Vers une construction moderne de la notion de liberté

Publié le 05 avril 2011 à 11h50 dans Société

Le présent article est très largement inspiré du livre de Jacques Généreux « La grande régression » aux éditions du Seuil, 2010. Cet économiste, secrétaire général à l’économie pour le Parti de Gauche est aussi professeur d’Économie à l’Institut d’Études Politiques de Paris. Il présente sa vision d’une société libre, juste et démocratique, tout en permettant un fort développement de la sphère sociale. Il y défend une vision progressiste de la société et présente les voies possibles vers une alternative crédible au capitalisme, sans pour autant sacrifier la liberté individuelle.

Cet article se veut autant une introduction à cet ouvrage qu’une présentation de mes propres convictions. Son argumentation étant bien plus poussée et convaincante, mais aussi bien plus étayée que la mienne, je vous invite ardemment à lire ce livre, ainsi que « La dissociété » (2007) et « L’autre société » (2009) du même auteur aux éditions du Seuil.

Ce que je vais tenter de construire ici est un système qui doit être pris dans son ensemble, qui se bâtit argument par argument. Il nécessite du temps et de l’espace, d’où la longueur de mon exposition.
C’est un système qui part d’une idée simple : la liberté est une construction sociale.
Mais, cette idée aboutit à des conclusions considérables sur ce qu’est et devrait être une société de liberté. Les conséquences sont donc systématiques, remettant en cause nombre d’idées.

Vers une définition de la notion de liberté

La première étape est évidemment de définir ce que l’on entend par liberté, car c’est ici fondamentalement le propos de l’article. Nous entendons, la liberté au sens global du terme et non au simple sens strict (voir l’encadré définition sur le côté). Nous écartons, de même, les définitions de type philosophique.

L’une des grandes difficultés à laquelle l’on se heurte lors de la construction d’une définition de la liberté est la distinction entre liberté ressentie et liberté effective. Un des plus grands et efficace ressort de la manipulation est de faire croire aux gens qu’ils sont libres (au sens de choix et libre arbitre) alors qu’en réalité les dés sont pipés et les gens ainsi manipulés. Pourtant, ces personnes se ressentent libres, mais le sont-elles vraiment ? Toute la beauté de cette manipulation est celle d’une servitude volontaire (réf) des manipulés, cette servitude étant « légitimée » par la capacité supposée des manipulés à justement comprendre et donc contrer les manipulations dont ils peuvent faire l’objet.

Il faut ajouter que les approches de la Psychologie, de l’Anthropologie et des Sciences Sociales démontrent la présence, immuable en tant qu’être humain, animal politique et social, de cadres de valeurs dictant, encadrant, structurant nos conduites sociales. C’est la fameuse notion « d’habitus » chez P. Bourdieu. Notre liberté ne s’exprime qu’à l’intérieur de ces cadres, avec plus ou moins de marge de manœuvre, en fonction de l’emprise coercitive des structures sociales dans lesquelles nous évoluons.

Cette approche concilie finalement l’opposition entre le Holisme et l’Individualisme Méthodologique, dont les deux grandes figures en France sont P. Bourdieu et R. Boudon. Notre liberté est donc structurée, cadrée, encadrée par l’organisation sociale. Est-ce encore une liberté que d’être libre dans ce système ? Oui dans un sens, puisqu’aucune autre n’est possible, car si la liberté est ici impossible, alors la notion elle-même cesse d’exister.

La construction sociale de la liberté

Le point de départ de la réflexion rappelle finalement que la notion de liberté est une conception et une construction sociale, non une réalité universelle. Que cette notion soit, par ailleurs, fondamentalement occidentale en est le meilleur argument. Aucune autre culture au monde n’est basée sur la liberté et ne promeut une liberté telle que la nôtre : je parle ici des aires culturelles chinoise, japonaise, indienne, russe, ou encore les cultures africaines ou amérindiennes. L’universalité de la liberté n’existe pas si ce n’est en tant que concept philosophique (mais que nous élevons nous-mêmes à la prétention universelle). Comment dès lors, par une réflexion englobant l’Histoire, l’Anthropologie et les Sciences Sociales, ne pas voir que c’est notre propre société occidentale qui a créé ce concept ? Non seulement nous l’avons créé, mais nous avons basé les relations sociales, dans nos démocraties modernes, autour de cette idée.

