourrait au contraire s'avérer être un solide rempart contre les mentalités qui lui sont trop souvent injustement liées. Quelques réflexions sur un mélange des genres pas si innocent.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p lang="fr-FR">&nbsp;</p>
<p lang="fr-FR"><em>Parmi les innombrables termes philosopho-politiques hautement discutés depuis les origines de l&#8217;humanité, ceux de la Liberté et de l&#8217;Individualisme figurent à un rang plus que respectable. Et, comme tout mot de vocabulaire associé à un minimum de complexité, ceux-ci font l&#8217;objet de moult définitions pouvant prêter à confusion ; conceptions parfois antagonistes, parfois semblables, parfois positives, parfois négatives, parfois manichéennes, parfois nuancées. Je réserve d&#8217;ailleurs l&#8217;étude de ces problèmes de communication liés au langage, menant le plus souvent à une difficulté voire une impossibilité totale de se comprendre entre êtres humains, à un article ultérieur.</em></p>
<p lang="fr-FR"><em>Un peu comme je l&#8217;ai fait pour la Liberté, j&#8217;évoquerai donc seulement ici, certes de manière bien éloignée de la masturbation intellectuelle académique officielle mais en toute humilité et en toute subjectivité assumée, ma vision propre et personnelle de ce qu&#8217;est l&#8217;individualisme, ou plutôt de ce que sont LES individualismes.</em></p>
<p lang="fr-FR">&nbsp;</p>
<p lang="fr-FR">&nbsp;</p>
<h3><strong>Quel est le rapport avec la choucroute</strong></h3>
<p lang="fr-FR">&nbsp;</p>
<p lang="fr-FR">Afin de se faire une toute première idée de ce qui est communément entendu par « individualisme », prenons en exemple la définition donnée par la Bible des temps modernes, j&#8217;ai nommé : Wikipédia.</p>
<p lang="fr-FR">(en anglais, car je la trouve bien plus adaptée à cet article que celle en français)</p>
<p lang="fr-FR">&nbsp;</p>
<p lang="fr-FR"><em>Individualism is the moral stance, political philosophy, ideology, or social outlook that stresses &laquo;&nbsp;the moral worth of the individual&nbsp;&raquo;.[1] Individualists promote <span style="text-decoration: underline">the exercise of one&#8217;s goals and desires</span> and so value <span style="text-decoration: underline">independence and self-reliance</span>[2] while <span style="text-decoration: underline">opposing most external interference upon one&#8217;s own interests, whether by society, family or any other group or institution</span>.[2]  Individualism makes the individual its focus[1] and so starts &laquo;&nbsp;with the fundamental premise that the human individual is of primary importance in the <span style="text-decoration: underline">struggle for liberation</span>.&nbsp;&raquo; Classical liberalism (including libertarianism), existentialism and anarchism (especially individualist anarchism) are examples of movements that take the <span style="text-decoration: underline">human individual as a central unit of analysis</span>.[3]  It has also been used as a term denoting &laquo;&nbsp;The quality of being an individual; individuality&nbsp;&raquo;[2] related to possessing &laquo;&nbsp;<span style="text-decoration: underline">An individual characteristic</span>; a quirk.&nbsp;&raquo;[2]</em></p>
<p lang="fr-FR"><em><br />
</em></p>
<p lang="fr-FR">Évidement, il ne s&#8217;agit là que d&#8217;un exemple pour illustrer mon propos, incomplet, orienté, imparfait, mais on peut déjà en dégager diverses choses sur le ressenti culturel à propos du concept d&#8217;individualisme.</p>
<p lang="fr-FR">Bien sûr, on retrouve le fait que l&#8217;individualisme est large, couvre plusieurs domaines de « sciences humaines » (philosophie, politique, sociologie,&#8230;), et est revendiqué par de nombreuses personnes d&#8217;horizons politiques très différents. Mais on y décèle également un lien avec les concepts d&#8217;émancipation, de droits de l&#8217;être humain, et donc de liberté ; et, surtout, une opposition (supposée) entre l&#8217;individu, instrument de sa propre libération, et le groupe, la communauté, autrui.</p>
<p lang="fr-FR">Ce mélange des genres est pourtant bien inadapté. L&#8217;individualisme, source de liberté et d&#8217;émancipation, serait-il ainsi incompatible avec l&#8217;immonde oppression représentée par la communauté ? L&#8217;individu ne pourrait-il se rendre indépendant, libre, que par le rejet de toute influence de l&#8217;autre ? La satisfaction des intérêts égoïstes et personnels de l&#8217;individu – car c&#8217;est bien de cela dont il s&#8217;agit -, seraient donc une condition sine qua non de l&#8217;accès à cette liberté de l&#8217;individu ?</p>
<p lang="fr-FR">En réalité, il n&#8217;existe pas un seul individualisme, mais au moins deux. En assimilant, d&#8217;un côté, l&#8217;individualisme de l&#8217;émancipation, de la liberté, des droits, de la créativité, de l&#8217;unicité de la personne ; et, de l&#8217;autre, l&#8217;individualisme égocentré, égoïste, anti-communautaire, on réalise là une dangereuse synthèse idéologique. S&#8217;il faut exacerber l&#8217;individualisme pour être libre, et que l&#8217;individualisme est intimement lié aux besoins et intérêts de l&#8217;individu – contre ceux de la communauté -, alors défendre la liberté équivaut à promouvoir ce culte intense du Moi, ce dégoût déguisé de la masse et des autres, cet égocentrisme jugé libérateur. C&#8217;est le sophisme déployé par l&#8217;idéologie dominante libérale. Relier, dans l&#8217;esprit des gens, l&#8217;individu déconnecté de la masse, agissant pour sa gueule, consommant « pour devenir soi-même », et l&#8217;individu libre, émancipé, unique, créatif, intéressant. Il s&#8217;agit de légitimer des comportements barbares et égoïstes, allant de pair avec l&#8217;esprit et le fonctionnement intrinsèque du système capitaliste, au motif que ceux-ci, non satisfaits d&#8217;être « dans la nature humaine », seraient également une condition de son épanouissement.</p>
<p lang="fr-FR">&nbsp;</p>
<p lang="fr-FR">Pourtant, l&#8217;individualisme n&#8217;est pas foncièrement mauvais. Il faut juste différencier ce que j&#8217;appellerai, conséquence d&#8217;un jugement de valeur honteux de ma part, le « bon individualisme », émancipateur et libertaire, du « mauvais individualisme » cultivant l&#8217;égo et se focalisant sur les intérêts personnels ; et promouvoir aussi intensément le premier que l&#8217;on combat férocement le deuxième.</p>
<p lang="fr-FR">&nbsp;</p>
<p lang="fr-FR">&nbsp;</p>
<h3><strong>L&#8217;individualisme émancipateur et libertaire</strong></h3>
<p lang="fr-FR">&nbsp;</p>
<p lang="fr-FR">Car malgré l&#8217;acceptation de la vie quotidienne qui prendrait, la plupart du temps, l&#8217;individualisme comme synonyme d&#8217;égoïsme, celui-ci est à mon sens une valeur philosophique à réhabiliter de toute urgence.</p>
<p lang="fr-FR">L&#8217;individualisme, comme rejet de la conformité à la masse, comme refus de suivre le troupeau de moutons. L&#8217;individualisme, comme vecteur de diffusion de la tolérance, de la différence, de l&#8217;unicité de chacun. L&#8217;anticonformisme, le « Be Yourself », le « Do It Yourself » si chers aux mouvements punks.</p>
<p lang="fr-FR">C&#8217;est se rendre compte de l&#8217;immense richesse de chaque individu, de son potentiel créatif et imaginatif, c&#8217;est mettre en œuvre toutes les conditions de l&#8217;épanouissement intellectuel de chacun d&#8217;entre-nous afin que ce potentiel puisse se réaliser.</p>
<p lang="fr-FR">Socialement, il s&#8217;agit de fonder une société peuplée par des êtres libres de leurs choix (au sens philosophique du terme, la liberté de l&#8217;homme étant pour moi parfaitement illusoire&#8230;), indépendants, émancipés de la manipulation mentale et de toute forme d&#8217;aliénation, capables de raisonner et de prendre des décisions par eux-mêmes.</p>
<p lang="fr-FR">D&#8217;un point de vue humaniste, c&#8217;est plaider pour la dignité de chaque être humain, pour leur égalité (dans le sens libertaire développé lors de mon précédent article) ; c&#8217;est se battre contre l&#8217;exploitation de l&#8217;homme par l&#8217;homme, la misère, la hiérarchie, l&#8217;endoctrinement, l&#8217;esclavage-salarié, et tout ce qui retire à l&#8217;être humain sa dignité ou sa liberté d&#8217;individu.</p>
<p lang="fr-FR">C&#8217;est également reconnaître que chacun a ses propres qualités, ses propres défauts, ses propres talents, c&#8217;est comprendre que la différence entre chacun de nous ne signifie pas être inférieur ou supérieur, mais juste&#8230; être unique. Mais, encore plus important, c&#8217;est considérer que chaque individu, quel qu&#8217;il soit, est aussi important que les autres, de par sa qualité même d&#8217;individu/ être humain.</p>
<p lang="fr-FR">Bref, l&#8217;individualisme libertaire se bat bien contre une certaine idée de l&#8217;emprise de la communauté, mais pas comme on pourrait s&#8217;y attendre. Il s&#8217;agit bien d&#8217;émanciper l&#8217;individu de « la masse », du « troupeau », ou des institutions jugées néfastes, dans un contexte donné ; et non de l&#8217;autre et de la communauté d&#8217;une manière générale. Abolir l&#8217;autorité et la hiérarchie, l&#8217;oppression du système social et monétaire, pour que plus jamais aucun homme ne soit soumis à un autre homme. Ce n&#8217;est pas œuvrer pour sa propre liberté, pour ses propres intérêts, pour sa petite vie égoïste, mais pour ceux de TOUS. Contrairement à&#8230;</p>
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<h3><strong>L&#8217;individualisme égoïste</strong></h3>
<p lang="fr-FR">&nbsp;</p>
<p lang="fr-FR">L&#8217;individualisme égocentrique, a contrario, joue sur des valeurs fondamentalement différentes, si ce n&#8217;est totalement opposées.</p>
<p lang="fr-FR">C&#8217;est le culte de l&#8217;ego, le culte du Moi, avec un grand M. Je suis. Je décide pour Moi. Je consomme pour Moi. Je ne laisse pas les autres me marcher sur les pieds. Don&#8217;t thread on Me.</p>
<p lang="fr-FR">Souvent, l&#8217;individualiste libéral ne supporte pas la hiérarchie&#8230; quand il n&#8217;est pas au sommet de la pyramide. Dans le cas contraire, cela ne le dérange pas trop. « Chacun sa merde », quoi.</p>
<p lang="fr-FR">Là où l&#8217;individualisme libertaire revendique l&#8217;abolition, pour TOUS, de tous les systèmes coercitifs (qu&#8217;ils soient armés, financiers, intellectuels,&#8230;), et donc le renversement d&#8217;un mode de production qui mène nécessairement à une intense hiérarchisation des êtres humains (quoi qu&#8217;en disent nos amis libertariens), l&#8217;individualisme basé sur l&#8217;égo conseille simplement « de s&#8217;en sortir », au cas par cas, quitte à sacrifier au passage la liberté de ses semblables. En oubliant qu&#8217;il est strictement impossible de « s&#8217;en sortir » pour tous, dans un système qui nécessite de par nature des faibles et des forts, des exploiteurs et des exploités, des videurs de poubelles et une intelligentsia dominante.</p>
<p lang="fr-FR">L&#8217;Americain Dream, « le mec qui peut monter son entreprise à la force de ses tripes », c&#8217;est très bien, dans la théorie ! Mais peut-on penser honnêtement que seulement la moitié de la population puisse en arriver là ?</p>
