L’actuelle crise du capitalisme

Publié le 08 février 2013 à 14h25 dans Divers & Expression libre & Idéologie & La crise

Notre fidèle Hugo continue de développer, pour la Politeia, ses réflexions sur la crise du modèle capitaliste. 

 

La crise actuelle du capitalisme, au lieu d’engendrer la faillite des idéologies de conservation sociale, est devenue une véritable bénédiction pour les classes dirigeantes en leur servant de prétexte idéal pour pouvoir accélérer le processus, commencé au tournant des années 1980, de remise en cause du compromis social qui régula pendant les Trente Glorieuses le rapport salarial. Nicolas Sarkozy et Silvio Berlusconi, lorsqu’ils exerçaient encore le pouvoir n’avaient pas manqué, ainsi, de considérer publiquement que la crise en cours devait être considérée, en réalité, comme une véritable chance étant donnée qu’elle offrait des possibilités nouvelles aux partisans d’une refonte profonde des modèles sociaux en vigueur dans les pays européens.

Dès lors, les gouvernements en place n’ont pas hésité à instrumentaliser, sans vergogne, la peur, l’abattement, l’angoisse suscités par l’ampleur de la crise pour s’efforcer d’imposer aux peuples des contre-réformes. Ils n’auraient sans doute pas osé les mettre en œuvre dans un contexte de stabilité relative du système capitaliste, voyant qu’ils ne disposaient pas à ce moment là d’une assise justificatrice solide, d’un rapport de force suffisamment favorable. C’est bien ce que leur offre pleinement l’argument de la crise systémique. Les décideurs ont compris que les esprits des citoyens étaient dans un contexte de crise prolongée et profonde davantage disponible pour consentir, bon gré mal gré, à l’application de certaines réformes douloureuses, comme la baisse des salaires nominaux et des pensions de retraites, le recul de l’âge de départ à la retraite, l’augmentation du taux de TVA, les coupes sombres dans les budgets sociaux, la diminution drastique du nombre de postes de fonctionnaires, de nouvelles privatisations; et cela pourvu que l’on sache expliquer avec méthode et avec la pédagogie suffisante au combien celles-ci sont un mal nécessaire, un remède, certes, très douloureux, mais malheureusement indispensable car le seul permettant au pays d’avancer soi-disant sur la voie de la guérison. Une guérison toujours annoncée comme très prochaine, mais qui n’arrive jamais en réalité.

La crise a créé un terreau fertile pour que la contre révolution néolibérale, déclenchée pour permettre la restauration des taux de profits, s’affermisse à l’échelle d’un continent entier, le continent européen. La crise a été ce fumier dans lequel se développent les meilleures vermines.

Les décideurs ont réussi, ainsi, l’exploit de faire de la crise de leur propre système une opportunité historique pour la défense et la promotion de leurs intérêts privés. Ceci au détriment de l’immense majorité de la population qui se voit sommer de payer les conséquences de leur crise que soit sous forme de chômage de masse, de plans d’austérité successifs ou de politique de désinflation compétitive qui ont pour dessein, non pas de sortir durablement les économies de la crise de la dette en diminuant efficacement les déficits, mais bien d’entretenir celle-ci dans le marasme économique, afin de pouvoir continuer à procéder à la liquidation progressive des acquis sociaux encore existants.

Alors que le caractère endémique du chômage s’approfondit inexorablement, dépassant largement la barre des 10 %, et touche principalement les personnes en intérim et ceux devant se contenter de CDD. De plus en plus de salariés dans leurs entreprises respectives entrent en conflit ouvert avec leur direction qui souhaite profiter du contexte de crise du capitalisme pour procéder à des restructurations dans le but de diminuer ce que dans la novlangue libérale on appelle le «coût du travail ». Les capitalistes, profitant d’un rapport salarial qui leur ait est hautement favorable dans ce contexte de chômage de masse, exigent une mobilité maximale de la main d’œuvre, d’où leurs demandes incessantes à toujours plus de flexibilité interne et externe, au risque de devoir sinon procéder unilatéralement à des fermetures de sites.