Les racines de cette construction sont profondes. Le processus d’apparition de la conception occidentale de la liberté se confond avec l’émergence de l’individualisme : remise au centre de l’être humain philosophiquement, puis politiquement et enfin socialement.

Un double mouvement s’inscrit dans le développement de l’individualisme moderne. Celui-ci donne corps autant qu’il est l’aboutissement de la liberté par un processus auto-entretenu : plus nous conceptualisons la liberté et plus nous la rendons vivante et concrète dans notre vie quotidienne, élargissant notre champ de liberté, individualisant nos modes de vie, approfondissant enfin le concept lui-même.

Double mouvement, donc, qui procède de deux conceptions du monde différentes. D’une part, la critique réformiste de l’église chrétienne (Calvin et Luther) qui individualise la responsabilité du croyant face à dieu et, plus simplement, son rapport à dieu. Ce processus sera exacerbé par le protestantisme, le salut devenant uniquement individuel. Ce développement de l’individualisme est l’une des raisons du dynamisme économique des États protestants au xixè siècle (voir les sources, Max Weber). D’autre part, la critique laïque de la religion fait la part belle à l’être humain face à l’absolutisme religieux. La mise en exergue de l’être humain, de son libre arbitre et de sa responsabilité individuelle est un moyen de contrer l’omniprésence de la religion (sous la Renaissance, mais surtout sous le siècle des lumières). C’est aussi la redécouverte du principe du bonheur individuel, ou encore l’émergence de la science moderne, qui remet en cause la vision chrétienne du monde (légitimant alors les thèses individualistes). Tout ceci concourt à la construction de la liberté moderne, concept philosophique, politique et sociale que l’on va installer au sommet de la construction sociale de nos démocraties.

L’erreur fondatrice au concept de liberté : l’opposition entre la liberté et la société

Il est nécessaire de faire un détour sur l’histoire de l’émergence de ce concept pour comprendre pourquoi cette erreur fondamentale a été commise. La société de l’ancien régime est caractérisée par un très fort contrôle social sur les individus, par l’intermédiaire d’une hiérarchie sociale légitimée par un pouvoir transcendant, que l’on ne peut donc remettre en cause : Dieu. Ce contrôle social est autant intériorisé par les individus (à travers l’enseignement des préceptes religieux) qu’exercé par une monarchie absolue de droit divin. De plus, s’attaquer à la religion, fondement théorique du pouvoir, c’est se mettre en dehors de la communauté et s’exposer à la pire des sanctions, l’excommunication, véritable mise à mort sociale et parfois physique de l’individu.

Quoi de plus normal à ce que la théorisation de la liberté et son application individualiste se soit construite contre la société qui étouffait la liberté individuelle. L’unique moyen de développer ce concept était dans l’opposition frontale à une société qui fondamentalement refusait la liberté individuelle sur les plans philosophiques, politiques et sociaux. D’où la naissance de cette opposition erronée d’une liberté construite contre la société, ce que l’on ne peut par ailleurs reprocher aux philosophes de l’époque, tant une autre voie de développement de la liberté semblait impraticable. Mais cette erreur fondatrice du concept a des conséquences importantes pour notre conception moderne de la liberté.

Revenons à notre argumentation de départ. Les conséquences de notre première démonstration, la construction sociale de la liberté, apparaissent immédiatement. Tout d’abord, comme nous venons de le souligner juste un peu plus haut, c’est la fin de la fausse opposition théorique entre liberté et société. Or, il n’y a pas de liberté individuelle sans société et c’est bien celle-ci qui permet cette construction conceptuelle, de définir et même de permettre l’épanouissement (nous verrons plus loin dans quelles conditions) de la liberté. Sans société, il n’y a donc pas de construction de la liberté. Pour autant, cela ne préjuge en rien de la manière dont la liberté existe concrètement dans la société. Ce n’est pas parce que la société permet l’émergence d’un concept qu’elle garantit son effectivité pratique.

