Comprendre la crise: Introduction

Publié le 11 avril 2012 à 15h09 dans La crise

Ce dossier dédié à la crise a pour ambition de retracer et d’expliquer les logiques de la grande régression économique, démocratique, sociale et écologique que nous vivons actuellement. A travers ses articles, nous expliquerons et démontrerons les enchaînements qui nous ont menés dans cette situation critique. Celle-ci est aujourd’hui grandement périlleuse pour nos démocraties. Elle est caractérisée par le renoncement des forces politiques au progrès social, elle accentue la spoliation des richesses aux mains d’une oligarchie au pouvoir, elle accroit la privatisation de l’Etat au service de celle-ci, elle entérine les inégalités politiques et sociales, elle abandonne ou détourne la notion d’intérêt général, elle expulse les classes sociales marginales, elle excite les plus bas instincts des populations apeurées par les désordres de la crise, elle cristallise une nouvelle violence en politique.

 Nous montreront aussi que ces mécanismes ne sont aucunement le fruit du hasard, dû à des effets extérieurs au système économique, à de lois naturelles du marché, à « des externalités négatives » pour reprendre les termes des économistes. Ils sont au contraire le fruit de mécanismes politiquement construits, de logiques économiques et de stratégies de pouvoir qui ont mené sur le long terme à des déséquilibres insoutenables. Ces enchaînements prennent à la fois leurs sources dans une volonté politique déterminée et  prennent racine au cœur même du système capitaliste actuel, comme logique intrinsèque à son fonctionnement.

Au cœur des réflexions sur la crise, se loge une contradiction fondamentale dont nul ne semble avoir conscience, ou vouloir prendre conscience, dans le monde économique et politique : c’est que le principal facteur de la crise est l’épuisement du modèle consumériste dans le monde occidental et sa réalisation suicidaire pour notre planète dans les pays en développement. Pourtant, nous subissons les inévitables bouleversements de cet effondrement. La crise économique et sociale n’est qu’une facette de cet effondrement, la crise écologique mondialisé en est une autre. Cette inconscience à reconnaître le fond du problème est dramatique dans la mesure elle s’apparente à un refoulement d’une réalité qui place les sociétés hyper-industrielles devant un paradoxe. Car s’il faut relancer la machine économique par l’investissement et la consommation, le faire par la simple reconduction du modèle consumériste, qui est à l’origine de la crise, ne pourrait qu’aggraver encore la situation et in fine, conduirait de toute façon à un désastre écologique majeur  et sans retour possible. Cette exigence de relance par la consommation s’explique par la volonté d’éviter une dépression mondiale qui engendrerait une terrible aggravation des injustices sociales, déjà intolérables et dont l’horizon malheureusement probable serait des conflits de grandes échelles. Cruel dilemme !! Surmonter ce défi devrait être l’enjeu de la sortie de crise.

S’il faut relancer l’économie et donc la consommation, cela ne peut être qu’en vue de soutenir les investissements dans un nouveau modèle industriel et une nouvelle mondialisation, non consumériste et portée par une politique publique mondialement concertée, autant dire une gageure. L’enjeu est celui de l’investissement au-delà de la consommation, qui doit conduire au dépassement de la compétition généralisée et mondialisé, conduisant à une nouvelle façon de penser le travail. En d’autres termes, dépasser la mondialisation économique par une refondation de la notion de travail autour de notion autre que celle de la compétition,  comme la solidarité,  l’échange ou le partage. D’un autre côté, il s’agira de s’affranchir du modèle consumériste pulsionnelle au cœur du consensus capitaliste, pour mettre en œuvre une planification de type écologique, à même de sauvegarder ce qu’il reste de notre planète.

Le monde dans lequel nous vivons ne vient pas de nulle part. Il est le produit de nombreuses forces qui peuvent être identifiées et parfois cachés, souvent contradictoires, poussant dans un même sens ou en sens contraire, s’affrontant les unes aux autres. La volonté politique néo-libérale des années soixante-dix à accouché d’un insupportable système capitaliste consumériste et financiarisé, dont les conséquences ont été, et peuvent encore être, d’une ampleur géopolitique insoupçonnable. Celle-ci s’est accompagnée de l’effondrement d’une alternative communiste crédible à l’époque, et a été suivis de l’épuisement du keynésianisme. Enfin, elle a été aidée par le renoncement des progressistes et socialistes à lui résister, par facilité, suivisme, ou perdition idéologique. Beaucoup vont  ainsi se fondre dans le consensus capitaliste émergent.

Nous nous attarderons donc sur la situation initiale d’avant crise, revenant aux années soixante-dix,  avant d’en décrire les processus, des prémices du printemps 2008 jusqu’à aujourd’hui, à travers plusieurs articles.