Comme à PSA, Renaud, Goodyear, aujourd’hui, de plus en plus, les capitalistes cherchent à imposer aux salariés un choix cornélien : soit consentir à une exploitation à outrance avec une modération salariale, une augmentation de la durée de travail hebdomadaire sans hausse de salaire (travailler plus pour gagner moins), soit aller pointer à Pole emploi en allant grossir les rangs de l’armée industrielle de réserve qui joue le rôle d’épouvantail pour faire accepter aux salariés aux emplois menacés les sacrifices exigés par leurs directions. Le gouvernement actuel, qui se comporte comme une simple déclinaison de la droite en s’inscrivant, comme depuis trente ans, au sein du consensus capitaliste, refuse logiquement à mettre en œuvre des politiques courageuses susceptibles de toucher un tant soit peu au sacro-saint droit de propriété, afin de permettre aux salariés de disposer d’armes juridiques contre ceux qui assassinent les travailleurs pour quelques profits de plus.

Nous devons refuser ce chantage permanent à l’emploi qui est fait aux travailleurs, car ce n’est pas à eux de payer pour les mauvais choix de leur direction dont ils ne sont en aucun cas responsables étant donné que la prise de décision appartient à ceux qui détiennent le droit de propriété. Ce ne sont pas aux travailleurs de payer le prix de la concurrence capitaliste destructrice et le libre jeu des intérêts privés. Les travailleurs ne sont pas condamnés à accepter à ce que le travail soit une éternelle variable d’ajustement, qu’ils aient un caractère intrinsèquement jetable pour pouvoir satisfaire soit la soif de profit jamais étanchée des capitalistes, soit les erreurs de stratégies de leur direction, soit la compétition infinie que se livrent les entreprises. Avec ces licenciements collectifs (1000 « plans antisociaux» pour la seule année 2012 engendrant la destruction de plusieurs dizaines de milliers d’emplois dans le secteur privé), c’est le droit à l’existence, dont le droit à un travail digne et de qualité est un des piliers, des travailleurs et de leur famille qui est sacrifié sur l’autel de la religion de la rentabilité à tout prix et à court terme.

Ainsi, l’austérité incessante et les politiques de désinflations compétitives, dont l’Accord Interprofessionnel National paraphé le 11 janvier par le MEDEF et les syndicats de collaboration de classe, en sont la plus éclatante expression en accentuant la flexibilité interne et externe, sont les deux faces d’une même politique de classe. Celle-ci n’a pas d’autre finalité que de faire payer aux travailleurs la crise systémique qui dure depuis 2008, elle-même conséquence de l’irrationalité profondément régressive des solutions néolibérales mis en œuvre depuis les années 80 pour restaurer les taux de profits des capitalistes qui tendaient à diminuer de plus en plus dans le cadre de l’ordre productif  keynésiano-fordiste.

Aujourd’hui, face à ce contexte de chômage de masse et de plans de licenciements collectifs, de chantage à l’emploi pour tendre vers le soi-disant social, il est absolument nécessaire d’œuvrer à l’émergence d’un front unitaire de lutte entre ceux qui sont aujourd’hui soit privés d’emploi, soit menacés de perdre le leur, soit victimes de la précarisation constante du marché du travail, soit tout simplement indigné par ce qui leur apparaît comme une agression intolérable fait par les décideurs contre les peuples, c’est-à-dire l’union des chômeurs, précaires, salariés du privé, fonctionnaires étudiants, retraités, la remise à l’ordre du jour du « tous ensemble ». Ce front unitaire de lutte, structuré autour d’énoncés communs exigeants, doit permettre de remettre en cause la parcellisation, la balkanisation, le développement séparés des luttes, des corps, des esprits, en dépassant les intérêts particuliers de chacun pour défendre des énoncés dans lesquels chacun peut s’identifier, s’approprier et donc revendiquer. En effet, par-delà la multiplicité des situations particulières, il existe bien un « fil conducteur », des dénominateurs communs, une aspiration commune à résister à ces politiques que les décideurs et autres militants de l’économie aiment nous présenter comme la terrible, mais fatale, réalité de l’économie ouverte et mondialisée qui doit être considérée comme l’horizon indépassable de l’humanité.