Déconstruction du fondement idéologique du système libéral

L’idée précédente entraine la déconstruction du fondement idéologique du Libertarianisme et dans une moindre mesure du Libéralisme. La liberté est, en effet, construite dans ces modèles contre la société et non avec la société. Si, historiquement, ces positions n’étaient pas inexactes, elles sont aujourd’hui obsolètes pour définir et théoriser la liberté dans nos sociétés démocratiques modernes. À l’état de nature, la liberté n’existe donc pas et ce n’est pas la société qui pervertirai la liberté individuelle, puisque c’est elle qui la construit. Cette idée est d‘ailleurs traduite par la maxime : « Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, c’est la liberté qui opprime et le droit qui libère ». La liberté est prise ici au sens d’une liberté extérieure à la société, alors que le droit est la manifestation de la réponse collective de la société à l’oppression. Cette maxime légitime par ailleurs l’intervention de l’État dans le domaine social, par le droit, pour garantir justice et une certaine égalité. La liberté contre la société est donc synonyme d’oppression du fort sur le faible, du riche sur le pauvre. En bref, c’est la loi du plus fort qui l’emporte, détruisant l’idée de liberté individuelle. De plus, point que nous développerons plus loin, la liberté en société est impossible sans justice sociale et égalité entre individus : « Point de liberté sans égalité » égalité étant ici synonyme de justice sociale.

La promotion de la liberté contre la société détruit donc paradoxalement l’exercice concret de la liberté par les individus au sein de cette société. Toute progression vers une société libéralisée déconstruit le tissu social. Cette déconstruction des relations sociales au non d’une fausse liberté entraine une désagrégation de la société, ce que Jacques Généreux appel « La dissociété ». Cette désagrégation du lien social engendre une régression réelle de la liberté dans le sens ou la seule liberté disponible dans cette société est celle du plus fort : politiquement, économiquement, socialement et donc symboliquement. Cette fausse liberté entraine en réalité l’oppression de la très grande majorité de la population par une minorité, concept de violence symbolique chez P. Bourdieu, ce qui est finalement peu différent de la société de l’ancien régime. La société libérale est donc conservatrice au sens où elle perpétue un système social antilibéral intériorisé par les individus. Qui plus est, les gens se pensent libres alors même qu’ils ne le sont pas, ce qui ne les incite pas à défendre leur liberté. Ce point de vue amène certains auteurs à considérer que nous vivions en réalité dans un régime oligarchique plutôt qu’en démocratie.

Petite digression, avant de poursuivre plus avant, sur un point de vocabulaire. Le terme libéral, de société libéral ou encore de système capitaliste libéral, est ici très mal adapté et source de confusion dans le cadre cette démonstration. On peut ainsi voir comment ce projet politique a gagné la bataille idéologique en imposant ses propres mots et donc ses propres conceptions au sein même de la réflexion. Ce déplacement sémantique rend alors toute tentative de critique malaisé. C’est pourquoi, la déconstruction du vocabulaire et l’innovation dans ce domaine, sont des étapes préalables à la construction d’une alternative (voir les sources).

A ce niveau de l’argumentation, nous pouvons formuler une critique iconoclaste sur le système capitaliste, au sens où il tend intrinsèquement vers la construction de la dissociété au nom de son efficacité économique :

Le capitalisme libéral détruit donc bien plus la liberté qu’il ne la favorise véritablement

L’argumentation avancée par Jacques Généreux est sur ce point bien plus complète. Elle s’appuie sur le modèle théorique des quatre pôles de tension de la société, que nous ne pouvons exposer ici pour éviter de trop longues digressions. En résumé, la société est représentée par un carré, chaque angle représentant un des pôles de la société : pôles libertaire (la dissociété) et associationniste sur une diagonale, pôles communautariste et totalitaire sur l’autre. Il explique que le capitalisme libéral tente de construire une société de type libertaire par l’exaltation de l’individualisme et la destruction des liens sociaux entre individus, du fait de la compétition générale et implacable qu’engendre le système capitaliste. Plus les politiques réforment la société pour la rendre vulnérable à la compétition capitaliste, plus ils dissolvent la société, car les liens sociaux sont petits à petits détruits par le système.