<p lang="fr-FR">Comment se dire individualiste, c&#8217;est-à-dire chantre des droits et des libertés de l&#8217;individu, quand on ne pense qu&#8217;à sa propre liberté, sa propre dignité, ses propres intérêts ? C&#8217;est un non-sens ! Alors, bien sûr; on revendique pour tous le « droit à être égoïste ». Soit. Mais c&#8217;est une bien drôle idée de la liberté et de l&#8217;humanité.</p>
<p lang="fr-FR">Il est presque amusant de constater chaque jour les déviations toujours plus délirantes de cet individualisme forcené. Dans notre société de con-sommation toujours plus barbare, on nous VEND même de l&#8217;individualisme. L&#8217;individu est devenu un objet de consommation. « Achetez cette voiture, vous serez trop anticonformistes », « Le nouveau mobile trop personnalisable tip top pour mettre en valeur VOTRE PERSONNALITE ». Comble de l&#8217;ironie, on achète même des marques hors de prix, pour « se créer un look », histoire de se différencier des autres&#8230; enfin, de ceux qui n&#8217;en ont pas les moyens.</p>
<p lang="fr-FR">Même l&#8217;Armée s&#8217;y met, avec son célèbre clip de propagande télévisée « Devenez-vous même ». Venant de l&#8217;institution où la déshumanisation, la hiérarchie, la soumission au pouvoir dépasse largement celle des autres (c&#8217;est pour dire !), cela se passe de commentaire.</p>
<p lang="fr-FR">Sous prétexte de liberté individuelle, on piétine dorénavant les autres à grands coups de chaussures cloutées. Les mœurs se débrident – ce qui n&#8217;est pas une mauvaise chose en soi -, mais dans une optique totalement dépourvue d&#8217;humanité et de tout intérêt pour les émotions d&#8217;autrui.</p>
<p lang="fr-FR">D&#8217;humeur Donjuanesque, je mens et manipule les cœurs pour mieux les briser le lendemain ? C&#8217;est mon droit, Liberté, tout ça.</p>
<p lang="fr-FR">Je veux faire comme ça, et mes camarades veulent faire autre chose, et ça les emmerde ? Rien à foutre, je suis LIBRE, vous entendez, LIBRE, pas question de me sacrifier une seule seconde pour un groupe !</p>
<p lang="fr-FR">Je veux être libre d&#8217;écraser les autres, libre de détruire tout autour de moi, la planète, les gens, les animaux, libre d&#8217;être un gros con superficiel et égoïste. Et, ma foi, ça marche plutôt pas trop mal, de ce côté là.</p>
<p lang="fr-FR">Cette plate liberté, cette parodie de rébellion face à une prétendue « tyrannie de la communauté » (à ne pas confondre avec la « tyrannie de la majorité » liée au vote) n&#8217;est que du vent. Là encore, on pastiche allégrement le « vrai » individualisme, celui de l&#8217;émancipation et de la liberté, pour se donner une raison d&#8217;assouvir ses pâles intérêts égoïstes.</p>
<p lang="fr-FR">L&#8217;influence du groupe est, comme toujours, fortement combattue. En revanche, il ne s&#8217;agit plus du « troupeau de moutons » à libérer de son berger, mais bien d&#8217;une défiance envers la communauté dans son ensemble – sans aller jusqu&#8217;à la misanthropie -, et de sa diabolique influence contre le Moi pur et libre. Les masses crétines, l&#8217;étranger, contre mon superbe et parfait Moi. « De toute manière, l&#8217;homme est mauvais par nature ». « Tout ce que je veux, c&#8217;est qu&#8217;on me foute la paix, même si je sais que je vais devoir vivre en société pour pouvoir partir en quête du Bonheur, tel Indiana Jones à la recherche de l&#8217;Arche Perdue ».</p>
<p lang="fr-FR">Ce combat contre les autres est parfaitement illustré par le mythe de la « crétinisation collectiviste », idée selon laquelle la mise en commun et la valorisation de la communauté seraient synonymes de « nivellement par le bas » et opposées au développement du sacro-saint individu.</p>
<p lang="fr-FR">&nbsp;</p>
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<h3><strong>Individu et communauté</strong></h3>
<p lang="fr-FR">&nbsp;</p>
<p lang="fr-FR">L&#8217;usage voudrait que « l&#8217;individualisme, c&#8217;est mettre l&#8217;individu avant la société ». Pourtant, les idées d&#8217;individu et de communauté ne sont pas du tout incompatibles. Bien au contraire, l&#8217;une ne va pas sans l&#8217;autre.</p>
<p lang="fr-FR">Déjà, car la communauté est, par définition, l&#8217;ensemble des individus. Le bonheur individuel ne peut se réaliser pleinement que dans le bonheur collectif, et vice-versa.</p>
<p lang="fr-FR">Mais, surtout, car l&#8217;être humain ne peut s&#8217;épanouir sans l&#8217;aide des autres êtres humains. Pire encore : il n&#8217;est sans eux qu&#8217;un piètre animal, sauvage, barbare, guère plus évolué qu&#8217;un banal chimpanzé (et bien moins qu&#8217;un sublime et merveilleux dauphin surfant sur les vagues rougeoyantes sous le soleil de minuit).</p>
<p lang="fr-FR">L&#8217;éducation, même pour les autodidactes les plus endurcis d&#8217;entre-nous, ne se réalisera jamais toute seule. Nous avons besoin des autres pour nous former, pour apprendre, et ce tout au long de notre vie. Mais, surtout, nous avons intimement besoin des contacts et des relations sociales du quotidien, non seulement pour nous épanouir, être heureux, mais même pour ne serait-ce que survivre.</p>
<p lang="fr-FR">Car l&#8217;homme est un animal social, que cela soit dit. Un humain privé de tout contact extérieur devient fou, malade. L&#8217;homme nécessite en permanence la présence des autres, de sa famille, de ses amis, ou même de l&#8217;inconnu qui passe dans la rue. Quand il est seul, la majorité de ce qu&#8217;il fait (outre : dormir, faire la cuisine, etc) l&#8217;est en prévision d&#8217;une future relation sociale.</p>
<p lang="fr-FR">Car, ce qui différencie l&#8217;humain des autres espèces, ce qui a permis son hégémonie sur la planète Terre n&#8217;est pas seulement l&#8217;outil main, mais bien sa capacité à s&#8217;organiser en société, en civilisations partageant plus ou moins efficacement le savoir et les denrées.</p>
<p lang="fr-FR">Bref, l&#8217;homme n&#8217;est pas qu&#8217;un individu à insérer par obligation dans une communauté peuplée d&#8217;autres individus, il est partie intégrante de cette communauté. Une communauté sans humains n&#8217;est pas une communauté, et un humain sans communauté n&#8217;est tout simplement pas un humain.</p>
<p lang="fr-FR">&nbsp;</p>
<p lang="fr-FR">&nbsp;</p>
<p lang="fr-FR">Pour conclure, disons que chacun d&#8217;entre nous n&#8217;est ni tout blanc, ni tout noir, et que son comportement emprunte un peu aux différentes versions de l&#8217;individualisme. Nous sommes tous parfois égoïstes, parfois altruistes, en fonction du contexte. Même les plus « rebelles » suivent parfois la mode, même les plus radins font parfois preuve de générosité. Ce sont simplement les proportions qui changent&#8230; et sur lesquelles nous pouvons influer par un choix radical de société.</p>
<p lang="fr-FR">La vision de l&#8217;individualisme et de l&#8217;individu portée par notre société consumériste actuelle va très largement dans le sens d&#8217;un égoïsme rampant et d&#8217;une fracture toujours plus importante des liens sociaux. Ceci est d&#8217;autant plus vicieux que, au nom de la liberté, de l&#8217;émancipation de l&#8217;être humain, de la valorisation de l&#8217;individu, on nous refourgue en réalité de la pacotille égoïste, de l&#8217;égo sur-dimensionné, du culte de la superficialité et du chacun-pour-soi à la pelle. Et nous tombons dans le panneau, tout être intelligent que nous pensons être.</p>
<p lang="fr-FR">Il faut nettement faire la différence entre le « bon individualisme », libertaire, et le « mauvais individualisme », libéral, afin de ne pas se faire rouler sur la marchandise, de ne pas tout refuser ou accepter en bloc, de s&#8217;imprégner de ce qu&#8217;il faut et de se prémunir du reste.</p>
<p lang="fr-FR">&nbsp;</p>
<p lang="fr-FR">Bien qu&#8217;encore peu rompu à sa pensée, je pense que le militant anarchiste italien Errico Malatesta résume assez bien ce point de vue de dichotomie individualiste :</p>
<p lang="fr-FR"><em>« All anarchists, whatever tendency they belong to, are individualists in some way or other. But the opposite is not true; not by any means. The individualists are thus divided <span style="text-decoration: underline">into two distinct categories</span>: one which claims the right to full development for all human individuality, their own and that of others; the other which only thinks about its own individuality and has absolutely no hesitation in sacrificing the individuality of others. The Tsar of all the Russias belongs to the latter category of individualists. We belong to the former. »</em></p>
<p lang="fr-FR">&nbsp;</p>
<p lang="fr-FR">Une prise de conscience collective est nécessaire avant qu&#8217;il ne soit trop tard. Il faut impérativement essayer de contrôler son comportement quotidien par un auto-questionnement permanent, se demander constamment si ce que nous faisons n&#8217;a pas une influence négative sur les autres, et si ce que nous considérons comme de « simples choix relevant du personnel » ne concernent pas en réalité d&#8217;autres que notre simple petite personne.</p>
<p lang="fr-FR">Extirpons-nous de cet état d&#8217;esprit égoïste, de cet aveuglement égocentrique, cachés insidieusement dans les plus infimes détails du quotidien. Nous en vivrons bien mieux. Et cela ne concerne pas un «bord politique » en particulier, ni une classe de personne, ni seulement ceux assumant pleinement leur « côté enfoiré ». Ce qui est triste, c&#8217;est que nous pensons toujours bien faire, ou du moins légitimement.</p>
<p lang="fr-FR">Même moi, même toi&#8230; mais surtout toi, quand même.</p>
<p lang="fr-FR">&nbsp;</p>
<p lang="fr-FR">&nbsp;</p>
<p lang="fr-FR">&nbsp;</p>
]]></content:encoded>
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		</item>
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		<title>La grande régression</title>
		<link>http://lapoliteia.com/la-grande-regression-vers-une-construction-moderne-de-la-notion-de-liberte/</link>
		<comments>http://lapoliteia.com/la-grande-regression-vers-une-construction-moderne-de-la-notion-de-liberte/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 05 Apr 2011 09:50:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Niggzs</dc:creator>
				<category><![CDATA[Société]]></category>

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		<description><![CDATA[Nous sommes en période de grande régression. Il est nécessaire de dresser un constat clair et de redéfinir un modèle de société. Cela passe par une redéfinition de la notion de liberté, notion au centre de notre modèle démocratique. ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2>Vers une construction moderne de la notion de liberté</h2>
<p><em>Le présent article est très largement inspiré du livre de Jacques Généreux « <strong>La grande régression</strong> » aux éditions du Seuil, 2010. Cet économiste, secrétaire général à l’économie pour le Parti de Gauche est aussi professeur d&#8217;Économie à l’Institut d’Études Politiques de Paris. Il présente sa vision d’une société libre, juste et démocratique, tout en permettant un fort développement de la sphère sociale. Il y défend une vision progressiste de la société et présente les voies possibles vers une alternative crédible au capitalisme, sans pour autant sacrifier la liberté individuelle.</em></p>
