La vision du monde chez l’Homme

Publié le 18 février 2010 à 16h49 dans Expression libre

La vision que je vais développer ici se détache d’une vision scientiste du monde, perceptible dans l’article de gg_tk et dans bon nombre de vision du monde proche du milieu scientifique. Le parti pris est résolument philosophique, c’est sous cette forme qu’il faut aborder cet article : de très nombreux philosophes développent le même type de point de vue, sous d’autres formes et de manière dispersé. J’en évoquerais quelque uns. Ceux qui veulent éviter les prises de tête s’abstenir.

Cette explication est partielle, partiale et subjective. Cet article ne vise pas à la remise en cause de la science moderne occidentale, mais simplement de porter un regard critique sur celle-ci et d’en dégager les limites à mon sens trop souvent oubliées. J’expose ainsi modestement la manière dont je vois les choses, j’espère pouvoir vous donner matière à réflexion. Cet article est vraiment très long : si vous avez peu de temps revenez plus tard.

« La science sans conscience n’est que ruine de l’âme »

(Rabelais, indéterminé, fin du XVème siècle – 1553, écrivain et humaniste Français de la renaissance).

J’invite tout le monde à méditer cette maxime. Je la perçois de la manière suivante : nous devons, et quelque soit la matière, toujours avoir conscience de nos limites, des limites de l’être humain, de son esprit, de sa perception et donc de la relativité et de la subjectivité de tout ce que nous savons et pensons savoir et de tout ce que découvrons. Vous l’avez compris je suis adepte de la philosophie du doute, philosophie déjà présente chez les penseurs Grecs.

Le postulat de ma réflexion

Le postulat est simple : partir de l’Homme avant de comprendre le monde, comprendre l’Homme, pour comprendre le monde dans lequel il évolue, car ce monde n’existe que dans la manière dont il le perçoit. Comme peut l’indiquer le titre de cet article, j’inverse totalement le point de départ de la réflexion : l’Homme n’a pas de place dans « le » monde, mais définit sa place dans « son » monde.

Deux conséquences

  • Pas de monde existant prédéterminé, qu’il soit d’essence religieuse, philosophique, physique ou mathématique, mais un monde que nous découvrons sans cesse, avec les outils à notre disposition. Selon cette vision, le monde n’existe qu’à travers notre regard. La religion, la morale, les mathématiques, la physique, la biologie, la chimie, l’idéologie sont alors sur le même pied d’égalité : ceux ne sont que des outils, produits de l’esprit humain, donc perfectibles mais limités, visant à essayer d’expliquer et de comprendre le monde que nous percevons et que nous ne comprenons pas, et ainsi déterminer la place que nous pensons avoir dans l’univers que nous créons. En clair, le monde déiste ou mathématique n’existe pas en soit, ceux sont juste deux manières de voir le monde radicalement différentes. On ne peut en aucun cas prouver laquelle de ces théories est la bonne, mais on s’attache à celle qu’individuellement nous pensons la plus pertinente en fonction de nos convictions.
  • Il faut donc, avant même d’avoir une vision sur le monde, avoir une réflexion sur l’Homme dans son ensemble et sous toutes ses facettes. C’est seulement après ce préalable que nous pouvons avoir une vision du monde puisque c’est à travers l’Homme que nous pouvons l’appréhender. Nous ne pouvons nous détacher de ce regard forcément partiel, ce qui à pour conséquence que nous devons centrer le débat sur l’humain et regarder précisément le monde avec un regard ethno centré, tout défaillant qu’il soit.

1 : Les limites de l’être humain.

Notre perception humaine est limitée par les limites physiques et intellectuelles de l’esprit humain (du cerveau). Nous ne pouvons appréhender l’univers car nous ne le percevons pas. Or ce que nous ne percevons pas, nous ne pouvons réellement l’envisager puisque nous l’imaginons (imagination elle aussi donc limitée par notre esprit, etc.). Tous nos sens sont limités par nos propres limites physiques, ce qui borne donc déjà notre propre perception des choses. Nous ne pouvons donc réellement appréhender la réalité ou la vérité, si celle-ci existe (ce dont je doute), ne faisons que la percevoir (perception elle-même partiale vous l’avez compris).

2 : L’objectivité n’existe pas.