Mais, les dernières recherches de l’Anthropologie et des Sciences Sociales démontrent l’impossibilité de réaliser la société libertaire, car l’homme est fondamentalement social et quel que soit la situation, il va recréer des liens sociaux, mais de manière différente. La réforme de la société pour tendre vers la société libérale entraine en réalité la société vers les deux autres pôles, totalitaire ou communautaire. La dissolution des liens sociaux peut donc entrainer une fragmentation sociale entre groupes très intégrés (communautés) mais étrangers les uns aux autres, ou, au contraire, entrainer une fusion dans un tout unique. Le terreau de ces changements est le repli communautaire (national, régional, groupes sociaux) et la peur de l’autre, car l’individualisme isole les citoyens, les rendant vulnérables et donc facilement entraînables dans de ce type d’aventure politique. Ceci explique par ailleurs la paradoxale alliance entre libéraux (au sens économique) et les conservateurs en matière sociale (immigration, sécurité, identité). Notre liberté est alors menacée par la montée en puissance de ces mouvements conservateurs, populistes et xénophobes, surfant sur la misère sociale engendrée par le système.

Les pôles totalitaire et communautaire détruisent la liberté individuelle (car l’individu est broyé par le système dans lequel il vit). Le libéralisme est coupable d’entrainer intrinsèquement la société vers ces deux différentes possibilités. Cette conception est d’ailleurs confirmée par les dernières études historiques sur le capitalisme des années vingt, la crise économique de 1929, les sociétés occidentales des années trente et l’émergence des populismes, régimes autoritaires et totalitaires en Europe. Enfin, pour l’auteur, la société idéale est celle qui se rapproche le plus du système associationniste. À noter, qu’il n’est pas question pour l’auteur d’envisager un retour en arrière ou d’exalter le modèle des trente glorieuses, mais bien d’inventer autre chose.
Voir aussi l’analyse de la ronde des cercles sociaux que nous ne pouvons rapporter ici et « la remise à l’endroit » de la société qui aujourd’hui fonctionne à l’envers selon l’auteur.

De la construction sociale de la liberté à la libération par la construction sociale

C’est en augmentant les relations et les interactions sociales entre individus et groupes sociaux, mais aussi en leur permettant de « naviguer » et « d’évoluer » dans et au travers de cet entrelacs de relations, que l’on garantit le mieux la liberté individuelle et non en réduisant la sphère sociale, comme le prône les pseudo-libéraux.

Je m’explique : le corps social détruit la liberté individuelle lorsque celui-ci est univoque, du fait du processus de socialisation. Le libre arbitre, apanage de la liberté, est détruit par une expérience sociale unique, par un processus de socialisation au sein d’un environnement ou univers social unique. En effet, l’individu est alors le produit d’une vision unique du monde et ne véhiculera à son tour, très probablement, qu’une vision univoque de celui-ci, source de rejet de l’autre, de défiance, de peur, de repli sur soit, disons-le pour faire court, de réaction antihumaniste et de régression sociale. La liberté est donc avant tout, un apprentissage, ce qui est par ailleurs logique puisque c’est une construction sociale. Fondamentalement, c’est ce que nos systèmes éducatifs essayent de nous inculquer : construction du libre arbitre individuel, ouverture à l’altérité, prise de recul, ingrédients nécessaires au libre exercice de notre liberté.

Plus vous avez la possibilité de connaitre des univers sociaux différents, mais aussi de pouvoir évoluer dans ces univers en fonction de vos envies, de vos centres intérêts, plus vous vous sentirez libre et vous serez libres, d’où la condamnation des systèmes communautaires et totalitaires. Dès qu’un univers social devient oppressif et étouffe votre liberté individuelle, vous avez la possibilité de changer d’univers, retrouvant votre marge de manœuvre. Concrètement, la sphère publique doit donc mettre tout en œuvre pour garantir une éducation qualitative de la liberté, mettre à disposition des individus tout un ensemble d’univers sociaux différents, par le développement de tous les corps intermédiaires : partis politique, syndicats, associations. Celle-ci doit aussi détruire les ghettos, car destructeurs de la liberté individuelle, augmenter la mobilité des individus dans ces univers sociaux (famille, école, travail, corps intermédiaires), garantir la formation de l’individu tout au long de la vie, favoriser les échanges sociaux et enfin favoriser la mobilité en dehors du groupe régional ou national : le voyage est autant un voyage physique qu’intellectuel, puisqu’il permet la construction de la relation à l’autre et l’adaptation au changement et à l’altérité. Comme le souligne les sociologues et ethnologues, c’est donc la qualité de la relation sociale ainsi que le contexte de l’échange à l’autre qui est réellement constructif pour la liberté individuelle et non les différences initiales entre univers sociaux. De cette conception découle indirectement une nouvelle approche de la notion de progrès.

