En ces temps de « crise » on entend beaucoup parler, en particulier de manière péjorative dans la bouche de nombre de dirigeants des mouvements dits « de gauche », de « libéralisme », de « néo-libéralisme » et autre « ultra-libéralisme ». Termes souvent utilisés de manière inadéquate, au détriment d’une réelle compréhension de l’idéologie dominante et ce faisant d’un combat efficace contre les dogmes qu’elle représente.
Cet article n’a pas vocation à donner une définition du libéralisme, du capitalisme ou de l’économie de marché, tâche fort ardue et vouée à l’échec, mais simplement d’essayer de démontrer en quoi la vision de la liberté portée par leurs adeptes n’est qu’une pseudo-liberté promue, souvent en toute bonne foi, dans le seul intérêt des puissants de ce monde.
Liberté bourgeoise et liberté réelle : un état des lieux
Il est toutefois nécessaire de bien faire le distinguo entre ce qui est réellement relatif à l’idéologie libérale, et ce qui ne l’est pas.
Pour comprendre l’origine et les fondements de la pensée libérale, il est important de se rappeler que le libéralisme est une idéologie née à la base par opposition au féodalisme, régime spoliateur et oppresseur des populations défavorisées (tiers-état), et ce à la fois au niveau des libertés individuelles (liberté de pensée, d’expression, de croyance, de déplacement, …), mais également économiques (taxes énormes, réquisition des terres par la noblesse, …). Ainsi le libéralisme originel se veut-il l’expression des classes inférieures et de la bourgeoisie montante en prônant :
* La liberté de l’individu, la démocratie, par opposition à la terreur monarchique et l’obscurantisme. C’est le libéralisme politique.
* Une « liberté économique », d’entreprise et d’échange, pour que chacun puisse profiter du fruit de son travail, par opposition aux abus de la noblesse et de la royauté, qui volaient tout à la masse en ne lui laissant même pas de quoi faire ripaille. C’est le libéralisme économique.
De nos jours, quand on entend parler de libéralisme, il s’agit bien la plupart du temps de ce « laisser-faire » économique plutôt que des libertés individuelles, pour lesquelles on a également jugé utile d’inventer un terme : celui de libertaire. Les défenseurs de ces deux visions de la liberté, les « vrais libéraux » (libéraux économiques et libertaires à la fois), sont quant à eux généralement appelés « libertariens ». Fin de l’interlude vocabulaire.
Avec le développement de l’industrie, la classe bourgeoise, possédant l’argent et les moyens de production, n’a cessé de gagner encore et encore en puissance. A son idéologie libre-échangiste (sans mauvais jeu de mot) se sont ajoutés l’autoritarisme et le conservatisme. Le capitalisme libéral permettant à la bourgeoisie de faire ce qu’elle voulait sur le terrain économique, et ce au pur détriment de la classe des travailleurs (celle qui vend sa force de travail pour gagner sa vie, aussi appelée « prolétariat » par Marxou et ses potes), le conservatisme social lui offrant quant à lui de garder ses privilèges par la manipulation des masses trop prompts à se rebeller. Ainsi donc l’idéologie dominante, promue par celles et ceux qui dirigeaient déjà la société par le pouvoir de l’argent, est-elle devenue celle du conservatisme libéral, seul à même de protéger efficacement ses intérêts. C’est celle de nos amis de l’UMP, des Sarkozy, des Blair et des Berlusconi, mais également, à moindre dose, celle de la majorité des partis de droite ou de gauche.
Mais quel rapport avec le sujet initial de l’article, me direz-vous ?
Bien que la défense des libertés individuelles soit initialement liée au libéralisme originel, le libéralisme économique a conduit progressivement à la construction d’une solide classe bourgeoise, et ce malgré les dogmes de nos niais libéraux qui croient encore au pouvoir magique du marché et de son acolyte la « main invisible », censée résoudre tous les problèmes de ce bas monde (chômage, surproduction, misère, …). Puis, afin de conserver leur emprise sur la société, ces même bourgeois ont-ils en sus semé des valeurs d’ordre, de sécurité, d’autorité, de nationalisme, bref : mis en œuvre un simple formatage de la société afin de garder le contrôle absolu des actes et des pensées. Ainsi le conservatisme libéral est-il la suite logique du libéralisme, et le fascisme la continuité du conservatisme libéral, quand la bourgeoisie dérape et perd le contrôle de la situation. L’Histoire fourmille d’exemples : le nazisme pour endiguer le communisme et diviser le peuple sur des questions de « race », Pinochet au Chili envoyé par les Etats-Unis pour protéger leurs multinationales, …
Ce qu’il faut retenir par rapport au thème de cet article, chers lecteurs, c’est que le libéralisme économique est aujourd’hui principalement promu par ceux qui y voient leur intérêt, et non pas par l’amour d’une certaine liberté. Il est partie intégrante de l’idéologie bourgeoise, et celle-ci œuvre en permanence à ce que la majorité le voit comme un bienfait et une liberté essentielle de l’homme.