<p><em>Cet article se veut autant une introduction à cet ouvrage qu’une présentation de mes propres convictions. Son argumentation étant bien plus poussée et convaincante, mais aussi bien plus étayée que la mienne, je vous invite ardemment à lire ce livre, ainsi que « <strong>La dissociété</strong> » (2007) et « <strong>L’autre société</strong> » (2009) du même auteur aux éditions du Seuil.</em></p>
<p>Ce que je vais tenter de construire ici est un système qui doit être pris dans son ensemble, qui se bâtit argument par argument. Il nécessite du temps et de l’espace, d’où la longueur de mon exposition.<br />
C’est un système qui part d’une idée simple : <strong>la liberté est une construction sociale</strong>.<br />
Mais, cette idée aboutit à des conclusions considérables sur ce qu’est et devrait être une société de liberté. Les conséquences sont donc systématiques, remettant en cause nombre d’idées.</p>
<h3>Vers une définition de la notion de liberté</h3>
<p>La première étape est évidemment de définir ce que l’on entend par liberté, car c’est ici fondamentalement le propos de l’article.  Nous entendons, la liberté au sens global du terme et non au simple sens strict (voir l’encadré <em>définition</em> sur le côté). Nous écartons, de même, les définitions de type philosophique.</p>
<p>L’une des grandes difficultés à laquelle l’on se heurte lors de la construction d’une définition de la liberté est la distinction entre liberté ressentie et  liberté effective. Un des plus grands et efficace ressort de  la manipulation est de faire croire aux gens qu’ils sont libres (au sens de choix et libre arbitre) alors qu’en réalité les dés sont pipés et les gens ainsi manipulés. Pourtant, ces personnes se ressentent libres, mais le sont-elles vraiment ? Toute la beauté de cette manipulation est celle d’une servitude volontaire (réf) des manipulés, cette servitude étant « <em>légitimée</em> » par la capacité supposée des manipulés à justement comprendre et donc contrer les manipulations dont ils peuvent faire l’objet.</p>
<p>Il faut ajouter que les approches de la Psychologie, de l’Anthropologie et des Sciences Sociales démontrent la présence, immuable en tant qu’être humain, animal politique et social, de cadres de valeurs dictant, encadrant, structurant nos conduites sociales. C’est la fameuse notion « <em>d’habitus</em> » chez P. Bourdieu. Notre liberté ne s’exprime qu’à l’intérieur de ces cadres, avec plus ou moins de marge de manœuvre, en fonction de l’emprise coercitive des structures sociales dans lesquelles nous évoluons.</p>
<p>Cette approche concilie finalement l’opposition entre le Holisme et l’Individualisme Méthodologique, dont les deux grandes figures en France sont P. Bourdieu et R. Boudon. Notre liberté est donc structurée, cadrée, encadrée par l’organisation sociale. Est-ce encore une liberté que d’être libre dans ce système ? Oui dans un sens, puisqu&#8217;aucune autre n’est possible, car si la liberté est ici impossible, alors la notion elle-même cesse d’exister.</p>
<h3>La construction sociale de la liberté</h3>
<p>Le point de départ de la réflexion rappelle  finalement que la notion de liberté est une conception et une construction sociale, non une réalité universelle. Que cette notion soit, par ailleurs, fondamentalement occidentale en est le meilleur argument. Aucune autre culture au monde n’est basée sur la liberté et ne promeut une liberté telle que la nôtre : je parle ici des aires culturelles chinoise, japonaise, indienne, russe, ou encore les cultures africaines ou amérindiennes. L’universalité de la liberté n’existe pas si ce n’est en tant que concept philosophique (mais que nous élevons nous-mêmes à la prétention universelle). Comment dès lors, par une réflexion englobant l’Histoire, l’Anthropologie et les Sciences Sociales, ne pas voir que c’est notre propre société occidentale qui a créé ce concept ? Non seulement nous l’avons créé, mais nous avons basé les relations sociales, dans nos démocraties modernes, autour de cette idée.</p>
<p>Les racines de cette construction sont profondes. Le processus d’apparition de la conception occidentale de la liberté se confond avec l’émergence de l’individualisme : remise au centre de l’être humain philosophiquement, puis politiquement et enfin socialement.</p>
<p>Un double mouvement s’inscrit dans le développement de l’individualisme moderne. Celui-ci donne corps autant qu’il est l’aboutissement de la liberté par un processus auto-entretenu : plus nous conceptualisons la liberté et plus nous la rendons vivante et concrète dans notre vie quotidienne, élargissant notre champ de liberté, individualisant nos modes de vie, approfondissant enfin le concept lui-même.</p>
<p>Double mouvement, donc, qui procède de deux conceptions du monde différentes. D’une part, la critique réformiste de l’église chrétienne (Calvin et Luther) qui individualise la responsabilité du croyant face à dieu et, plus simplement, son rapport à dieu. Ce processus sera exacerbé par le protestantisme, le salut devenant uniquement individuel. Ce développement de l’individualisme est l’une des raisons du dynamisme économique des États protestants au <span class="nom">xix</span><sup>è</sup> siècle (voir les sources, Max Weber). D’autre part, la critique laïque de la religion fait la part belle à l’être humain face à l’absolutisme religieux. La mise en exergue de l’être humain, de son libre arbitre et de sa responsabilité individuelle est un moyen de contrer l’omniprésence de la religion (sous la Renaissance, mais surtout sous le siècle des lumières). C’est aussi la redécouverte du principe du bonheur individuel, ou encore l’émergence de la science moderne, qui remet en cause la vision chrétienne du monde (légitimant alors les thèses individualistes). Tout ceci concourt à la construction de la liberté moderne, concept philosophique, politique et sociale que l’on va installer au sommet de la construction sociale de nos démocraties.</p>
<h3>L’erreur fondatrice au concept de liberté : l’opposition entre la liberté et la société</h3>
<p>Il est nécessaire de faire un détour sur l’histoire de l’émergence de ce concept pour comprendre pourquoi cette erreur fondamentale a été commise. La société de l’ancien régime est caractérisée par un très fort contrôle social sur les individus, par l’intermédiaire d’une hiérarchie sociale légitimée par un pouvoir transcendant, que l’on ne peut donc remettre en cause : Dieu. Ce contrôle social est autant intériorisé par les individus (à travers l’enseignement des préceptes religieux) qu’exercé par une monarchie absolue de droit divin. De plus, s’attaquer à la religion, fondement théorique du pouvoir, c’est se mettre en dehors de la communauté et s’exposer à la pire des sanctions, l’excommunication, véritable mise à mort sociale et parfois physique de l’individu.</p>
<p>Quoi de plus normal à ce que la théorisation de la liberté et son application individualiste se soit construite contre la société qui étouffait la liberté individuelle. L’unique moyen de développer ce concept était dans l’opposition frontale à une société qui fondamentalement refusait la liberté individuelle sur les plans philosophiques, politiques et sociaux. D’où la naissance de cette opposition erronée d’une liberté construite contre la société, ce que l’on ne peut par ailleurs reprocher aux philosophes de l’époque, tant une autre voie de développement de la liberté semblait impraticable. Mais cette erreur fondatrice du concept a des conséquences importantes pour notre conception moderne de la liberté.</p>
<p>Revenons à notre argumentation de départ. Les conséquences de notre première démonstration, la construction sociale de la liberté, apparaissent immédiatement. Tout d’abord, comme nous venons de le souligner juste un peu plus haut, c’est la fin de la fausse opposition théorique entre liberté et société. Or, il n’y a pas de liberté individuelle sans société et c’est bien celle-ci qui permet cette construction conceptuelle, de définir et même de permettre l’épanouissement (nous verrons plus loin dans quelles conditions) de la liberté. Sans société, il n’y a donc pas de construction de la liberté. Pour autant, cela ne préjuge en rien de la manière dont la liberté existe concrètement dans la société. Ce n’est pas parce que la société permet l’émergence d’un concept qu’elle garantit son effectivité pratique.</p>
<h3>Déconstruction du fondement idéologique du système libéral</h3>
<p>L’idée précédente entraine la déconstruction du fondement idéologique du Libertarianisme et dans une moindre mesure du Libéralisme. La liberté est, en effet, construite dans ces modèles contre la société et non avec la société. Si, historiquement, ces positions n’étaient pas inexactes, elles sont aujourd’hui obsolètes pour définir et théoriser la liberté dans nos sociétés démocratiques modernes. À l’état de nature, la liberté n’existe donc pas et ce n’est pas la société qui pervertirai la liberté individuelle, puisque c’est elle qui la construit. Cette idée est d‘ailleurs traduite par la maxime : <em>« Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, c’est la liberté qui opprime et le droit qui libère »</em>. La liberté est prise ici au sens d’une liberté extérieure à la société, alors que le droit est la manifestation de la réponse collective de la société à l’oppression. Cette maxime légitime par ailleurs l’intervention de l&#8217;État dans le domaine social, par le droit, pour garantir justice et une certaine égalité. La liberté contre la société est donc synonyme d’oppression du fort sur le faible, du riche sur le pauvre. En bref, c’est la loi du plus fort qui l’emporte, détruisant l’idée de liberté individuelle. De plus, point que nous développerons plus loin, la liberté en société est impossible sans justice sociale et égalité entre individus : <em>« Point de liberté sans égalité »</em> égalité étant ici synonyme de justice sociale.</p>
<p>La promotion de la liberté contre la société détruit donc paradoxalement l’exercice concret de la liberté par les individus au sein de cette société. Toute progression vers une société libéralisée déconstruit le tissu social. Cette déconstruction des relations sociales au non d’une fausse liberté entraine une désagrégation de la société, ce que Jacques Généreux appel <em>« La dissociété »</em>. Cette désagrégation du lien social engendre une régression réelle de la liberté dans le sens ou la seule liberté disponible dans cette société est celle du plus fort : politiquement, économiquement, socialement et donc symboliquement. Cette fausse liberté entraine en réalité l’oppression de la très grande majorité de la population par une minorité, concept de violence symbolique chez P. Bourdieu, ce qui est finalement peu différent de la société de l’ancien régime. La société libérale est donc conservatrice au sens où elle perpétue un système social antilibéral intériorisé par les individus. Qui plus est, les gens se pensent libres alors même qu’ils ne le sont pas, ce qui ne les incite pas à défendre leur liberté. Ce point de vue amène certains auteurs à considérer que nous vivions en réalité dans un régime oligarchique plutôt qu’en démocratie.</p>