Vers une redéfinition du progrès

Dans ce modèle, la notion de progrès est fondamentalement sociale avant d’être l’expression d’une simple progression technique. Une société ne progresse réellement que par l’amélioration de la qualité des relations sociales qui se tissent au sein de la société, qualité entendue dans le sens d’humanisme : respect, ouverture à l’autre, à la différence, dialogue, etc. Cette notion s’apprécie au regard de la transmission des valeurs d’une génération à l’autre. Ces transmissions sont possibles par les différentes institutions en vigueur dans la société, famille, école, groupes de pairs, travail, etc. Cette réflexion sur les institutions est possible par les études politiques et sociologiques.

Aucune innovation technique ne remplacera donc la manière dont l’on se construit individuellement au sein de la société, la manière dont on construit notre société, la manière dont on transmet de génération en génération notre savoir vivre ensemble. La pérennité de nos sociétés dépend bien plus de notre savoir vivre social tous ensemble, de notre rapport à l’autre, que de tout progrès technique. L’immense défi technique que représente la production de l’énergie nucléaire pour l’humanité ne préjuge en rien de la manière dont nous allons nous en servir. La guerre en tant que mode de régulation des conflits entre être humain a entrainé notre savoir faire, dans ce domaine, vers la création de la bombe nucléaire. Ce n’est pas parce que nous avons la possibilité technique de faire quelque chose que nous devons le faire. C’est ainsi une manière de séparer le bien du mal et, donc, d’exercer notre libre arbitre dans notre rapport aux innovations.

Notre savoir social détermine notre utilisation de la technique : il est donc premier et prépondérant sur celle-ci. Tout réel progrès ne peut donc qu’être social par l’humanisation des modes de régulation au sein de notre société. Tout progrès dans la sphère de la liberté individuelle ne peut donc qu’être l’aboutissement du progrès social, ces deux processus se combinant et s’auto-entretenant. La liberté individuelle devrait être, si possible, au service du progrès social, par l’humanisme qu’exprime l’exercice du libre arbitre individuel dans une société du progrès et non au service d’un individualisme exacerbé.

Vers la construction d’une société humaniste : le modèle associationniste

Nous allons rapidement survoler cet aspect de la réflexion, pourtant fondamental, puisqu’il répond au besoin essentiel de solutions à « La grande régression » que nous connaissons actuellement sur les plans moraux, politiques, sociaux et environnementaux. L’objectif de cet article est de vous inciter à vous y intéresser.

Deux préalables sont requis dans la construction de ce système, sous-entendu par la définition de liberté qu’elle va promouvoir : égalité et justice sociale. Le terme égalité recouvre l’égalité dans les dimensions économique et sociale et non simplement juridique et politique. La liberté est donc ici indissociable de l’égalité : pas de liberté sans égalité. Cette égalité est permise par une certaine conception de la justice sociale. Celle-ci est à son tour possible par une redéfinition de l’économie, par une destruction du système capitaliste et son remplacement par un autre modèle économique basé sur la coopération. La compétition généralisée étant au cœur du système capitaliste, une réelle justice sociale se heurtera fondamentalement aux « nécessités » de la compétition. Pour des raisons morales, environnementales, sociales et politiques, ce système doit être détruit et remplacé par un autre modèle.

En conclusion, pour promouvoir une réelle liberté, il nous faut détruire le système capitaliste et le remplacer par un système économique basé sur la coopération, un fort investissement public, construire une société ouverte, de justice et d’égalité sociale, une société de la connaissance plutôt que de l’accumulation et enfin qui pratique une défense active et qualitative de l’environnement : tout un programme !

