Qui est Ayn Rand ?

Publié le 03 mars 2011 à 17h00 dans Biographie

A l’occasion de la sortie en salles le 15 Avril prochain (si tout se passe bien) de l’adaptation d’Atlas Shrugged, le magnum opus de la célèbre romancière Ayn Rand, il est intéressant de se (re)plonger dans ses écrits pour en savourer la substantifique moelle. Pour ceux qui ne la connaîtraient pas, ces quelques modestes lignes vous fourniront un bref aperçu de la pensée de cette femme au destin très singulier, à la vie mouvementée et à la vision révolutionnaire.

Ayn Rand, de son véritable nom Alissa Zinovievna Rosenbaum, nait à Saint Petersburg en 1905. Ses parents fuyant les persécutions du régime soviétique, elle se plonge dans les œuvres de Victor Hugo. Après ses études en Union Soviétique, elle part rendre visite à ses parents émigrés aux États-Unis et décide d’y rester. Elle est séduite par sa vision des gratte-ciel de New York, d’où elle tirera son inspiration pour son roman La Source Vive, sur lequel je reviendrai ultérieurement. Elle trouve aux États-Unis un socle fondamental qui lui permettra de développer sa philosophie, à savoir liberté, responsabilité et individualisme.

Ces trois valeurs essentielles de l’émancipation du nouveau monde, proclamées lors de la déclaration d’indépendance, puis gravées dans le marbre de la constitution, sont issues de la maturation des idées des Lumières, forgées en rejet de l’absolutisme, de l’arbitraire et de l’asservissement. Les pères fondateurs, principaux artisans de l’indépendance, avaient en effet en commun, malgré leurs discordances, une commune méfiance envers les gouvernements, leur lutte s’étant fondée sur ce principe, contre la monarchie britannique. L’évènement du Boston Tea Party est révélateur de cet esprit et de la lutte contre les ressorts coercitifs de l’état, dans la droite lignée de John Locke. Ceci étant rappelé, pour poser brièvement quelques bases historiques…

« Je n’ai besoin ni de justification ni de sanction pour être ce que je suis. Je suis ma propre justification et ma propre sanction. »

Ne nous attardons pas sur les liens qu’elle développe avec le milieu du cinéma, et concentrons-nous sur l’essentiel. Elle commence donc à publier avec succès ses premiers romans, dont, Nous, les vivants, ouvrage critique envers le communisme, comme la plupart de ceux qui eurent l’horrible privilège de vivre le quotidien soviétique, voire ses camps de la mort (impossible de ne pas se souvenir de L’Archipel du Goulag). Son deuxième grand succès sera la publication du roman La Source Vive dont les personnages servent de fil à la description de la lutte entre courants de pensée radicalement différents. Le principal protagoniste étant un jeune architecte aux idées novatrices, incorruptible et surtout individualiste à l’extrême, qui aura à faire face aux manipulations d’un collectiviste revendiqué et aux charges d’un individualiste, lui aussi, qui ne pousse toutefois pas la logique à son paroxysme. Magnat des médias, il ne publie, pour son intérêt et son goût destructeur du pouvoir, que ce que le public lui réclame, tandis que Howard Roark, le héros principal, ne décide de créer que ce qu’il estime que le public devrait lui demander. Ce dernier tente d’élever l’humanité à un degré supérieur d’accomplissement de lui-même par son égoïsme.

On peut décrire le héros randien type comme un entrepreneur, innovateur en avance sur son temps, qui tire de sa liberté et de son indépendance « la source vive » de son inspiration créatrice qui fait de l’homme plus qu’un simple animal, régit par la raison plutôt que l’instinct.

« Ma philosophie conçoit essentiellement l’Homme comme un être héroïque dont l’éthique de vie est la poursuite de son propre bonheur, la réalisation de soi son activité la plus noble, et la Raison son seul absolu. »

Quelques années plus tard paraît son ouvrage le plus célèbre, Atlas Shrugged, désigné deuxième livre le plus influent pour les américains d’après une étude publiée en 1991 par la Library of Congress et le Book of the Month Club. Le premier étant La Bible. Pour d’obscures raisons, cette œuvre n’a jamais été entièrement traduite en français, à n’en pas douter cette curieuse exception culturelle que le monde ne nous envie pas. Ce roman dresse le portrait d’un homme en lutte contre une société socialiste qui veut le priver des fruits de son travail et de son innovation. On y retrouve évidemment le moteur de sa pensée, la lutte des libres, affranchis de leurs carcans, contre ceux qui veulent les asservir. Le premier coup n’étant jamais porté que par les adversaires de la liberté, à sa voir les moralistes idéologues se réfugiant derrière des valeurs d’altruisme.