Il faut combattre le postulat scélérat selon lequel le chômage serait un problème individuel qui se gérerait dans la solitude déprimante et ferait, ainsi, d’autrui, un concurrent en puissance avec lequel aucune liaison, aucun projet collectif ne serait bien évidemment possible. Le chômage, c’est-à-dire la privation d’emploi, l’incapacité inhérente au capitalisme à satisfaire pour tous et toutes celles qui le désirent le droit à un travail digne et de qualité, doit être considéré comme un problème politique contre lequel on se doit d’agir collectivement avec les autres chômeurs bien sûr, mais aussi avec les salariés en activité.

Les luttes actuelles contre les plans antisociaux programmés ne peuvent demeurer isolées, séparées, se complaire dans l’indifférence réciproque ou même dans un simple soutien moral qui, bien que réchauffant les cœurs en grèvene peut suffire. Il y a des risques pour qu’elles soient défaites successivement par leurs directions respectives. C’est seulement au prix de l’unité consacrée et de la solidarité effective que les travailleurs peuvent faire lucidement le pari de la victoire.

Une coordination nationale de délégués élus par les grévistes, syndiqués ou non, à laquelle devrons pouvoir participer de la même façon des représentants des collectifs de chômeurs et précaires, permettra de confronter les expériences de chacun, de s’accorder au niveau des actions a mener contre les directions patronales et l’État. En outre, elle contribuera à mettre en avant des revendications communes notamment sur  la question des minimas sociaux, des licenciements, du temps de travail, des salaires, des revendications transcendant le cadre de chaque entreprise prise séparément. Ainsi, l’unité rassemblant de façon cohérente cette multitude, cette multiplicité des existants doit conjurer la division sociale du travail. En effet, celle-ci doit permettre de construire des jointures, des liaisons entre des personnes qui d’ordinaire, dans le cadre de la normalité quotidienne, ne se fréquentent pas, ne se côtoient pas, au pire s’ignorent réciproquement, au mieux se soutiennent moralement sans se le dire, alors qu’ils appartiennent bien à la même classe sociale, le prolétariat contre la classe qui regroupe militants de l’économie et décideurs.

La première force des travailleurs, des précaires et des chômeurs, c’est leur nombre, leur puissance numérique qui en mouvement peut devenir irrésistible. Ils doivent agir ici et maintenant sans attendre d’hypothétiques lunes de miel électorales toujours repoussées à la fois d’après.  Ils doivent être, non dans la remise de soi à des prétendus spécialistes de la politique se substituant à leur volonté propre et collective, mais bien dans l’appropriation de soi, dans la revendication de leur capacité politique, de leur responsabilité pour agir concrètement dans le présent.

Salariés, précaires, chômeurs, étudiants, retraités, décidons, marchons et frappons ensemble !

 

Hugo

 

 

 

 

 

4 réactions

  1. #1 Melkion le 15 février 2013

    Les « capitalistes » quand ils sont associés à l’engeance étatiste, comme décrit dans les premiers paragraphes de l’article, n’ont absolument rien de libéraux. Ils en sont les ennemis qu’il faut combattre. Par quel moyen ? En diminuant le pouvoir de l’Etat qui se permet accorder des privilèges à ces gens avec l’argent gratuit des autres. Cette logique s’applique aux grands groupes subventionnés ou que les réglementations avantagent, ainsi qu’à tous les organismes subventionnés quels qu’ils soient : journaux, syndicats, associations, taxis, etc.

  2. #2 Lorena lien website le 8 septembre 2016

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