  • L'auteur

    Cosmao Kermanoé

    "Ce qui importe ce n'est pas d'être un homme d'action, mais un homme d'action utile. Et l'action utile se fait d'abord dans la pensée". René Carbonneau.
    Voir tous ses articles
  • Définition

    Liberté
    En latin, liber signifie libre, sans chaîne, sans entrave, et s'oppose à servus, l'esclave. Libertas désignait ainsi la condition de l'homme libre qui peut agir à sa guise. La liberté est la faculté d'agir selon sa volonté en fonction des moyens dont on dispose sans être entravé par le pouvoir d'autrui. Elle est la capacité de se déterminer soi-même à des choix contingents.
  • Historique

    1929 : Le capitalisme triomphant de la première période, arrive à ses plus grandes contradictions. La richesse et le pouvoir se concentre entre les mains d’un nombre extrêmement restreint d’acteurs. Les inégalités de richesses atteignent alors des niveaux historiques qui ne seront réenregistrés qu’en 2007. Le système s’effondre par une crise de surproduction, entrainant chômage, repli nationaliste, protectionnisme, et la montée des mouvements populistes.

    1933 : Prise de pouvoir du parti National Socialiste en Allemagne.

    1934 : Marche des ligues d’extrême droite, en France, sur l’Assemblée Nationale qui est prise d’assaut, la iiiè République tremble mais survivra.

    1945-1973 : Le capitalisme libéral est mis entre parenthèses, après l’échec de la première phrase. Le système est alors bien plus proche d’un système socialiste : prix régulé par l’État, secteurs stratégiques entièrement contrôlé par l’État (énergie, transport, poste, santé, éducation), souveraineté monétaire, planification à long terme, etc.

    1975- 1990 : Tournant de la rigueur « libérale » dans les pays occidentaux avec les prises de pouvoir de R. Reagan aux Etats Unis, De M. Thatcher au Royaume Unis et de François Mitterrand en France (seulement à partir de 1983).

    2007 : Crise économique mondiale. L’essor extraordinaire des inéqualités dans les pays riches suite à trente ans de politique néolibéral, amène les ménages à s’endetter de plus en plus, situation permise par la création de nouveaux outils financiers. La crise générale de l’endettement sur l’immobilier aux États-Unis (subprimes) entraine une crise financière à travers la volatilité des produits financier, situation qui se transmet ensuite à l’économie. La mondialisation, l’ouverture aux capitaux, l’interdépendance générale permet cette transmission à l’économie mondiale.

    2007-2010 : Montée des mouvements populistes et xénophobes dans tous les pays occidentaux : Tea Party aux Etats Unis, mouvement xénophobe aux Pays-Bas, l’extrême droite est au pouvoir en Italie, en Pologne, en Hongrie, droite dure en France et montée du Front National, prise du pouvoir par les Conservateurs au Royaume-Uni et en Allemagne, etc.

  • Note

    1. N’hésitez pas à profiter des programmes d’échange de l’Union Européenne.
      • Pour les étudiants : Erasmus et Socrates et d’autres (suivant les aires géographiques).
      • Pour les 18-30 ans : Le Service Volontaire Européen.
      • Et même en entreprise : Erasmus pour les jeunes entrepreneurs.
  • Sources

    • Cornélius Castoriadis,
      « Une société à la dérive » édition du Seuil, 2005
    • Etienne de la Boétie,
      « Discours sur la servitude volontaire » édition Flammarion, 1993. (Première édiction 1576).
    • Hervé Kempf,
      « L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie » édition du Seuil, 2011.
    • Max Weber,
      « L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme » édition Gallimard 2004 (Première édiction 1905).
    • Jacques Généreux,
      « La grande régression » édition du Seuil, 2010.
    • Jacques Généreux,
      « La dissociété » édition du Seuil, 2007.
    • Jacques Généreux,
      « L’autre société » édition du Seuil, 2009.
    • Pierre Bourdieu,
      « Les structures sociales de l’économie » édition du Seuil, 2000.
    • Les renseignements généreux
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6 réactions

  1. #1 Niggzs le 5 avril 2011

    Je vous invite à lire cet article, qui d’une certaine manière donne encore plus d’eau au moulin de mon explication sur ma conception moderne d’une société.

    http://www.slate.fr/story/36485/multiculturalisme-fran%C3%A7ais-pas-un-echec

  2. #2 peter lien website le 5 avril 2011

    Petite erreur : c’est Etienne de la Boétie, et non de la Béotie ;)