Il nous faudra aussi revenir sur les logiques particulières de fonctionnement de l’Union Européenne pour ne pas occulter les mécanismes aggravants de cette dépression mondialisé.  Il s’agira de tenter d’expliquer les raisons qui font que la crise trouve un écho particulièrement aigu dans nos sociétés. Là aussi, rien n’est l’effet du hasard dans l’enchainement singulier de la crise en Europe.

Pour finir, nous tenterons de proposer des pistes de réflexion d’économie politique, qui s’établissent autour des critiques fondamentales de la compétition mondialisé, mais aussi du  système consumériste compulsif, devenu intrinsèquement toxique, qui fait système avec la destruction de l’investissement par un capitalisme hyper-spéculatif à tendance mafieuse. D’un autre côté, cette approche voudrait promouvoir un rôle moderne de l’Etat dans l’économie, qui passerait notamment par la nécessaire planification écologique, mais aussi construire une nouvelle façon de penser le travail.

C’est ainsi que plongée au cœur d’une crise sans précédent historique, celle d’un capitalisme devenue planétaire, nous débattrons de ce qui la caractérise et des conditions pour en sortir au plus vite, d’autant plus vite que les ravages terrifiants qu’elle engendre pourraient être irréversibles. Car s’il s’agit là d’une crise systémique mondiale, il nous faut donc proposer des alternatives radicales, à même de répondre aux défis présents devant nous. S’il est pour le moins délicat de proposer des solutions pratiques pour nous sortir de la crise, le défi que nous pose celle-ci doit élever nos exigences aux changements futurs à apporter.

Pour ambitieux que ce dossier puisse paraître, il ne vise fondamentalement qu’à poser, structurer et décrire les mécanismes politiques et économiques dans la crise actuelle pour donner à chacun des clés de lectures de l’actuelle dépression.  Dans un second temps, ce dossier devrait permettre d’ouvrir un débat. Il ne prétend aucunement proposer des solutions viables ou détenir une vérité absolue. Il tente simplement et modestement d’amorcer des explications constructives, proposer des outils de lecture de la crise actuelle, faire émerger parmi vous des interrogations, vous donner des pistes de défense intellectuel et éventuellement ouvrir des pistes pour de futures solutions.

Ce dossier fera appel à de nombreuses notions qui font elles-mêmes débats, car politiquement sensibles. Les définitions apportées à ces notions sont donc loin d’être fixées et varies en fonction de considérations politiques, d’approches différentes, même si elles peuvent présenter des saillants communs. D’ailleurs, vous l’aurez probablement noté, j’aborde cette problématique de la crise avec un regard progressiste et altermondialiste assumé. C’est en ce sens qu’il faut appréhender les notions que j’utiliserai. Néanmoins, par soucis d’honnêteté intellectuelle, je tenterai de vous fournir les définitions communément admises des notions présentées ci-dessus (voir sur le côté).

Niggzs

 

  • L'auteur

    Cosmao Kermanoé

    "Ce qui importe ce n'est pas d'être un homme d'action, mais un homme d'action utile. Et l'action utile se fait d'abord dans la pensée". René Carbonneau.
    Voir tous ses articles
  • Définition

    L’idéologie néolibérale
    Depuis la fin des années 1970 dans le monde anglo-saxon, et depuis les années 1990 en Europe, le terme « néolibéralisme » (aussi dénommé « ultralibéralisme » ou même « hyperlibéralisme ») fait référence à des politiques libérales sur le plan économique, en réaction contre les idées Keynésiennes et d'une façon plus générale contre l'intervention de L'État. Cette doctrine inspire Margaret Thatcher au Royaume-Uni, Ronald Reagan aux États-Unis dans les années 1980, Pinochet au Chili, ainsi que des organismes comme le FMI, l'OMC, la Banque mondialeet même dans une certaine mesure l'Union européenne. Pour ses partisans, il s'agit de promouvoir un Libéralisme renouvelé dans sa pensée et pour l'action, reposant sur le « néolibéralisme » accroît les inégalités sociales, réduit la souveraineté des Étatset nuit au développement des pays en développement.
    Capitalisme
    Système économique basé sur la propriété privée des moyens de production et structuré en vue de maximiser les profits. Le capitalisme présuppose la liberté de commerce et l'existence d'un marché d'acheteurs et de vendeurs de biens. Capitalisme et démocratie libérale constituent souvent, mais pas nécessairement, le volet économique et le volet politique d'une même société.
    modèle consumériste
    Le consumérisme part d’une dérive courante en sociologie, relayée fréquemment dans les médias, qui tend à utiliser le mot consumérisme comme l’épistémè associé à la société de consommation. Il s’agirait d’une idéologie où la consommation de biens revêt une importance capitale pour le fonctionnement de la machine économique, mais aussi une importance existentiel pour l’individu, comme démonstration de sa propre existence, et lui donnerait donc une dimension émotionnelle et pulsionnelle ; ainsi fondamentalement psychologique. D’où la maxime : « Je consomme, donc je suis ». Cette acception de consumérisme est largement rattachée à la notion de post-modernité. On retrouve cet usage détourné dans la bouche de certains analystes, sociologues (Alain Soral, etc.), économistes (Emmanuel Todd, etc.), philosophes (Bernard Stiegler, etc.) ou groupes engagés. Cet usage abusif s'explique en partie parce qu'il n'existe pas en français de qualificatif constitué d'un mot unique permettant de réduire le groupe nominal "société de consommation"(relatif à la).
    Suivisme
    Tendance à suivre en toutes circonstances les idées, les modes, les mœurs, le langage du milieu dans lequel on vit, du groupe auquel on appartient. Le conformisme correspond à un suivisme de complaisance, dans lequel le sujet qui se conforme n’adhère pas aux opinions de la majorité.
  • Illustration