Le diagramme de Nolan, exemple concret de la falsification libérale libertarienne
Pour en revenir à nos amis les « vrais libéraux », les libertariens (eux-même se divisant en minarchistes, « anarcho-capitalistes », …), et surtout à leur vision de la « liberté économique », prenons en exemple le célèbre diagramme de Nolan.
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Un petit coup de Wikipédia pour la route :
<< Le diagramme de Nolan est un diagramme politique créé par le libertarien David Nolan. Ce dernier l’a utilisé pour mettre en valeur sa philosophie qui promouvrait à la fois les « libertés économiques » et les « libertés individuelles ». Les deux axes du graphique représentent les deux grandes options politiques américaines : le « libéralisme » au sens américain c’est-à-dire la gauche, qui, selon Nolan, préconise seulement les libertés individuelles (incluant des droits subjectifs étendus), et le « conservatisme » de droite, qui, selon lui, préconise seulement les libertés économiques. >>
En d’autres termes, sur ce diagramme, comme sur la plupart des diagrammes politiques (autre exemple plus lisible), l’échiquier politique est divisé en deux axes de liberté. Sur le premier, les libertés individuelles (axe autoritaire / libertaire), sur le deuxième, les libertés dites économiques.
Et c’est là tout le sujet de cet article. Les libertariens comme Nolan estiment être « les plus gentils et les plus beaux » car promouvant toutes les formes de liberté, et ce sur les deux axes ; les socalistes et communistes sont quand à eux considérés comme autoritaires car situés du côté inverse sur l’axe des libertés économiques.
Pourtant, comme vu précédemment, cette vision de la liberté est toute relative. La liberté économique libérale n’est que l’expression de la défense des intérêts de la classe possédante, et en aucun cas une quelconque « liberté naturelle ». Ces échiquiers sont donc particulièrement biaisés, en s’assimilant à un axe bien / mal où le bien serait celui d’une présupposée liberté, et le mal le côté opposé sur l’échiquier. Ne pas être libertarien, ou pire : être un sale marxiste, serait ainsi considéré comme « ne pas aimer la liberté ».
Réfutation de la pseudo-liberté bourgeoise
Prenons un exemple simple : les transports en commun. Plus précisément, le train.
Selon la logique libérale, le « droit à la propriété privée » interdirait toute intervention étatique à ce niveau, et donc tout service public des transports ferroviaires. Ainsi, comme dans tous les secteurs, les transports en commun devraient se plier à la loi de la concurrence. Je n’aborderai pas le fait qu’une telle concurrence nuirait profondément au service et au pouvoir d’achat des utilisateurs, en particulier des plus pauvres et de ceux les moins urbanisés, car on me répondrait que « grâce à la magie du marché, tous les consommateurs trouveraient leur offre, et réciproquement ». Focalisons-nous plutôt sur la question suivante : à qui profiterait cette liberté ? Certainement pas à l’ouvrier, au professeur, au médecin ou au chômeur. Qui pourrait investir dans un réseau de transport, si ce n’est quelqu’un qui possède déjà beaucoup d’argent ? Même chose pour la privatisation des réseaux de distribution d’électricité, de gaz, d’eau. Cette liberté est une liberté bourgeoise, car elle ne peut être utilisée uniquement que par la classe bourgeoise, par ceux qui possèdent déjà beaucoup. Ainsi, outre son terrifiant aspect darwinien (l’histoire des grosses entreprises qui finissent par bouffer toutes les petites), le marché libre, de plus en plus mondialisé, n’a bien pour seul objectif que de servir la classe des riches, des possédants, des traders, des boursicoteurs, des actionnaires, de ceux qui exploitent le travail des autres, et n’offre en aucun cas une quelconque liberté supplémentaire à la majorité des gens.
De plus, le libéralisme économique, mais également le capitalisme d’une manière générale (en gros : propriété privée des moyens de production) est par nature la négation même de la démocratie, et donc de la liberté humaine fondamentale. Le marché est totalitaire, il est uniquement dirigé par ceux qui le possèdent financièrement. L’entreprise est par définition une structure ultra-hiérarchique et non démocratique (hors coopératives ouvrières et apparentés, mais là on entre justement dans le cadre de structures anti-capitalistes). Le pouvoir est à celui qui a de l’argent, pas à celui qui a de la bonne volonté et des idées. Le capitalisme bride l’innovation, par le système de la concurrence qui ne laisse pas survivre les meilleurs idées, mais celles qui sont les plus rentables, ou portées par de plus grosses entreprises. Les hommes brillants ne peuvent pas mettre en application leurs théories car ne disposant pas des fonds nécessaires. Le système des brevets coule lui aussi l’innovation, ou pire encore, est parfois extrêmement meurtrier (brevets sur les médicaments). Que dire de la recherche, détruite pour des raisons budgétaires ou de non-rentabilité ! Laissons de côté la catastrophe écologique et sanitaire portée par le productivisme, celle intellectuelle voulue par le consumérisme (télé, temps de cerveau disponible, crétinisation des masses, bon mouton consommateur, tout ça), les inégalités et la misère en résultant. L’homme aliéné par le travail, spolié de l’essentiel du temps de sa vie, formaté pour les entreprises et la consommation, telle est la seule liberté qui est offerte au prolétariat.