Il découle du 1 que notre compréhension ne peut qu’être elle-même limitée. Nous ne pensons qu’avec ce dont nous disposons, c’est-à-dire le langage principalement (voir l’œuvre de Bergson sur ce sujet). Nos sens (limités) nous apportent des informations qui se transforment en perception (la manière de recueillir une information transforme l’information, car le recueille d’information découle déjà d’un point de vue et donc de présupposés, forcément contestables).
L’objectivité n’existe donc pas. Nous expliquons et intériorisons des phénomènes que nous percevons à travers le filtre de nos perceptions et nous les développons et extériorisons à travers le filtre de notre langage. Le langage est le véhicule de notre pensé et non l’inverse. Ce que nous pensons être des explications rationnelles prouvant une vérité ne l’est donc pas. Nos explications sont biaisées dès le début, nous pouvons simplement les objectiver, mais sans avoir la naïveté d’être objectif.
De plus, nous interprétons nos perceptions en fonction de donnée qui viennent encore plus déformer la réflexion, le prisme de l’Homme animal sociale (voir le 4).

3 : Les outils à notre disposition sont limités.

Pour palier à ce manque dont nous avons en partie conscience, les Hommes ont inventé des outils qui peuvent leur permettre de comprendre, d’expliquer, d’élargir, d’explorer le monde. Ces outils on été inventé par l’homme pour plusieurs raisons : volonté de compréhension, de légitimer ses certitudes, de légitimer un état de société, de conforter une société ou une manière de vivre, d’étancher la soif de curiosité de l’Homme. Ces outils sont les religions (sur toutes leurs formes), les idéologies (clé de lecture unique du monde), mais aussi les sciences actuelles (mathématique, physique, chimie, biologie, etc.).

Ces outils sont des apports qui doivent permettent de nous éclairer. Mais notre compréhension du monde vient déterminer la manière dont nous construisons nos outils, établissant alors une relation entre la manière dont nous percevons le monde et la manière dont nous voulons et nous nous donnons les moyens de la comprendre. La aussi, en reprenant le 1 et le 2, vous comprenez bien que ces outils sont alors eux aussi étroits puisqu’ils découlent précisément de l’esprit humain (et donc des conséquences qui en résultent). Ils ne nous fournissent qu’un cadre de réflexion, lui aussi avec ses défauts. Ce cadre nous fourni notre univers compréhensif, il n’est en rien la vérité mais une vérité. C’est l’univers que nous créons à travers la perception puis l’interprétation des observations prélevées par nos outils. Nous atteignons un degré de connaissance donné qui nous permet de vivre avec nos certitudes, mais qui n’est et ne sera jamais la vérité.

Actuellement nous avons créé l’univers tel que nous l’imaginons par le prisme (forcément déformant) des outils que nous utilisons : mathématique et physique pour être schématique (et encore seulement dans nos sociétés occidentales laïcisées). Ceux ne sont que des outils, en rien une vérité en soit ! On tente de prouver par les mathématiques l’existence de ces mêmes mathématiques (au sens lois de l’univers), ce qui est absurde puisque cela est impossible, on ne peut prouver un outil par lui-même à moins de se mordre la queue, ce qui ne présente aucun intérêt pratique au final, puisque l’on a rien prouvé, si ce n’est notre propre esprit logique.

4 : L’Homme animal social.

L’homme est un animal politique et social (certains assimilent les deux termes, pas de société sans politique et inversement, c’est le cas d’Hanna Arendt par exemple). Ce qui fait la définition et le caractère de l’Homme, c’est la société humaine. L’homme existe dans un milieu social donné, dans une société donnée, avec une éducation et des croyances données, à un moment donné de l’évolution de l’Homme et de sa société d’appartenance, en relation avec un milieu donné. La réflexion de l’homme doit donc être appréhendée à travers cet état de fait : sentiment, émotion, relation humaine, croyance, état de société, type de développement, etc. Tout cela concourt à encore plus brouiller nos réflexions, que nous tentons d’objectiver pour s’en détacher (mais en réalité ce n’est bien souvent qu’un veux pieu). L’interprétation des donnés à notre dispositions s’en trouve modifiée en profondeur en fonction de ces critères. Au cœur de la réflexion humaine, la relativité doit donc toujours être présente.

5 : La physique à l’origine de tout ? Et la science dans tout cela ?

Je partage tout à fait un certain nombre de constats effectués dans son article par gg_tk, notamment sur l’amour, la morale, les sentiments humains : mirage et illusion. Mais en réalité il ne développe pas assez et ne va pas assez loin dans sa réflexion. Puisque tous ces attributs de l’esprit humain n’ont en réalité que peu de sens, pourquoi la science en aurait-elle plus, alors qu’elle est justement l’aboutissement d’une réflexion de l’être humain ?