<p><em>Petite digression, avant de poursuivre plus avant, sur un point de vocabulaire. Le terme libéral, de société libéral ou encore de système capitaliste libéral, est ici très mal adapté et source de confusion dans le cadre cette démonstration. On peut ainsi voir comment ce projet politique a gagné la bataille idéologique en imposant ses propres mots et donc ses propres conceptions au sein même de la réflexion. Ce déplacement sémantique rend alors toute tentative de critique malaisé. C’est pourquoi, la déconstruction du vocabulaire et l’innovation dans ce domaine, sont des étapes préalables à la construction d’une alternative (voir les sources).</em></p>
<p>A ce niveau de l’argumentation, nous pouvons formuler une critique iconoclaste sur le système capitaliste, au sens où il tend intrinsèquement vers la construction de la dissociété au nom de son efficacité économique :</p>
<h3>Le capitalisme libéral détruit donc bien plus la liberté qu’il ne la favorise véritablement</h3>
<p><em>L’argumentation avancée par Jacques Généreux est sur ce point bien plus complète. Elle s’appuie sur le modèle théorique des quatre pôles de tension de la société, que nous ne pouvons exposer ici pour éviter de trop longues digressions. En résumé, la société est représentée par un carré, chaque angle représentant un des pôles de la société : pôles libertaire (la dissociété) et associationniste sur une diagonale, pôles communautariste et totalitaire sur l’autre. Il explique que le capitalisme libéral tente de construire une société de type libertaire par l’exaltation de l’individualisme et la destruction des liens sociaux entre individus, du fait de la compétition générale et implacable qu’engendre le système capitaliste. Plus les politiques réforment la société pour la rendre vulnérable à la compétition capitaliste, plus ils dissolvent la société, car les liens sociaux sont petits à petits détruits par le système.</em></p>
<p><em>Mais, les dernières recherches de l’Anthropologie et des Sciences Sociales démontrent l’impossibilité de réaliser la société libertaire, car l’homme est fondamentalement social et quel que soit la situation, il va recréer des liens sociaux, mais de manière différente. La réforme de la société pour tendre vers la société libérale entraine en réalité la société vers les deux autres pôles, totalitaire ou communautaire. La dissolution des liens sociaux peut donc entrainer une fragmentation sociale entre groupes très intégrés (communautés) mais étrangers les uns aux autres, ou, au contraire, entrainer une fusion dans un tout unique. Le terreau de ces changements est le repli communautaire (national, régional, groupes sociaux) et la peur de l’autre, car l’individualisme isole les citoyens, les rendant vulnérables et donc facilement entraînables dans de ce type d’aventure politique. Ceci explique par ailleurs la paradoxale alliance entre libéraux (au sens économique) et les conservateurs en matière sociale (immigration, sécurité, identité). Notre liberté est alors menacée par la montée en puissance de ces mouvements conservateurs, populistes et xénophobes, surfant sur la misère sociale engendrée par le système.</em></p>
<p><em>Les pôles totalitaire et communautaire détruisent la liberté individuelle (car l’individu est broyé par le système dans lequel il vit). Le libéralisme est coupable d’entrainer intrinsèquement la société vers ces deux différentes possibilités. Cette conception est d’ailleurs confirmée par les dernières études historiques sur le capitalisme des années vingt, la crise économique de 1929, les sociétés occidentales des années trente et l’émergence des populismes, régimes autoritaires et totalitaires en Europe. Enfin, pour l’auteur, la société idéale est celle qui se rapproche le plus du système associationniste. À noter, qu’il n’est pas question pour l’auteur d’envisager un retour en arrière ou d’exalter le modèle des trente glorieuses, mais bien d’inventer autre chose.<br />
Voir aussi l’analyse de la ronde des cercles sociaux que nous ne pouvons rapporter ici et « la remise à l’endroit » de la société qui aujourd’hui fonctionne à l’envers selon l’auteur. </em></p>
<h3>De la construction sociale de la liberté à la libération par la construction sociale</h3>
<p>C’est en augmentant les relations et les interactions sociales entre individus et groupes sociaux, mais aussi en leur permettant de <em>« naviguer »</em> et <em>« d’évoluer »</em> dans et au travers de cet entrelacs de relations, que l’on garantit le mieux la liberté individuelle et non en réduisant la sphère sociale, comme le prône les pseudo-libéraux.</p>
<p>Je m’explique : le corps social détruit la liberté individuelle lorsque celui-ci est univoque, du fait du processus de socialisation. Le libre arbitre, apanage de la liberté, est détruit par une expérience sociale unique, par un processus de socialisation au sein d’un environnement ou univers social unique. En effet, l’individu est alors le produit d’une vision unique du monde et ne véhiculera à son tour, très probablement, qu’une vision univoque de celui-ci, source de rejet de l’autre, de défiance, de peur, de repli sur soit, disons-le pour faire court, de réaction antihumaniste et de régression sociale. La liberté est donc avant tout, un apprentissage, ce qui est par ailleurs logique puisque c’est une construction sociale. Fondamentalement, c’est ce que nos systèmes éducatifs essayent de nous inculquer : construction du libre arbitre individuel, ouverture à l’altérité, prise de recul, ingrédients nécessaires au libre exercice de notre liberté.</p>
<p>Plus vous avez la possibilité de connaitre des univers sociaux différents, mais aussi de pouvoir évoluer dans ces univers en fonction de vos envies, de vos centres intérêts, plus vous vous sentirez libre et vous serez libres, d’où la condamnation des systèmes communautaires et totalitaires. Dès qu’un univers social devient oppressif et étouffe votre liberté individuelle, vous avez la possibilité de changer d’univers, retrouvant votre marge de manœuvre. Concrètement, la sphère publique doit donc mettre tout en œuvre pour garantir une éducation qualitative de la liberté, mettre à disposition des individus tout un ensemble d’univers sociaux différents, par le développement de tous les corps intermédiaires : partis politique, syndicats, associations. Celle-ci doit aussi détruire les ghettos, car destructeurs de la liberté individuelle, augmenter la mobilité des individus dans ces univers sociaux (famille, école, travail, corps intermédiaires), garantir la formation de l’individu tout au long de la vie, favoriser les échanges sociaux et enfin favoriser la mobilité en dehors du groupe régional ou national : le voyage est autant un voyage physique qu’intellectuel, puisqu’il permet la construction de la relation à l’autre et l’adaptation au changement et à l’altérité. Comme le souligne les sociologues et ethnologues, c’est donc la qualité de la relation sociale ainsi que le contexte de l’échange à l’autre qui est réellement constructif pour la liberté individuelle et non les différences initiales entre univers sociaux. De cette conception découle indirectement une nouvelle approche de la notion de progrès.</p>
<h3>Vers une redéfinition du progrès</h3>
<p>Dans ce modèle, la notion de progrès est fondamentalement sociale avant d’être l’expression d’une simple progression technique. Une société ne progresse réellement que par l’amélioration de la qualité des relations sociales qui se tissent au sein de la société, qualité entendue dans le sens d’humanisme : respect, ouverture à l’autre, à la différence, dialogue, etc. Cette notion s’apprécie au regard de la transmission des valeurs d’une génération à l’autre. Ces transmissions sont possibles par les différentes institutions en vigueur dans la société, famille, école, groupes de pairs, travail, etc. Cette réflexion sur les institutions est possible par les études politiques et sociologiques.</p>
<p>Aucune innovation technique ne remplacera donc la manière dont l’on se construit individuellement au sein de la société, la manière dont on construit notre société, la manière dont on transmet de génération en génération notre savoir vivre ensemble. La pérennité de nos sociétés dépend bien plus de notre savoir vivre social tous ensemble, de notre rapport à l’autre, que de tout progrès technique. L’immense défi technique que représente la production de l’énergie nucléaire pour l’humanité ne préjuge en rien de la manière dont nous allons nous en servir. La guerre en tant que mode de régulation des conflits entre être humain a entrainé notre savoir faire, dans ce domaine, vers la création de la bombe nucléaire.  Ce n’est pas parce que nous avons la possibilité technique de faire quelque chose que nous devons le faire. C’est ainsi une manière de séparer le bien du mal et, donc, d’exercer notre libre arbitre dans notre rapport aux innovations.</p>
<p>Notre savoir social détermine notre utilisation de la technique : il est donc premier et prépondérant sur celle-ci. Tout réel progrès ne peut donc qu’être social par l’humanisation des modes de régulation au sein de notre société. Tout progrès dans la sphère de la liberté individuelle ne peut donc qu’être l’aboutissement du progrès social, ces deux processus se combinant et s’auto-entretenant. La liberté individuelle devrait être, si possible, au service du progrès social, par l’humanisme qu’exprime l’exercice du libre arbitre individuel dans une société du progrès et non au service d’un individualisme exacerbé.</p>
<h3>Vers la construction d’une société humaniste : le modèle associationniste</h3>
<p><em>Nous allons rapidement survoler cet aspect de la réflexion, pourtant fondamental, puisqu’il répond au besoin essentiel de solutions à « La grande régression » que nous connaissons actuellement sur les plans moraux, politiques, sociaux et environnementaux. L’objectif de cet article est de vous inciter à vous y intéresser.</em></p>
<p>Deux préalables sont requis dans la construction de ce système, sous-entendu par la définition de liberté qu’elle va promouvoir : égalité et justice sociale. Le terme égalité recouvre l’égalité dans les dimensions économique et sociale et non simplement juridique et politique. La liberté  est donc ici indissociable de l’égalité : pas de liberté sans égalité. Cette égalité est permise par une certaine conception de la justice sociale. Celle-ci est à son tour possible par une redéfinition de l’économie, par une destruction du système capitaliste et son remplacement par un autre modèle économique basé sur la coopération. La compétition généralisée étant au cœur du système capitaliste, une réelle justice sociale se heurtera fondamentalement aux <em>« nécessités »</em> de la compétition. Pour des raisons morales, environnementales, sociales et politiques, ce système doit être détruit et remplacé par un autre modèle.</p>
<p>En conclusion, pour promouvoir une réelle liberté, il nous faut détruire le système capitaliste et le remplacer par un système économique basé sur la coopération, un fort investissement public, construire une société ouverte, de justice et d’égalité sociale, une société de la connaissance plutôt que de l’accumulation et enfin qui pratique une défense active et qualitative de l’environnement : tout un programme !</p>
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		<title>Le mythe de l&#8217;égalité des chances</title>