« Pour dire : « Je t’aime », il faut d’abord savoir dire « Je ». »

Je ne vous raconterai pas par le menu l’histoire d’Atlas Shrugged, que je vous invite évidemment à aller découvrir lors de sa sortie, tout en conservant à l’esprit que les adaptations ne sont pas les fidèles reflets des ouvrages dont ils s’inspirent. Il est certain qu’adapter les 1800 pages du roman, fusse en une trilogie (ce qui est prévu à l’heure où j’écris ces lignes) tout en retranscrivant les lignes directrices d’une pensée complexe est un défi des plus ardus. Espérons néanmoins que l’éthique objectiviste de l’intérêt personnel sera respectée. L’individualisme est la valeur principale développée par Rand. Elle considère que les hommes ne sont altruistes que s’ils sont contraints, donc esclaves, ce qui fait perdre au mot tout son sens, ou s’ils décident de le devenir eux-mêmes par unique intérêt personnel (moral, financier…). Seul l’homme égoïste peut donc décider de son altruisme.

Sa position sur l’individualisme, à contre-courant des idées véhiculées partout ailleurs, est le carburant des sociétés libres dont elle aborde le sujet dans son recueil La vertu d’égoïsme. Elle rejette néanmoins l’étiquette libertarienne, opposée notamment aux thèses de Rothbard et des anarcho-capitalistes. Elle s’inscrit néanmoins dans une lignée que l’on peut qualifier de minarchiste et reste attachée aux axiomes principaux du libéralisme le plus classique : non-agression, droit naturel, liberté individuelle, etc. L’individu est supérieur à la société car elle ne peut exister sans lui tandis que la réciproque n’est pas exacte.

Par son positionnement aux antipodes de toutes les philosophies qui se réclament d’un humanisme humide plein de câlins mignons, les écrits de Rand remettent en question les valeurs qui nous sont inculquées. L’homme est imparfait, sa raison et ses connaissances seront toujours limitées, mais sa liberté est le socle sur lequel il est seul capable de percevoir son intérêt et celui de ses congénères. Nul appel à un « homme nouveau » ici, ce qui ne la classe pas parmi les utopistes. Simplement une philosophie de vie qui incite à remettre en question tout ce qui est tenu comme vrai, et à privilégier l’individu pour chercher et arriver à atteindre le stade le plus proche de la vérité.

2 réactions

  1. #1 aguellid le 4 mars 2011

    BEGIN TROLL
    Qui est Ayn Rand ?
    Réponse de Melkion : Une femme comme les autres.
    END TROLL

    1-
    « Ma philosophie conçoit essentiellement l’Homme comme un être héroïque dont l’éthique de vie est la poursuite de son propre bonheur… »

    Je ne vois rien d’héroïque à poursuivre son propre bonheur et encore moins de noble (l’aspect héroïque peut se justifier dans le cas de quelqu’un qui part de très loin mais pas la noblesse).

    2-
    « non-agression, droit naturel… »

    Droit naturel = Loi du plus fort. Les deux « principes » sont donc fondamentalement incompatibles.

    3-
    C’est toujours le fait de vouloir « homme nouveau » qui fait avancer. Si on considère que l’homme doit être accepté tel qu’il est, on serait encore dans des grottes.

    4-
    L’article est intéressant, je ne connaissais pas Ayn Rand (maintenant je sais que c’est une femme comme les autres :D). Ses idées sont présentées au long de l’article mais aucun raisonnement pour démontrer la viabilité de celles-ci.

  2. #2 Niggzs le 14 mars 2011

    Autant je comprend tout à fait la pensée d’Ayn Rand, qui est finalement très logique et intéressant, autant je ne comprend pas l’influence qu’elle peut avoir pour beaucoup, tant un minimum de prise de recul sur sa philosophie et une critique approfondie de ses textes nous démontrer la dangerosité de ses idées pour une société et leur impraticabilité d’après dernières données anthropologique que nous possédons.

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