Nous aboutissons ici à une réflexion philosophique de très haut niveau, mobilisant les concepts « d’en soit et de pour soi », la phénoménologie de Hegel, l’existentialisme Sartrien et j’en passe. Je vous ferez grâce de ces développements qui pourraient prendre des bibliothèques entières. Ces réflexions ne se limitent pas aux sciences bien au contraire, mais comme toutes œuvres philosophiques, elles s’y attardent.

Mon sentiment est tout simplement que, contrairement à la manière dont l’expose gg_tk, on ne peut poser comme postulat l’existence d’un univers physique, régit par des lois mathématiques intangibles, universelles et un être humain régenté par des lois biologiques. Ce postulat qu’il assène comme une vérité en soit, n’en est pas une, car elle découle d’une opinion, elle-même dictée par ses propres croyances (que je partage par ailleurs). Foi (et je pèse mes mots) dans la science occidentale moderne et ses principes : raison, observation empirique, paradigme de physique-mathématique, rationalité et objectivité d’où découle les matières de physique, de mathématique ou de biologie. Cette foi à un nom : le scientisme. Qu’est-ce que le scientisme : une idéologie, mode de pensée politique laïcisé, qui passe par une pratique comportant tous les attributs de la religiosité (pour faire très simple). Il s’agit d’une foi dans l’application des principes et méthodes de la science dans tous les domaines. Je ne parle pas ici du scientisme dans l’application rationnelle de la société, des conséquences de celle-ci sur la politique, négation de la démocratie, mais cette conception universelle et unique de notre place dans ce monde que l’on ne peut remettre en cause (mon dieu, remettre en cause la science, c’est la voie ouverte à l’obscurantisme et à la violence… !). Je parle ici de scientisme dans cette foi aveugle des sciences actuelles.

Le monde mathématique tel qu’exposé de cette matière, relève d’une croyance religieuse ou d’une idéologie. Il faut savoir remettre en cause cet outil de l’être humain qui est incapable de comprendre réellement le monde dans lequel nous vivons et le sera peut être à jamais, car le monde est infini et notre esprit est fini (bon ok c’est limite mais vous avez l’idée). Notre science se transforme en religion à partir du moment où l’on ne porte plus un réel regard critique sur cette matière et son objet : avec la spécialisation des compétences nous avons perdu un certain recul. Les mathématiciens et physiciens étaient avant tout des philosophes jusqu’au XIXème siècle, ce n’est pas un hasard.

L'homme vitruvien de Leonard de Vinci

L'homme vitruvien de Leonard de Vinci

On aboutit alors à ce constat ironique : en posant le postulat d’un monde physique régit par des lois mathématiques, postulat basé sur des croyances rationnelles (que je ne remets pas en cause par ailleurs), postulat à caractère finalement religieux (la foi dans ces croyances pour la recherche de la vérité), on termine sur l’absurdité d’une position ou l’on défend des principes de rationalités en exposant un paradigme de type religieux, négation des principes défendus. Il me parait alors évident de procéder en renversant le départ de la réflexion.

Pour tous ceux qui me rétorqueront que les mathématiques sont bien plus que cela (ils se reconnaîtront), je leur répondrais alors que ceux qu’ils envisagent, ce n’est pas des mathématiques, mais de la métaphysique tel que pratiqué par tout philosophe. Ils ne sont alors plus dans le domaine de la raison, mais celui de l’imagination, domaine où l’on tente de trouver une preuve tangible à travers des modèles mathématiques, ce qui se révèle impraticable. Je comprends tout à fait leur point de vue mais je ne le partage pas, car il revient soit à adopter le point de vue réducteur d’une forme de religiosité des mathématiques déifiées comme vérité intangible du monde (ce dont on ne peut prouver, tout comme l’existence de dieu), ou déformer le terme et le transformer, aboutissant à une confusion préjudiciable. Je ne partage pas ce point de vue, mais je ne le rejette pas, et je peux tout à fait l’envisager. Je ne suis sûr de rien, j’apporte juste un point de vue potentiellement opposé : j’aime la contradiction, et le point de vue des scientifiques, mathématiciens, informaticiens sûr d’eux-mêmes sur le sujet, ayant la science infuse et détenteur de la vérité m’irrite profondément, suffisamment pour que je veuille leur apporter la contradiction et remettre en cause ce monopôle de la pensée scientifique de l’univers et de notre monde.

Une phrase pourrait résumer ma pensée et l’exposition que je viens de faire : « Les croyances précèdent les raisonnements ».