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		<pubDate>Tue, 18 Jan 2011 15:16:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Brogol</dc:creator>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Travail]]></category>
		<category><![CDATA[école]]></category>

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		<description><![CDATA[Si vous n'avez pas le travail de vos rêves, c'est que vous ne le méritez pas. Il fallait mieux travailler à l'école. Voyons ensemble pourquoi nous sommes prêts à croire un tel baratin.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Elle est le moteur au c&oelig;ur de nombreuses associations. Elle est le principe fondateur d&#8217;idéologies contemporaines. Elle est un argument justifiant des actions politiques. Elle est inscrite dans la devise de la République française et dans la Déclaration universelle des droits de l&#8217;homme. À n&#8217;en pas douter, l&#8217;<strong>égalité</strong>, est une puissante valeur de nos sociétés dites démocratiques. </p>
<h3>Point d&#8217;égalité sans individus</h3>
<p>Cette fameuse égalité est apparue grâce au travail. Au travail tel qu&#8217;il est conçu aujourd&#8217;hui. C&#8217;est-à-dire le travail obligatoire, le travail en vue du profit personnel, le travail professionnel. Ce travail date de l&#8217;époque de la Révolution française avec la disparition des sociétés inégalitaires aristocratiques et la naissance de l&#8217;individualisme. Avant, cette idée d&#8217;individu autonome, définissable séparément des autres, n&#8217;était même pas concevable. L&#8217;individualisme, c&#8217;était seulement de l&#8217;égoïsme. Maintenant, l&#8217;individu est le ciment de la société.</p>
<p>Cette unité de l&#8217;individu est vitale au principe d&#8217;égalité&nbsp;: humainement ou mathématiquement, une égalité nécessite toujours deux entités à comparer. La naissance de ce concept permet de penser la démocratie. Un individu c&#8217;est un citoyen, un vote, un justiciable, etc.</p>
<h3>Point d&#8217;égalité sans travail</h3>
<p>Revenons à nos gentils moutons travailleurs. Pour comprendre pourquoi la valeur d&#8217;égalité est apparue grâce au travail, il faut comprendre pourquoi nous travaillons. À mon avis, c&#8217;est la passion du bien-être qui permet cette compréhension. Nombre de nos choix sont guidés par l&#8217;envie d&#8217;être heureux. Le bonheur s&#8217;obtient grâce à la possession de biens matériels. Cette acquisition est possible par l&#8217;argent dans notre belle société capitaliste. Et l&#8217;argent s&#8217;obtient en travaillant. Résumons nous avec ce petit schéma&nbsp;:</p>
<p style="text-align:center"><span class="valorise">travail&nbsp;&rarr;&nbsp;argent&nbsp;&rarr;&nbsp;biens&nbsp;&rarr;&nbsp;heureux</span> \o/</p>
<p>C&#8217;est beau, c&#8217;est simple. Mais c&#8217;est comme le père Noël et la petite souris, en grandissant nous n&#8217;y croyons plus. Le bonheur par le travail, l&#8217;argent et les biens matériels, il faut être bien naïf pour penser que cela suffit. Pourtant, ne jetons pas ce schéma à la poubelle, mais modifions sa conclusion <span class="valorise">biens&nbsp;&rarr;&nbsp;heureux</span>. Laissons de côté la recherche du bonheur, qui mérite des réflexions philosophiques plus complexes. Et, intéressons nous à connaître le but de la possession matérielle.</p>
<h3>Pourquoi posséder ?</h3>
<p>La première explication qui vient à l&#8217;esprit est l&#8217;utilité. Nous achetons de la nourriture pour manger, un lit pour dormir, des préservatifs pour faire sereinement l&#8217;amour, etc. Bref, la possession sert à satisfaire les besoins primaires.<br />
Pourtant, regardez autour de vous, tout ce qui vous appartient est-il vraiment utile&nbsp;? Non, loin de là&nbsp;! Nous pouvons en avoir l&#8217;impression, si nous ne prenons pas assez de recul. Nous pouvons justifier la plupart de nos achats. Mais, si nous ne bornons pas  à notre échelle, que voyons-nous&nbsp;? L&#8217;étudiant a &laquo;&nbsp;besoin&nbsp;&raquo; de son iPhone, l&#8217;homme d&#8217;affaires de sa Rolex, le cadre de sa télévision 16/9<sup>è</sup>, etc. Je caricature, mais l&#8217;idée est là&nbsp;: nous désirons posséder la même chose que le voisin modèle. Depuis que l&#8217;on peut prétendre élever notre niveau de vie par le travail, nous inventons nos besoins selon notre niveau de départ. Nous cherchons à être l&#8217;égal de notre voisin. Voilà pourquoi le travail crée la valeur d&#8217;égalité, car il la rend possible. Consciemment, ou inconsciemment, le but de cette stratégie de vie est d&#8217;être semblable au voisin, d&#8217;être accepté par ses pairs, d&#8217;être dans la norme.</p>
<p style="text-align:center"><span class="valorise">travail&nbsp;&rarr;&nbsp;argent&nbsp;&rarr;&nbsp;biens&nbsp;&rarr;&nbsp;égalité</span></p>
<h3>À chacun selon son mérite</h3>
<p>Nous parlons bien de la valeur d&#8217;égalité, le travail salarié ne crée pas d&#8217;égalité, mais il rend sa valeur puissante, possible et surtout désirable. Cette subtilité est très importante. Ainsi, toutes les inégalités nous paraissent injustes, sauf si elles sont basées sur le travail. Quel que soit le travail, on obtient le même argent. Mille euros obtenus en étant superviseur du ramassage et du recyclage des couches culottes usagées des maisons de retraite permettent d&#8217;acheter le même ordinateur que mille euros obtenus en étant astronaute. En se limitant au seul critère économique, l&#8217;on peut ainsi croire que le travail crée de l&#8217;égalité réelle. Après tout, l&#8217;argent possède la même valeur pour tous. Le salaire dépend du travail salarié. Le travail salarié dépend du travail scolaire. Le travail scolaire dépend entièrement de nous, de notre mérite. On obtient ainsi ce que nous pourrions appeler le schéma de notre vie&nbsp;:</p>
<p style="text-align:center"><span class="valorise">naissance&nbsp;&rarr;&nbsp;école&nbsp;&rarr;&nbsp;travail&nbsp;&rarr;&nbsp;argent&nbsp;&rarr;&nbsp;biens&nbsp;&rarr;&nbsp;<s>bonheur</s> égalité</span></p>
<p>Ce schéma, est présent dans l&#8217;imaginaire collectif. Il nous paraît rationnel. Il est plébiscité par nos classes dirigeantes, comme le montre cette citation&nbsp;:<br />
<cite style="border-left:5px solid #DDDDDD;display:block;font-family:serif;font-size:1.2em;font-style:normal;font-weight:bold;margin-top:1em;padding-left:36px;">&laquo;&nbsp;L&#8217;égalité n&#8217;est pas l&#8217;uniformité. L&#8217;égalité, c&#8217;est à chacun selon son mérite [&hellip;] la récompense du travail, du mérite, de l&#8217;effort, de l&#8217;initiative, de l&#8217;audace&nbsp;&raquo;</cite><br />
Quand Nicolas Sarkozy dit cela, il introduit plus précisément ce qui sous-tend l&#8217;acceptation du schéma, <strong>l&#8217;égalité des chances</strong>. Ce principe apparaît avec la seconde étape, l&#8217;<span class="valorise">école</span>.</p>
<h3>L&#8217;École de l&#8217;Inégalité</h3>
<p>L&#8217;école gomme les inégalités de naissance pour donner à chacun les mêmes chances de réussite. Ensuite, la réussite professionnelle dépend du travail fourni, de la filière choisie, du projet d&#8217;études. Bref, elle dépend des choix et stratégies adoptés par chacun. À chaque point de bifurcation, les avantages et les inconvénients sont soupesés. Et, selon les possibilités de notre mérite, la meilleure route est choisie.<br />
 Selon cette seule théorie, l&#8217;école devrait effectivement remplir son rôle. Or, l&#8217;on observe que l&#8217;école reproduit les inégalités sociales existantes. Si vous êtes sceptiques, il suffit de regarder les statistiques à ce sujet. En cherchant rapidement sur Internet, je trouve, par exemple, une étude de 2003 sur les <a href="http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/es361b.pdf"><em>inégalités sociales d’accès aux grandes écoles</em></a>. Elle nous dit qu&#8217;un enfant d&#8217;ouvrier agricole a 0,43&nbsp;% de probabilités d&#8217;intégrer une grande école, là où un enfant d&#8217;ingénieur en a 20,92&nbsp;%. Qu&#8217;elles datent de 50 ans ou d&#8217;aujourd&#8217;hui, ces études de données montrent globalement que les études scolaires dépendent directement du milieu social de départ. Ainsi un enfant d&#8217;ouvriers n&#8217;ira probablement pas en études supérieurs contrairement à un enfant de cadres. Il existe évidemment des exceptions et des variations selon les époques, mais globalement les classes sociales se reproduisent. Cette observation des faits met à mal l&#8217;idéologie de l&#8217;école de la République égalitaire.</p>
<h3>Et ainsi, l&#8217;inégalité fût justifiée</h3>
<p>Dans nos c&oelig;urs et dans les discours publics, l&#8217;égalité tient une place importante. Pourtant, dans le monde réel, on observe de nombreuses inégalités qui nous révoltent plus ou moins. Si cette inégalité est fondée sur le travail, elle ne nous paraît pas injuste. Elle ne nous révolte pas. Elle est basée sur l&#8217;école, qui est théoriquement la garantie de l&#8217;égalité des chances.<br />
On observe cependant ceci&nbsp;: au lieu de donner les mêmes chances à tout le monde, l&#8217;école ne fait que reproduire les inégalités existantes. Ainsi, le discours qui voudrait que nous obtenions un travail qu&#8217;en fonction de notre mérite est faux.</p>
<p>L&#8217;égalité des chances n&#8217;est qu&#8217;un mythe, nos chances sont déjà déterminées par le milieu social de naissance. L&#8217;école permet juste de légitimer ces inégalités, de nous faire croire qu&#8217;elles sont justes. On peut alors se questionner sur le rôle de l&#8217;école actuel. Plus que de les légitimer, l&#8217;école ne crée-t-elle pas les inégalités&nbsp;? Est-ce que l&#8217;école pourrait être cet outil au service des élites permettant aux inégalités de se reproduire encore et encore&nbsp;?</p>
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		<title>La place de noël n&#8217;est pas dans les cœurs mais dans les testicules</title>
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		<pubDate>Sun, 31 Oct 2010 21:16:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Renard</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Deleuze]]></category>
		<category><![CDATA[domination]]></category>
		<category><![CDATA[Foucault]]></category>
		<category><![CDATA[Noël]]></category>
		<category><![CDATA[pouvoir]]></category>

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		<description><![CDATA[Loin de se résumer à une bonne grosse dinde assortie de festivités joyeuses, les rituels de fin d'année masquent l'expression de rapports de domination au travers des incontournables échanges qu'ils encadrent.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Une</strong> fois de plus, les fêtes de fin d&#8217;année approchent. Les échoppes se garnissent, les invitations se donnent, les agapes s&#8217;organisent, les nostalgiques disent que son inénarrable magie se perd, rien que de bien classique en définitive.</p>