    Sinon je lirai ça plus tard. Mais, en survolant, ça m’a l’air d’être un peu (comprendre : beaucoup) un « résumé » des pensées exprimées dans les bouquins citées en sources, et non le réel fruit d’une réflexion personnelle.
    BTW, je m’exprimerai quand j’aurai eu le temps de tout lire et ingurgiter :D

  3. #3 peter lien website le 6 avril 2011

    C’est un bon article, mais …

    Je le trouve un peu « lourd », tant par le style que par la forme.
    J’ai l’impression que tu essayes de condenser tes lectures, c’est-à-dire énormément d’informations, en un article de quelques dizaines de lignes, ce qui rend le tout un peu obscur à mes yeux. A première lecture, je n’ai pas honte de le dire, je ne comprends pas tout. Les termes employés, souvent spécifiques aux auteurs, ne sont pas vraiment définis. Peut-être faudrait-il définir en tout premier lieu un certain nombre de concepts inventés par ces auteurs (« habitus », « dissociété », …), ou les introduire dans le texte de manière un peu moins abrupte. Et faire des résumés des étapes de la démonstration à la fin de chaque paragraphe, afin de ne pas perdre le lecteur en route.

    Enfin, c’est mon avis, j’espère que ça parlera un peu mieux aux autres gentils lecteurs. Pour le reste, je suis assez d’accord sur le fond, sur la relativité culturelle de la liberté, sur sa dégradation par l’idéologie libérale, sur le « novlangue » capitaliste, sur le progrès social, etc.

    Well done ;)

  4. #4 Melkion le 7 avril 2011

    Intéressant. Quelques remarques néanmoins.

    - D’abord concernant Raymond Boudon (et pas « Bondon » comme écrit dans l’article). Pour lui, 2 passages TV en 40 ans. Combien de dizaines voire centaines pour Bourdieu ? La moitié du programme de 2nde SES et une bonne partie de celui de 1ère ES est consacrée à Bourdieu. Rien sur Boudon, qui est bien plus connu à l’étranger qu’en France, comme d’ailleurs Bastiat. La différence de traitement entre ces 2 sociologues s’explique par le fait que Bourdieu sacrifie l’observation et l’analyse des faits à l’idéologie, bien plus vendeuse pour les médias car passionnelle ; et à l’inverse, Boudon met en avant la rationalité de ces travaux de recherche. Il explique que l’explication de ses démarches ne lui permettait pas de disposer d’une visibilité médiatique car trop complexe pour les formats TV, radio ou presse, tandis que les poncifs de Bourdieu sont courts et marquants, comme un produit marketing.

    - La liberté n’est pas une construction. Elle préexiste à l’apparition des Etats, c’est donc un droit « naturel ». Thoreau trouve sa liberté comme il conçoit lorsqu’il décide de partir habiter dans les bois, en marge justement de la société. Le passage narrant son arrestation est un bijou de contestation et de bon-sens : « Un après-midi, vers la fin du premier été, en allant au village chercher un soulier chez le savatier, je fus appréhendé et mis en prison, parce que, ainsi que je l’ai raconté ailleurs, je n’avais pas payé d’impôts à, ou reconnu l’autorité de, l’Etat qui achète et vend des hommes, des femmes et des enfants, comme du bétail à la porte de son sénat. J’avais gagné les bois dans d’autres intentions. Mais où que puisse aller un homme, il se verra poursuivi par les hommes et mettre sur lui la griffe de leurs sordides institutions, contraint par eux, s’ils le peuvent, d’appartenir à leur désespére old-fellow société. C’est vrai, j’aurai pu résister par la force avec plus ou moins d’effet, pu m’élancer le « criss » en main sur la société ; mais je préférai que la société s’élançât le criss en main sur moi, elle étant la personne désespérée. Toutefois je fus relâché le lendemain, reçus mon soulier raccommodé et rentrai dans les bois à temps pour prendre mon repas de myrtilles sur Fair-Haven Hill. Je n’ai jamais été molesté par quiconque, sauf ceux qui représentaient d’Etat. Je n’avais ni serrure, ni verrou que pour le pupitre qui renfermait mes papiers, pas même un clou pour mettre sur mon loquet ou mes fenêtres. Jamais je ne fermais ma porte, la nuit pas plus que le jour, dussé-je rester plusieurs jours absent ; pas même lorsque l’automne suivant j’en passai une quinzaine dans le bois du Maine. Et cependant ma maison était plus respectée que si elle eût été entourée d’une file de soldats. »