J’irais même bien plus loin. Les raisonnements sont des croyances que nous percevons actuellement comme légitime, car déterminés sur des manières de penser et de voir que nous acceptons pour leur adéquation à des croyances partagées dans notre société, dans un cadre de pensée particulier, croyances dont nous pensons qu’elles nous permettent de déterminer une certaine vérité : les raisonnements ne sont donc que des croyances légitimes s’appuyant sur le cadre idéologique d’une société. Les religions sont rationnelles, les idéologies aussi, c’est un type de rationalité différent, d’un mode et cadre de pensée différent, dans un monde perçu différemment. La meilleure preuve est l’une des définitions de l’idéologie, logique d’une idée (H. Arendt), qui peut aussi s’appliquer aux religions (on fait très souvent l’analogie entre les deux, c’est un angle d’attaque souvent utilisé, notamment par Paul Ricœur, mais pas seulement). On pousse la l’idée jusqu’au bout de sa logique, parfois infernal. Cette réflexion est « logique » dans sa croyance du monde. Notre monde précède de la même « logique » si je puis dire, les mathématiques aussi : un outil que l’on veut rationnel, mais que l’on a adossé à des croyances. Rien ne prouve qu’elles soient vraies, car l’outil servant à les démontrer est lui-même entaché des mêmes limites. Comme les religions, on pense universel ce qui ne l’est peut-être pas (et si d’autres mondes physiques existaient, avec d’autre lois ?). Cette croyance en la vérité mathématique relève finalement du mythe, en tout cas, vérité construite de cette manière (sans juger par ailleurs cette vérité). C’est ici que l’on réintroduit le politique dans la réflexion, par le biais du mécanisme de la légitimité, de la construction du savoir, du mythe, de l’idéologie.

En conclusion, que dire ? Finalement que nous ne sommes sûr de rien et que nous tâtonnons, qu’il faut avoir conscience de nos limites (sans le déplorer forcément ou ne pas l’accepter) et être prêt à tout remettre en cause, même nos certitudes (philosophiquement parlant, car sinon nous ne pouvons vivre).
Qu’un sujet comme celui-ci mobilise bien plus que l’esprit scientifique de l’homme et que cette question de l’Homme et de son monde restera à jamais LA question que nous nous poserons jusqu’ à la fin des temps.

9 réactions

  1. #1 peter lien website le 18 février 2010

    Bah, contrairement à ce que tu penses peut-être, je suis d’accord avec une bonne partie de ton article :) Par ailleurs tout à fait excellent, je suis surpris dans le bon sens.

    Par contre je pense que tu n’as pas compris une partie de mon raisonnement, sûrement en grande partie à cause de la première phrase où je parle de la « vérité » (phrase un brin maladroite ? j’ai pourtant essayé de rectifier le tir).
    Tout comme toi, je pense que les connaissances scientifiques ne sont qu’une vision de l’homme, temporaire, partielle et sûrement fausse. Que ce que nous percevons n’est que le fruit de notre imagination, notre création pure et dure. Si par scientiste tu veux dire porter une foi absolue dans ces connaissances superficielles de l’homme, ce n’est sûrement pas mon cas.

    En tout cas, continue d’écrire des articles comme ca et ce blog deviendra une des merveilles du web :)

  2. #2 Tanguy le 20 février 2010

    Petite phrase de Fellini qui aurait pu trouver sa place dans ton article : « Chaque langue voit le monde d’une manière différente. »

  3. #3 georges polomski le 26 août 2010

    Excellent ! Merci

  4. #4 Niggzs le 30 novembre 2010

    Je viens de relire l’article, je ne sais pas qui est l’auteur, mais il a de gros efforts de style à faire: phrases trop longues et souvent lourdes, beaucoup de répétitions, style peut accessible.
    L’auteur semble de plus ne pas se prendre pour n’importe qui, se qui est est assez irritant :D Sinon point de vue intéressant :)

  5. #5 peter lien website le 30 novembre 2010

    Y’a un wordpressbug là, Niggzs qui commente un article de Niggzs :o

  6. #6 Jemairi le 30 novembre 2010

    Haha ! Comme quoi le recul, c’est important !

  7. #7 Niggzs le 6 décembre 2010

    :D tout à fait c’est même ce qu’il y a de plus important je crois.

  8. #8 Nya Muad Dib le 29 décembre 2010

    Tadam. Retour grâce à l’article de Brogol ^^.


    Bon, je me permets d’intervenir sur ce sujet ô combien intéressant.