<p>Si l&#8217;on s&#8217;intéresse de plus près aux discours vantant le bon vieux temps perdu, l&#8217;on prend rapidement conscience de ce qui appelle les regrets éternels des contempteurs ; au choix, l&#8217;individualisme, le matérialisme trivial, ou tout autre avatar de notre « modernité décadente » aux « mœurs dissolues », et au détriment si évident de l&#8217;affection, de la tendresse et de l&#8217;émerveillement face au rituel. Lorsque l&#8217;on a 5 ans, tous en rond autour du sapin à débiter de vieilles rengaines fatiguées sur la joie et l&#8217;amour universel, il est en effet facile de se laisser duper par le cérémonial, sans songer à ses implications. C&#8217;est qu&#8217;à 5 ans, l&#8217;on est encore dans une démarche purement jouissive et entièrement tournée vers la satisfaction personnelle immédiate. Ce qu&#8217;elle nous coûte nous indiffère.</p>
<p>En vieillissant, en effet, se fait l&#8217;obligation, pour parler dans les termes de Marcel Mauss, anthropologue du début du <span class="nom">xx</span><sup>e</sup> siècle, d&#8217;un <em>contre-don</em>, dans le cas qui nous occupe, du sentiment d&#8217;urgence de réparer la dette ainsi contractée lors de l&#8217;échange rituel. Rarement conscient au-delà de sa stricte nécessité intuitive et de l&#8217;inconfort qui le motive, il recèle en effet le germe de la véritable explication du rituel : un rapport de pouvoir.</p>
<p>Deleuze écrivait, à la suite de Foucault, que le pouvoir était « partout ». Pas seulement à tous les niveaux de la société, pas seulement dans les institutions, mais qu&#8217;il se jouait aussi dans chaque rapport social, à chaque instant de la vie. Sans qu&#8217;il soit nécessaire de rentrer dans les détails de sa pensée, l&#8217;on pourrait sans doute en déduire que plus le rituel a acquis une importance symbolique forte, plus les enjeux de pouvoir en qui le sous-tendent sont élevés. Le fameux « plaisir d&#8217;offrir » que l&#8217;on invoque si souvent en une telle occasion ne doit donc pas être interprété comme une satisfaction béate de faire le bien ou de contribuer au bonheur du destinataire, mais plutôt comme l&#8217;affirmation virile d&#8217;un rapport de domination entre pourvoyeur et récepteur, comme l&#8217;affirmation de l&#8217;acceptation par ce dernier du rapport d&#8217;ascendance des ainés créditeurs à son égard.</p>
<p>A ce titre, la veillée de noël, loin de la symbolique officielle consacrée, participe au même titre que les autres institutions déjà identifiées aux mécanismes de dressage de l&#8217;individu par son inscription dans un rapport de force au sein duquel il assume et revendique sa faiblesse, l&#8217;apprécie, même, puisqu&#8217;il en retire de la jouissance. D&#8217;où la désillusion nostalgique de l&#8217;ancien enfant qui s&#8217;inscrit, pour son entrée dans l&#8217;âge adulte, dans cette même logique de rapport de force. Offrir des cadeaux, c&#8217;est accéder au monde des anciens, c&#8217;est en quelque sorte avoir passé le rite initiatique d&#8217;une nouvelle phase de la vie, celle de la lutte pour la domination. Car le contre-don, dans ce cas, ne vise pas tant l&#8217;équilibre social par la parité des échanges que le refus d&#8217;être en dette, refus d&#8217;être redevable et donc en position de dominé, et toute la subtilité du commerce des cadeaux, des « il ne fallait pas » fort bien connus, se situe alors non pas dans le fait d&#8217;offrir le plus onéreux possible, mais le plus onéreux acceptable par la partie adverse, afin de maintenir le rapport hiérarchique, de l&#8217;inverser, ou de donner le sentiment fort provisoire d&#8217;une reconquête de liberté, au moins jusqu&#8217;au rituel suivant. Loin, très loin de l&#8217;époque où nous n&#8217;avions l&#8217;impression de ne rien abandonner de valable en recevant un bien et le plaisir inhérent contre notre soumission.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>En finir avec le point Godwin</title>
		<link>http://lapoliteia.com/en-finir-avec-le-point-godwin-critique-de-la-loi-de-godwin/</link>
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		<pubDate>Sat, 02 Oct 2010 14:16:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Brogol</dc:creator>
				<category><![CDATA[Société]]></category>

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		<description><![CDATA[Les geeks en auront déjà entendu parler, si ce n'est pratiqué, le point Godwin est en effet très hype sur Internet. Voyons pourquoi sa popularité l'a transformé en ce qu'il prétendait combattre.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Les geeks en auront déjà entendu parler, si ce n&#8217;est pratiqué. Le point Godwin est en effet très hype sur Internet, et pour cause, c&#8217;est son lieu de naissance. Pour les péons n&#8217;étant pas familier de cette nouvelle place mondaine qu&#8217;est Internet, voici comment l&#8217;atteindre&nbsp;:<br />
<cite style="border-left:5px solid #DDDDDD;display:block;font-family:serif;font-size:1.2em;font-style:normal;font-weight:bold;margin-top:1em;padding-left:36px;">&laquo;&nbsp;Plus une discussion en ligne dure longtemps, plus la probabilité d&#8217;y trouver une comparaison impliquant les nazis s&#8217;approche de 1.&nbsp;&raquo;</cite><br />
C&#8217;est Mike <span class="nom">Godwin</span> qui l&#8217;a énoncé en 1990<sup>[<a id="note-loi-de-godwin" href="#def-loi-de-godwin">1</a>]</sup>, d&#8217;où le nom de Loi de Godwin&nbsp;&ndash;&nbsp;rien à voir avec une quelconque victoire divine, le débat sur l&#8217;existence de Dieu a encore des jours florissants devant lui.<br />
Le point Godwin, donc, est atteint dans une discussion quand on en arrive à parler d&#8217;<span class="nom">Hitler</span>, de nazisme, et plus généralement de fascisme. Il est communément admis que la personne atteignant le point Godwin &laquo;&nbsp;perd&nbsp;&raquo; le débat en cours, et la discussion est close. Trouvant cet échappatoire absurde et bien trop souvent utilisé pour éviter la discussion, voici quelques arguments contre la loi de Godwin.</p>
<h3>L&#8217;aspect scientifique</h3>
<p>Vous l&#8217;avez peut-être remarqué, la loi de Godwin, renvoit au monde rationnel des mathématiques. Par sa formulation d&#8217;abord, naturellement on dirait plus quelque chose comme &laquo;&nbsp;Plus une discussion dure longtemps, plus on a de chance de parler des nazis&nbsp;&raquo;. Par sa dénomination ensuite, la <em>loi</em> de Godwin, une loi c&#8217;est une réalité scientifique, ça a été prouvé, démontré. Ainsi, on peut invoquer cette loi sans avoir besoin de la redémontrer, pratique pour éviter de refaire comme <span class="nom">Descartes</span> à chaque nouvelle discussion. Pratique, mais insidieux si elle n&#8217;a de loi que l&#8217;apparence&#8230;<br />
<img src="http://lapoliteia.com/wp-content/uploads/2010/09/schema-godwin-point.png" alt="schéma explicatif de la loi de Godwin" width="371" height="235" class="aligncenter size-full wp-image-147" /><br />
Ce petit schéma illustrant la loi de Godwin nous éclaire sur une évidence auquel ne nous fait pas forcément penser sa formulation&nbsp;: plus une discussion dure longtemps, plus le nombre de sujets abordés augmente. Alors forcément, la probabilité d&#8217;aborder un thème précis augmente. Ainsi, on peut remplacer les nazis par le sexe, la religion, la télévision, le football ou même les ornithorynques, l&#8217;affirmation de Godwin reste vraie.<br />
<cite style="border-left:5px solid #DDDDDD;display:block;font-family:serif;font-size:1.2em;font-style:normal;font-weight:bold;margin-top:1em;padding-left:36px;">&laquo;&nbsp;Plus une discussion en ligne dure longtemps, plus la probabilité d&#8217;y trouver une comparaison impliquant les ornithorynques s&#8217;approche de 1.&nbsp;&raquo;</cite><br />
Dans la mesure où les participants connaissent les ornithorynques, cette loi sera vérifiée si on laisse la discussion durer assez longtemps. Pour le nazisme, il se trouve qu&#8217;il est souvent connu des acteurs de la discussion, ainsi la loi de Godwin est souvent vérifiée. Alors, l&#8217;assertion de Godwin est bien vraie, mais c&#8217;est le cas particulier d&#8217;une évidence plus général, une sorte de tautologie déguisée. Certes l&#8217;<em>évidence Godwin</em> eut été moins vendeur, c&#8217;est sûr. Dans une société où la science a valeur de vérité, revêtir ses apparences donne, hélas, beaucoup plus de crédit à n&#8217;importe quelle affirmation.</p>
<h3>Le thought-terminating cliché par excellence</h3>
<p>Tout ceci pourrait être assez stérile si ce n&#8217;était que pure masturbation intellectuelle, si l&#8217;atteinte du point Godwin n&#8217;impliquait pas la fin prématurée d&#8217;une discussion.<br />
<img src="http://lapoliteia.com/wp-content/uploads/2010/09/point-godwin-maree-noire-bp.png" alt="Le point Godwin et la marée noire de BP sur le concept de la bande pas dessinée" width="584" height="200" class="aligncenter size-full wp-image-148" /><br />
Derrière la théorie descriptive de <span class="nom">Godwin</span>, on observe aujourd&#8217;hui une pratique réellement contre-productive à la discussion. Elle consiste à guetter la moindre référence au nazisme, aussi justifiée soit-elle, pour hurler à l&#8217;atteinte du point Godwin. Et n&#8217;essayez pas de démontrer que votre exemple est pertinent, où on vous sortira fièrement la &laquo;&nbsp;loi&nbsp;&raquo; de Godwin pour vous montrer votre bêtise. Seul un fou borné persistera à remettre en question une &laquo;&nbsp;loi&nbsp;&raquo; aussi bien reconnue que celle-là.<br />
Ainsi, il est devenu quasiment interdit de parler de nazisme sans se faire la cible des <abbr title="ironie inSSide">SS</abbr> du net. Pour certains c&#8217;est une chose formidable, et c&#8217;était justement le but de la &laquo;&nbsp;loi&nbsp;&raquo; de Godwin, que de dénoncer ceux qui faisaient référence au nazisme juste pour pourrir un débat.<br />
En effet, parler d&#8217;un sujet polémique et non-pertinent juste pour énerver les différents interlocuteurs est assez facile et gratifiant. On trouvera toujours une personne pour réagir à ces propos, là où il faudrait justement l&#8217;ignorer. Ce genre d&#8217;interventions traduisant généralement plutôt un besoin de reconnaissance personnel qu&#8217;une quelconque connaissance dudit sujet. Encore qu&#8217;il existe aussi des fanatiques venant prôner leur idéologie partout sans se soucier d&#8217;écouter les autres. Bref, les motivations, conscientes ou non, peuvent être multiples pour pourrir un débat.<sup>[<a id="note-troll" href="#def-troll">2</a>]</sup><br />
Mais même si le choix du nazisme n&#8217;est pas le seul, il est devenu le plus judicieux comme il permet d&#8217;atteindre la fin d&#8217;un débat. Ironie du sort, la &laquo;&nbsp;loi&nbsp;&raquo; de Godwin a eut l&#8217;effet inverse que l&#8217;on aurait pu espérer, puisqu&#8217;elle justifie ce comportement. Donc, là où on préférerait ignorer une intervention hors-sujet, on en arrive à arrêter toute la discussion. On est alors en droit de se demander pourquoi le nazisme mérite-t-il un comportement différent&nbsp;?</p>
<h3>Le déni d&#8217;humanité</h3>
<div id="attachment_149" class="wp-caption aligncenter" style="width: 311px"><img src="http://lapoliteia.com/wp-content/uploads/2010/09/hitler-nazi-et-humain.jpg" alt="Caricature d'Hitler, nazi et humain" width="301" height="432" class="size-full wp-image-149" /><p class="wp-caption-text">Hitler, le nazi humain</p></div>