Voilà ainsi la pseudo-liberté capitaliste libérale dans toute sa vérité : le pouvoir par la possession de l’argent. Ni démocratie, ni liberté, ni humanité. Le capitalisme est la prison du travailleur, l’entreprise sa chaîne, l’argent les murs et le métal. Etre anti-libéral et anti-capitaliste serait ainsi « ne pas aimer la liberté » ? Bien au contraire, c’est s’insurger contre l’autoritarisme poussé à son paroxysme représenté par l’économie de marché, par le laisser-faire libéral, par la possession des moyens de production et de la vie de chacun par la classe bourgeoise de ceux qui accumulent l’argent.
Et si nous décidions au contraire de démocratiser cette économie ?
Le socialisme, liberté individuelle et collective
Une économie réellement libertaire et démocratique, dirigée par le peuple et pour le peuple, cela a un nom : le socialisme. Avec, évidemment, ses différents penseurs, ses variations, sa diversité (existence d’un état, type de démocratie, méthode pour y parvenir, mode de redistribution, …).
Mais c’est, d’une manière générale, la dénomination que l’on donne à la mise en commun démocratique des moyens de production (autrement dit : les entreprises), par opposition à leur propriété privée. Attention, il ne faudrait cependant pas confondre cette collectivisation en faveur de tous avec une nationalisation de toutes les entreprises : ce serait alors du pur capitalisme d’état, système où l’état joue alors le même rôle oppresseur que la classe bourgeoise et ne résolvant absolument rien. C’était par exemple le cas de tous les pays du bloc soviétique, qui incarnaient l’exact opposé de ce qu’on pourrait appeler socialisme ou communisme : l’habit ne fait pas le moine.
Ainsi donc, dans une économie socialiste / communiste, la production serait gérée démocratiquement à l’échelle locale. Les entreprises créées selon les besoins de tous, sans préconditions pécuniaires, et totalement autogérées, sans hiérarchie, sans petits chefaillons qui pètent plus haut que leur cul, sans le stress quotidien que nous connaissons. Avec la fin des contraintes du marché, le travail pourrait enfin être partagé entre tous, optimisé et automatisé (moins d’heures de travail, plus de temps pour vivre !), sans chômage. Les ressources produites seraient partagées équitablement entre tous, plus de misère et de violence en résultant. L’éducation serait débarrassée des contraintes et de la pression du marché, la lobotomie de masse par les médias anéantie par la suppression de la quête du profit comme seul objectif, les libertés individuelles rétablies par la fin de l’ordre bourgeois qui nécessitait le contrôle total des esprits.
Bref, l’objectif ici n’étant pas de faire la description d’une société socialiste ou de montrer ses avantages évidents, mais bien de conclure dans ce dernier chapitre que ce qui avait été présenté par les libéraux comme une atteinte aux libertés n’était au contraire que l’expression de la plus pure des libertés, à la fois sur le plan individuel et sur le plan collectif. La faisabilité est un autre débat.
Ainsi, sur les échiquiers politiques en deux dimension, il serait de bon ton de remplacer l’axe économique « Liberté économique / Autoritarisme économique » par l’axe « Marché autoritaire bourgeois / Economie démocratique populaire ». Le libéralisme économique n’étant au final qu’une défense aveugle des intérêts de la classe possédante, ou dans le meilleur des cas qu’une bévue profonde quant à la liberté qu’il est censé apporter, et le socialisme un apport de la démocratie et de la liberté au domaine économique.
Enfin, moi, c’est ce que j’en dis.
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L'auteur
gg
Kidnappé par une chauve-souris en chaleur, je me suis retrouvé sur ce blog.
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- Libéralisme
- Le libéralisme est un courant de pensée de philosophie politique, né d'une opposition à l'absolutisme et au droit divin dans l’Europe des Lumières (XVIIIe siècle), qui affirme la primauté des principes de liberté et de responsabilité individuelle sur le pouvoir du souverain. Il repose sur l’idée que chaque être humain possède des droits fondamentaux qu'aucun pouvoir ne peut violer. En conséquence, les libéraux veulent limiter les obligations sociales imposées par le pouvoir et plus généralement le système social au profit du libre choix de chaque individu. Le libéralisme repose sur un précepte moral qui s'oppose à l'assujettissement de l'individu, d'où découlent une philosophie et une organisation de la vie en société permettant à chaque individu de jouir d'un maximum de liberté, notamment en matière économique. Pour la plupart des libéraux, la dichotomie entre « libéralisme économique » et « libéralisme politique » n'existe donc pas, puisqu'il s'agit de l'application d’une même doctrine dans des domaines différents.
Source
Influences
Karl Marx, matérialisme historique et lutte des classes
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