    - « A l’état de nature, la liberté n’existe donc pas » : Cette phrase ne conclut aucun raisonnement antérieur qui viendrait démontrer le pourquoi de cette affirmation. Je serais bien curieux d’en connaître la justification. La maxime que tu cites ensuite permet surtout de légitimer les pires abus. La loi sans le droit n’est que force. C’est pour cette raison qu’il convient de limiter au maximum le pouvoir des Etats. Dans une démocratie, 10 bruns peuvent décider légalement de voler ou tuer 5 blonds pour « maximiser l’intérêt général ». Toutes les exactions d’Adolf-Benito ont été légales, et son élection à la chancellerie, démocratique. Le seul garde-fou est la définition d’une constitution s’articulant autour du principe des droits naturels (liberté, propriété, résistance à l’oppression…)

    - C’est en grande partie en limitant et en bornant la liberté d’expression que l’Etat seul monte des communautés les unes contre les autres. L’incompréhension est le fertilisant qui fait germer les conspirationnistes, les xénophobes et les extrémistes religieux.

    - Typiquement, le modèle de la société libre telle que décrite par les libertariens (notamment les anarcho-capitalistes) est contractualiste. Il n’y a aucun obstacle au développement d’un système associationniste ou de coopératives en son sein. C’est ça la liberté. Et non pas « je t’impose mon système pour ton bien parce qu’il est mieux que le tien, d’abord, na. ». Et comment plus augmenter les relations et les interactions sociales qu’en laissant les individus libres d’agir à leur guise dans la limite des droits équivalents d’autrui ?

    - La sphère publique ne peut garantir pleinement la liberté car c’est précisément sa principale ennemie, et le pouvoir sa motivation.

    - Je suis quasi entièrement d’accord avec le paragraphe intitulé « vers une redéfinition du progrès ». L’échange libre et sans entrave est le moyen le plus efficace de parvenir aux objectifs que tu décris. Sur le nucléaire, c’est la bombe qui est arrivée avant la centrale, traduisant un déplacement de la technologie du guerrier au pacifique, ce qui est très équivoque. Seuls les gouvernants ou les opprimés décident des guerres, en aucun cas des hommes libres. Internet est également une découverte militaire dont les individus, s’en réappropriant les fondements, en ont fait l’outil principal de l’économie du savoir.

  5. #5 Niggzs le 8 avril 2011

    Merde Melkion on ne sera jamais d’accord car on n’a vraiment pas la même vision du monde. Je ferais un commentaire construit plus tard.

    Juste quand même un truc qui m’a fait bondir:
    - « A l’état de nature, la liberté n’existe donc pas » : Cette phrase ne conclut aucun raisonnement antérieur qui viendrait démontrer le pourquoi de cette affirmation.

    Tout l’article démontre justement le contraire. Puisque la liberté est une construction sociale, point de liberté sans interactions sociales et sans société pour qu’elle puisse exister. Tu conçois l’état de nature comme un état sans Etat, autrement dit sans sociétés constituée (dans le sens ou l’Etat est l’institutionnalisation du partage du pouvoir) autrement dit un monde sans loi. Or l’état de nature n’existe pas au sens de cette définition, c’est un des sous-entendu de l’article, affirmation qui s’appuis sur les recherches anthropologiques.

    On prend donc la liberté de se mettre en marge de la société, de se mettre en dehors de société, mais on ne joui pas de liberté dans l’état de nature que l’on aurait prétendument rejoint. C’est idée de liberté à l’état de nature est une illusion et même un enfermement qui détruit l’idée même de liberté.

    C’est donc ici la liberté de renoncer à une liberté que tu exaltes.

  6. #6 carmignola le 8 décembre 2013

    Il apparaît donc qu’au XXIème siècle subsiste des pensées qui subordonnent la liberté au contrôle social.
    Comme libéral, c’est-à-dire résolu partisan de l’autonomie absolue de ma volonté d’homme sujet roi, je ne puis que plaindre une telle abjection.
    Allez vous faire foutre ! La liberté ou la mort !

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