<p>Il serait malhonnête d&#8217;expliquer ce traitement spécial pour la nazisme par la seule &laquo;&nbsp;loi&nbsp;&raquo; de Godwin, certes elle a malencontreusement renforcée le comportement qui consiste à utiliser le nazisme comme un moyen de mettre fin à une discussion, mais elle l&#8217;a fait à partir de l&#8217;observation d&#8217;une existence antérieure de ce comportement. Ce comportement est, je crois, dû à un phénomène de déni à l&#8217;échelle humaine. La nature de ce qui a été commis durant le nazisme paraît tellement immoral qu&#8217;il est plus simple de refuser la possibilité que des humains aient pu faire cela. Et tout ce qui s&#8217;y rapporte est devenu une insulte, une sorte de dénigration de l&#8217;adversaire en lui enlevant sa nature d&#8217;humain. Les exemples se rapportant au nazisme servent d&#8217;excuse facile pour éviter de débattre d&#8217;un sujet. D&#8217;ailleurs, dès 1953, on voit apparaître l&#8217;expression <em>Reductio at Hitlerum</em> qui consiste à dire &laquo;&nbsp;qu&#8217;Hitler ait partagé une opinion ne suffit pas à la réfuter&nbsp;&raquo;. Mais il faut ajouter <em style="font-weight:bold; font-style:normal;">qu&#8217;une comparaison porte sur Hitler ne suffit pas à la réfuter</em> pour ne pas tomber dans l&#8217;excès actuel qui confond les tentatives de saborder une discussion et les exemples judicieux.</p>
<p>Alors, ignorez ceux qui utilisent l&#8217;émotion que provoque le nazisme pour servir leurs seuls intérêts sans souci d&#8217;avoir une discussion constructive au lieu de leur donner du grain à moudre. Le nombre d&#8217;articles qui distribue des points Godwin aux personnalités de pouvoir est effarant, et ne fait que les servir. Et quand vous utilisez une comparaison pertinente au nazisme, et qu&#8217;on vous bassine avec ce point Godwin, renvoyez les ici. ;)</p>
<div id="attachment_146" class="wp-caption aligncenter" style="width: 433px"><img style="border:0;" src="http://lapoliteia.com/wp-content/uploads/2010/09/point-godwin-burin-nq8.png" alt="Bravo vous avez gagné 1 point godwin. Vous pouvez aller le découper au burin sur votre écran." title="1 point Godwin et son mode d'emploi" width="423" height="287" class="size-full wp-image-146" /><p class="wp-caption-text">Exemple de décernement de point godwin, avec mode d'emploi pour le récupérer et l'ajouter à votre collection</p></div>
]]></content:encoded>
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		<title>Le défi anthropologique chinois</title>
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		<pubDate>Wed, 05 May 2010 23:10:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Renard</dc:creator>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Chine]]></category>
		<category><![CDATA[Droits de l'homme]]></category>
		<category><![CDATA[éthique]]></category>
		<category><![CDATA[universalisme]]></category>

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		<description><![CDATA[Peut-on réduire un régime politique, aussi contraire à nos valeurs soit-il, aux catégories élémentaires de bien et de mal&#160;? Rien n'est moins sûr. Lorsque l'éthique se mêle de politique, le sujet devient explosif.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>L</strong>ors de chaque rencontre ou presque d&#8217;un dirigeant du monde dit libre avec le gouvernement chinois, il est invariablement question de droits de l&#8217;Homme, de dictature, d&#8217;oppression, et cela du media le plus élitiste (mettons le Monde diplomatique) à la presse la plus bas de gamme (admettons Paris-Match). D&#8217;aucun considéreraient cela comme anodin, et cela témoignerait même des avancées éthiques de l&#8217;occident, qui, ayant progressé sur la voie de la sagesse, sait désormais s&#8217;élever d&#8217;une voix ou presque contre un régime qui organise de façon méthodique l&#8217;exploitation de sa population.</p>
<p>Cependant, un tel constat reste dérangeant, parce que sous cette apparente unité, se cache en réalité quelque chose de bien plus insidieux et intéressant à disséquer : une évidence. Qui en effet irait remettre en cause une telle affirmation, qui pourrait s&#8217;interroger sur son bien-fondé ? Si un sondage était organisé autour de la question « Le régime chinois est-il bien ? » (et sous cette formulation apparemment maladroite, l&#8217;on fait en réalité appel au jugement éthique du répondant par l&#8217;usage du terme de bien), il est à peu près certain que nous obtiendrions une proportion écrasante de « non », non parce que la dictature, est éminemment inhumaine, parce qu&#8217;elle prive de liberté, ou pour toute autre raison qu&#8217;il nous plaira d&#8217;évoquer.</p>
<p>Mais faisons un parallèle. Dans son excellent ouvrage <em>L&#8217;invention de la culture hétérosexuelle</em>, Louis-Geroges Tin commence par faire le constat d&#8217;une toute autre évidence, celle du caractère naturel, et par naturel entendons conforme à ce qui doit être, à un ordre immuable et éternel des choses, de l&#8217;hétérosexualité. Pour tout homme ou femme du XXIe siècle, s&#8217;interroger à son sujet reviendrait presque à se poser la question de la logique relative à la succession du jour et de la nuit, elle est en elle-même ce qui doit, ou à défaut devrait être la norme, norme qui, pour notre auteur, est intégrée à un point tel à nos représentations mentales que nous faisons passer ce qui relève de la culture pour un fait de nature. Le processus est plus ou moins similaire pour ce qui est du capitalisme rouge à la chinoise, la condamnation relève d&#8217;abord d&#8217;un automatisme culturel, un <em>a priori</em> à toute réflexion, les éventuels arguments que l&#8217;on peut y adjoindre découlant nécessairement de ce passage obligé. D&#8217;abord affirmer que régime chinois, c&#8217;est mal, ensuite, se justifier.</p>
<p>Bien entendu, à l&#8217;inverse des mouvements de libération sexuelle des années 1960 à 1970, il est très improbable qu&#8217;un front en faveur d&#8217;un regard nouveau sur le parti communiste chinois se fasse jour contre cette pensée-réflexe, mais peut-être est-il au préalable nécessaire de préciser les intentions de cet article. Non, il ne s&#8217;agit pas de légitimer quoi que ce soit, quels que faits que ce soit, mais il ne sera pas non plus question de juger ou même de condamner, mais bien de porter à l&#8217;examen une attitude en définitive fort répandue qu&#8217;il serait dommage de ne pas interroger, parce qu&#8217;elle en révèle plus sur notre société, sur les fondements de notre éthique occidentale, que sur le régime mis en accusation.</p>
<p>Revenons, donc, quelques siècles en arrière. Dans le très connu paragraphe de sa <em>Rhétorique</em>, Aristote expose les fondements de ce qui deviendra, avec les philosophes anglais, le droit naturel :</p>
<p>« En effet il y a un juste et un injuste, communs de par la nature, et que tout le monde reconnaît par une espèce de divination, lors même qu&#8217;il n&#8217;y a aucune communication, ni convention mutuelle. »</p>
<p>En clair, certains actes ou propos sont à même d&#8217;être jugés bons ou mauvais, souhaitables ou ignobles, par tout être humain en vertu de principes transcendant l&#8217;arbitraire des règles sociales ou juridiques. Il existe un inhumain, un injuste, un infâme, et leurs contraires, universellement reconnaissables. C&#8217;est là le fondement essentiel de la Déclaration des droits de l&#8217;Homme de 1789, qui pose un ensemble de normes devant régir la société française visant à la fois à assurer l&#8217;équilibre de l&#8217;exercice des libertés individuelles (faire que chacun puisse donc être libre) tout en garantissant un corpus de droits inhérents à la nature humaine. De là procède l&#8217;origine du jugement éthique négatif à l&#8217;encontre du régime chinois, la dictature du <acronym title="Parti Communiste Chinois">PCC</acronym> est ignoble parce qu&#8217;elle ne respecte pas ce qui a été défini comme relevant du droit le plus strict de tout être humain par son existence même. Par sa naissance.</p>
<p>Conséquence prévisible, en 1948, cette déclaration acquiert une portée universelle, après tout puisque les principes qu&#8217;elle énonce le sont, il est légitime de se donner les moyens de leur donner une extension mondiale, qui peut atteindre jusqu&#8217;au dernier opprimé. De là procèdent les interventions de la force armée des nations unies, les casques bleus, au Kossovo, au Liban, ou plus récemment, au Darfour. De cela procèdent aussi les interventions en Irak, dont la justification tardive fut l&#8217;instauration d&#8217;une démocratie, les tentatives épisodiques de coups d&#8217;état américains à Cuba, ou les très cordiales relations de la Françafrique, pour ne citer que quelques exemples choisis. De fait, l&#8217;universalisme revendiqué conduit, quoiqu&#8217;on en dise, à de véritables défis éthiques, philosophiques, et même mathématiques, parce que par définition une éthique à vocation universelle autorisant l&#8217;intervention ne connaît aucune limite.</p>
<p>Si, en effet, l&#8217;on condamne le régime chinois parce qu&#8217;il refuse le droit à une éducation émancipatrice à sa population, l&#8217;impératif moral commande de condamner toutes les sociétés n&#8217;accordant pas ce droit, pour être cohérent, et cela inclut les sociétés premières du pacifique, d&#8217;Amazonie, et même d&#8217;Afrique, pour ce qu&#8217;il en reste. On s&#8217;autorise, au nom de l&#8217;universalité, à intervenir, parce que face au mal, on ne peut rester passif, sur tous les continents pour établir des régimes démocratiques, et ce au mépris des divergences civilisationnelles, culturelles et sociales. Si l&#8217;on condamne le régime chinois parce qu&#8217;une partie de sa population, ou la majorité de celle-ci, le trouve abject et détestable, on se trouve en devoir d&#8217;appliquer là encore universellement ce principe, y compris en descendant dans la hiérarchie des valeurs. En commençant par exemple par apporter notre technologie médicale aux sociétés archaïques, parce que leur population réclame de vivre mieux et plus longtemps, et descendons d&#8217;un cran, pourquoi n&#8217;auraient-ils pas le droit eux aussi de se défendre contre leurs impitoyables ennemis, de posséder des installations nucléaires pour se chauffer l&#8217;hiver, de disposer de la technologie balistique pour envoyer leurs satellites ou les dieux savent quoi par les airs&#8230;</p>
<p>Le problème de l&#8217;universalisme, c&#8217;est que par définition, il ne connaît aucune limite, et que l&#8217;universalité des principes éthiques occidentaux, si elle veut être cohérente, mène aux pires absurdités ou à certains comportements pourtant dangereux d&#8217;un point de vue anthropologique, en cautionnant l&#8217;interventionnisme et l&#8217;acculturation tous azimuts, parce que condamner le régime chinois au nom de principes éthiques, c&#8217;est prendre l&#8217;engagement au nom de l&#8217;humanité à intervenir autant que faire se peut lors de chaque transgression de la norme en vigueur. Or, je doute qu&#8217;il soit nécessaire de rappeler que chaque action a nécessairement un certain nombre de conséquences imprévisibles, et que prédire l&#8217;avenir relève plus de la science occulte que d&#8217;un véritable exercice intellectuel.  Si l&#8217;on s&#8217;en tient à la logique <em>stricto sensu</em>, en luttant pour les libertés en Chine, l&#8217;on s&#8217;autorise à entraîner à peu près n&#8217;importe quoi dans une civilisation qui n&#8217;est pas la nôtre en agissant activement contre l&#8217;un de ses éléments clefs. Qui sait si par notre suffisance et notre promptitude au jugement nous n&#8217;empêchons pas un changement critique et non contraint de la société chinoise, évolution qui pourrait d&#8217;ailleurs même être plus propre à nous satisfaire que la situation que nous condamnons ?</p>