    Je rejoins amplement cette idée : « Les croyances précèdent les raisonnements ».
    Je donnerais donc ici le point de vue d’une personne très attachée à la religion chrétienne et qui l’a pourtant renié.
    On associe à l’Homme, 3 grandes vertus dites « théologales » ou « divines » : la foi, l’espérance et la charité. Cette dernière étant considérée comme la vertu suprême, celle qui induit toutes les autres vertus, dont les quatre vertus cardinales que sont la prudence, la justice, la tempérance et la force (et à ce propos, le Wikipédia est pour une fois pas mauvais, car plutôt objectif dans la manière de les présenter). 7 vertus face aux 7 pêchés.

    Je ne m’étendrais que sur les 2 premières vertus divines que sont la foi et l’espérance et qui me semblent le mieux coller à l’article (partir de la charité rendrait le développement aussi long et complexe qu’un livre de Nietzsche ou de Saint Augustin).
    La foi, car elle est le moteur des croyances. Tout Homme trouve sa « raison de vivre » dans la foi. Elle définie une sorte de but dans la manière de s’accomplir et de « devenir ce que nous sommes/ce que nous voulons être » (cf « Ainsi parlait Zarathoustra » de Nietzsche). Notre raison se mettra au service de notre foi.
    Et lorsque notre raison failli, alors intervient l’espérance. Cette piqûre si violente. L’espérance est la vertu qui permet de se relever lorsque la raison faillie et met en branle notre foi. Elle affermit nos convictions quitte à nous aveugler et surpasse de loin la raison et la rationalité en puissance/force morale.

    Et évidemment, le scientisme n’échappe pas à cette règle. Simplement, de mon point de vue, il écarte bon nombre de choses que je qualifierais de « spirituelles » (les émotions, les sentiments, les élans du coeur,…) au profit de la rationnalité, d’une forme de « pragmatisme », notions différentes du « bon sens » (que je considère comme étant un avatar moderne de la charité).
    Le scientisme est donc insatisfaisant pour la personne qui veut aller plus loin. Le scientisme est cette forme de « Défaite de la pensée » chère à (cet imbécile) Finkielkraut. Il atténue une composante fondamentale (vitale ?) de la force humaine, l’espérance. Comment espérer rationnellement un meilleur avenir pour l’Homme dans une société qui fait fi du passé ? Certes, objectivement, le niveau de vie des hommes s’améliore, mais la vision du monde de ces mêmes hommes se ternit de plus en plus, et ce depuis l’avènement de l’ère de la raison.


    Un philosophe l’a dit (je vous laisse le chercher, c’est très facile ^^) : « Ce que je sais, c’est que je ne sais rien. » Ce qui est un savoir en soi à vrai dire.
    Et la réponse philosophique à cette maxime est bien évidemment le nihilisme (actif, que je considère comme la volonté de détruire ses propres croyances dépassées par notre pensée et notre environnement). Philosophie qui nous pousse à repousser nos limites toujours plus loin, car la pensée devient infinie/illimitée à partir du moment où l’on dénie le fait de « savoir ».
    Elle ouvre toutes les portes, sans pour autant apporter une réponse claire à nos questionnements les plus tordus.
    Et je pense, contrairement à ton point 2, que cela permet justement de devenir objectif. Du moins, sans l’être à 100%, de s’y rapprocher. De savoir donner les arguments qui contredisent nos propres croyances, notre propre système, tout en cherchant à les confirmer (sinon cela détruirait notre foi et nos espérances).


    Le scientisme a amené la spécialisation sous toutes ses formes (techniques, intellectuelles,…), sous prétexte que les connaissances sont devenues trop vastes pour être un généraliste compétent (le philosophe) et a donc réduit la pensée générale. Et c’est ce qui donne ce crédit à ce même scientisme (puisqu’à l’heure actuelle, nous ne connaissons pas de « véritable » philosophe), jusqu’à ce qu’un nouveau paradigme (on dira courant de pensée dans le cas présent) vienne le bouleverser.


    Bon, je reconnais avoir bien extrapolé, mais il s’agit de la réflexion qu’a induite la lecture de cet article (que j’avais lu en diagonale en Grèce). Trouvez-y les connections que vous désirez. Je m’en vais farfouiller de nouveau ce blog.

  9. #9 Dwaabala le 19 août 2012

    Il faudrait relire (ou lire) « Matérialisme et empiriocriticisme » de Lénine avant de ressortir de vieilles lunes en les croyant originales.

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