<p>C&#8217;est là l&#8217;un des principes fondateurs, établis de longue date, de l&#8217;anthropologie. Observer, comprendre, et non juger pour mieux civiliser les sauvages, et, sans être ni permissif ni tolérant, l&#8217;indifférence étant difficilement compatible avec des intentions manifestes quoique souvent maladroites d&#8217;amélioration de la condition humaine, peut-être conviendrait-il de commencer par abandonner cette condescendance culturelle qui nous est si familière. Il n&#8217;est pas question de tout accepter, mais peut-être qu&#8217;en matière d&#8217;éthique, les sciences humaines sont en fait plus en avances que les droits de l&#8217;Homme, et qu&#8217;elle aurait bien plus à apporter. Observation sans intervention, reconnaissant par là notre ignorance élémentaire des conséquences de nos actes, en abandonnant toute notion d&#8217;universalité, peut-être est-ce là le moyen privilégié d&#8217;échapper aux évidences, et de sortir d&#8217;une dualité qui s&#8217;avère à l&#8217;usage malcommode.</p>
<p>A la question «&nbsp;la dictature chinoise est-elle une bonne ou une mauvaise chose&nbsp;», il n&#8217;y a pas de réponse tranchée. Si cet état de fait serait intolérable pour les sociétés occidentales, la légitimité que l&#8217;on se donne pour agir et condamner ne repose que sur notre propre évaluation de notre supériorité en la matière, sur notre fallacieuse certitude de bien agir, et un tel constat relève, dans le meilleur des cas, de la malveillance intentionnelle, et dans le pire des cas de l&#8217;ignorance la moins louable. Parce qu&#8217;en matière d&#8217;évolution culturelle, il n&#8217;y a pas de voie unique, et encore moins d&#8217;absolus.</p>
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		<title>Des projets, une pensée</title>
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		<pubDate>Wed, 10 Mar 2010 18:11:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Brogol</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Société]]></category>

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		<description><![CDATA[Ne pensez-vous pas que l'innovation et le partenariat permettent un développement de la compétence des acteurs pour créer une réelle culture de participation dans l'entreprise&#160;?]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Comment gérer au mieux un projet d&#8217;entreprise&nbsp;? Cette préoccupation vitale de l&#8217;homme ultra-moderne trouve nombre de ses réponses dans les livres de management. Ainsi, il est notable de voir que dans les années 1960, le mot-clef des ces bibles est <strong>hiérarchie</strong>&nbsp;; c&#8217;est le terme que l&#8217;on retrouve le plus souvent.<br />
Rien d&#8217;étonnant à cela d&#8217;ailleurs, les entreprises sans hiérarchie ne sont pas monnaie courante. Pas que cela soit impossible comme certains pourraient se complaire à le croire, mais plutôt que ce n&#8217;est pas en adéquation avec les théories dominant actuellement la société.<br />
Vous pourriez m&#8217;objectez ce n&#8217;est pas si notable que ça, que la hiérarchie soit un fondement des techniques managériales n&#8217;est un secret pour personne. Mais, ce serait trop vite oublier que le terme recouvre une dimension sacrée. Effectivement, étymologiquement, l&#8217;ordre de supériorité entre chaque élément est justifié par son degré de sacralité (voir les définitions à droite).</p>
<h3>Sacré patron</h3>
<div id="attachment_110" class="wp-caption alignright" style="width: 373px"><img src="http://lapoliteia.com/wp-content/uploads/2009/10/angeCadreChefDeProjet.jpg" alt="ange en cadre chef de projet" title="Chef de projet moderne" width="363" height="492" class="size-full wp-image-110" /><p class="wp-caption-text">Chef de projet moderne</p></div>
<p>Alors certes, originellement le mot avait une connotation religieuse, mais quelle importance puisque aujourd&#8217;hui ce n&#8217;est plus le cas&nbsp;? On ne voue pas un culte à son supérieur hiérarchique, et les canonisations des chefs d&#8217;entreprises sont plutôt rares. Les temps ont changé et le sens des mots a évolué avec.<br />
Sauf que, quelque chose de sacré n&#8217;est pas forcément religieux&nbsp;! C&#8217;est la religion qui a besoin de sacré pour exister et non l&#8217;inverse. Le sacré désigne ce qui sépare, interdit, en opposition à ce qui est profane.<br />
Ainsi, on comprend bien que le progrès scientifique diminue les domaines du sacré. Là où il y a une connaissance des choses, point de tabous. Et ce n&#8217;est donc pas un hasard que l&#8217;on trouve plus d&#8217;athées parmi les scientifiques que dans le reste de la population.</p>
<p>Mais alors, dans quel cas, ce qui est intouchable, inviolable n&#8217;est pas forcément religieux &nbsp;? Voyons voir, pour vous la vie est-elle sacrée&nbsp;? Et l&#8217;amour&nbsp;? C&#8217;est à dire sont-elles des valeurs supérieures qu&#8217;on ne peut remettre en cause&nbsp;? Ceux qui le pensent n&#8217;ont pas forcément de croyances et de pratiques particulières par rapport à cela et n&#8217;appartiennent pas à une Église.<br />
Ainsi, on peut dire que la sacralité implique une interdiction de remettre en cause une chose au nom de valeurs nous transcendant. Cette chose peut être un objet, un être, une pensée, etc. Ces choses vénérées qu&#8217;on ne peut enfreindre se retrouvent dans les religions et&#8230; dans les idéologies&nbsp;! Les totalitarismes en sont peut-être l&#8217;exemple le plus fort, où la pensée même du chef est sacralisée.<br />
Alors, revenons à notre hiérarchie. Peut-on remettre en cause une décision d&#8217;un supérieur hiérarchique&nbsp;? Non, un ordre n&#8217;est pas sujet à débat ou à discussion. Quand on est dans une entreprise, la parole du supérieur a quelque chose d&#8217;inviolable, d&#8217;intouchable, de <em>sacré</em>&nbsp;!</p>
<h3>L&#8217;idéologie managériale&nbsp;: un projet inhumain</h3>
<p>Les entreprises ne sont donc pas gérées selon une religion mais selon une idéologie, qui justifie la hiérarchie. Cette idéologie managériale prône l&#8217;épanouissement de l&#8217;individu dans l&#8217;entreprise. L&#8217;entreprise n&#8217;est plus là pour permettre aux gens de gagner de l&#8217;argent mais pour justifier le sens de leur vie. Cela passe par un conditionnement spécifique du comportement dans l&#8217;entreprise. On se doit d&#8217;être efficace et surtout pas contrariant. La performance et l&#8217;obéissance sont les mamelles de votre réussite sociale. Ne pas réussir est intolérable, d&#8217;ailleurs le mal-être au travail trouve sans doute une de ses sources dans cette stigmatisation de l&#8217;échec. Pourtant demander à un humain d&#8217;être parfait, est pour le moins inhumain.<br />
La redoutable efficacité de cette idéologie est que tout ceci est plus ou moins intériorisé, en passant premièrement par le langage. Ainsi, en 2000, le terme <em>hiérarchie</em> a totalement disparu des ouvrages de management. Pour autant, vous aurez sans doute remarqué que la hiérarchie n&#8217;a pas disparu de l&#8217;organisation des entreprises. Le mot qui a remplacé hiérarchie, que l&#8217;on retrouve le plus souvent, peut sembler inattendu, et pourtant si vous faites attention vous verrez que vous l&#8217;entendez sans arrêt. Ce mot c&#8217;est <strong>projet</strong>.</p>
<h3>Un projet, ça trompe énormément</h3>
<p>Initialement un projet, c&#8217;était le plan de quelque chose avant sa réalisation, alors appelée objet. Aujourd&#8217;hui le projet englobe aussi la réalisation dans son sens. Bien qu&#8217;on l&#8217;entende partout et pour tout,  ce terme reste vague et imprécis. Et pour cause, un projet ne prend son sens que quand il est défini. Projeter un meurtre c&#8217;est moins cool que d&#8217;avoir un projet humanitaire (si vous n&#8217;êtes pas d&#8217;accord je vous suggère d&#8217;aller voir un psychanalyste ou de jouer à Counter-Strike, ça défoule).<br />
On le voit bien, un projet, en soi, ça ne veut rien dire. Pourtant ce mot a une connotation terriblement positive. Il suffit de dire que l&#8217;on a un projet pour que ce soit bien. Pire que cela, ne pas avoir de projets est une tare. Comme le dit Franck Lepage dans son spectacle <a href="http://www.les-renseignements-genereux.org/videos/8285">Incultures</a>&nbsp;: &laquo;&nbsp;Autant on peut mobiliser un collectif de travailleurs contre une hiérarchie, autant aller faire chier des gars qu&#8217;on un projet, c&#8217;est vraiment pas sympa.&nbsp;&raquo;</p>
<p>Il faut savoir que ce mot était très peu utilisé il y a 30 ans. Il a été imposé d&#8217;en haut grâce à l&#8217;idéologie du management. Et maintenant, il structure notre façon de penser. Écoutez vraiment le nombre de fois que vous entendez parler de projets, c&#8217;est impressionnant, tout est projets, nous sommes dans une société de projets.<br />
Un projet a une connotation positive a priori. Cet illogisme est malsain. Avoir un projet est difficilement critiquable du fait qu&#8217;il se nomme projet. Et c&#8217;est en ça que c&#8217;est génial pour l&#8217;idéologie managériale.</p>
<h3>Des concepts opérationnels</h3>
<p>Voilà comment on intériorise un schéma hiérarchique dans nos entreprises grâce au langage. <em>Projet</em> est sans doute le plus pervers, mais tout le vocabulaire se transforme pour qu&#8217;on ne puisse pas critiquer. On pourrait citer <em>acteur</em>, <em>compétence</em>, <em>culture</em>, <em>développement</em>, <em>innovation</em>, <em>partenariat</em>, <em>participation</em>, etc. Ces termes lissent la réalité pour annihiler tout sentiment d&#8217;injustice, donc de révolte. Prenons un exemple&nbsp;: &laquo;&nbsp;Ne pensez-vous pas que l&#8217;innovation et le partenariat permettent un développement de la compétence des acteurs pour créer une réelle culture de participation dans l&#8217;entreprise&nbsp;?&nbsp;&raquo; Alors, d&#8217;accord, ou pas d&#8217;accord&nbsp;?<br />
Cette phrase n&#8217;est pas tiré d&#8217;un colloque du <acronym title="Mouvement des entreprises de France">MEDEF</acronym>, j&#8217;ai juste pris les termes listés plus haut en les mettant les uns à la suite des autres. Cette phrase ne veut rien dire parce que tous les termes qui la composent sont des concepts qu&#8217;il faudrait définir précisément, ils sont sujets à interprétation. Lepage le fait dans son spectacle, en tirant au sort parmi plusieurs mots du même genre et inventant des phrases qui paraissent sensées. D&#8217;ailleurs essayez de faire pareil chez vous, l&#8217;expérience, malgré le danger d&#8217;éveil d&#8217;un esprit contradictoire trop prononcé, est amusante. Vous verrez qu&#8217;on peut créer des phrases très classes grâce à ces jolis mots positifs qui ne veulent rien dire.</p>
<p>Bon, je vous laisse, j&#8217;ai un article intitulé &laquo;&nbsp;Les acteurs culturels innovent en développant un partenariat participatif avec les jeunes&nbsp;&raquo; sur le feu.</p>
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