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7 réactions

  1. #1 Melkion le 7 mai 2012

    L’idéologie néolibérale ou l’utralibéralisme ne sont que périphrases utilisées dans le seul but de désigner un coupable abstrait, un ennemi lointain. Personne ne s’en réclame, ni ne l’a théorisé. Le FMI, l’OMC et la Banque Mondiale sont les parfaits opposants au libéralisme, comme je l’ai déjà expliqué à plusieurs reprises en ces lieux.

    De plus, il est en théorie comme en pratique impossible de relier capitalisme et consumérisme dans son acception actuelle. Seul le keynésianisme propose de relancer l’économie par la consommation à grands renforts d’argent gratuit imprimé en grande quantité par les Xerox flambant neuves de la BCE.

    Thatcher et Reagan sont les figures les plus connues du mouvement conservateur (quant à lui parfaitement théorisé par de nombreux auteurs), cousin difficile du libéralisme, il n’y a qu’à mesurer le fossé qui sépare les principaux journaux de ces 2 courants aux USA : la National Review et Reason.

    « On pourrait, pour simplifier, résumer comme suit l’histoire du conservatisme américain : Russell Kirk l’a rendu respectable ; William Buckley l’a rendu populaire et Ronald Reagan l’a rendu éligible. »
    Jim Van Houten

  2. #2 Niggzs le 7 mai 2012

    Les termes d’idéologie néolibérale ou ultralibéralisme sont utilisés dans leurs acceptions actuelles qu’elles soient théoriques ou pratique. Ce sont aujourd’hui au contraire des termes qui renvoient à une réalité de plus en plus établie et d’ailleurs étudié.

    Tu te réclames d’un libéralisme qui n’existe pas, en utilisant un terme qui ne veut plus dire la même chose aujourd’hui. Évidemment pour tes conceptions ce n’est pas du libéralisme, mais aujourd’hui personne ne le comprend de la manière dont tu le fais. Ce terme désigne aujourd’hui une idéologie bien identifiée, mais non cohérente, avec des courants différents. Et la plupart des gens le comprenne dans le sens que j’utilise ce dont je suis obligé de tenir compte pour un article.
    Pour moi tu es plus anarchiste que libéral, entendu au sens d’aujourd’hui. Enfin c’est un autre sujet.

    L’OMC, FMI etc… sont des structures du néo-libéralisme, non pas en tant que tel, mais dans leurs idéologie de fonctionnements Oui ils sont opposants au libéralisme classique historiquement. Cela ne les empêche pas d’être les soldats du néo-libéralisme aujourd’hui, alors même qu’ils avaient été celui du keynésianisme auparavant.

    Je ne vois pas où tu as vu qu’elles n’étaient pas théorisées!! Hayek et Friedman en sont les pères fondateurs, elles sont théorisées à la fin des années 70 de manière systématique. Car les courant néolibéraux existes: l’économie de l’offre, le monétarisme, le néo-institutionnalisme et sa fameuse gouvernance sans gouvernement ou néo-fonctionnalisme. Ce sont des courants fondamentalement néo-libéraux tel qu’ils existent aujourd’hui, ce qui ne sera peut être pas toujours le cas.

    Ce n’est pas parce que personne ne s’en réclame (ce qui est faux) que cela n’existe pas, sinon la sociologie n’aurait pas lieu d’être. Le néolibéralisme est aujourd’hui un objet politique de plus en plus étudié notamment dans ses composantes que j’ai énuméré plus haut.

    Pour Thatcher et Reagan tu as raison et tort à la fois.Car ce qui est paradoxale dans le néolibéralisme, d’ailleurs je vais en parler dans un de mes prochain article où je préciserai mon propos, c’est qu’il va s’allier aux conservateurs pour empêcher une réelle démocratie tout en promouvant les libertés des capitalistes. La déstructuration de certains sociétés sous les coups de buttoir des néolibéraux va permettre aux conservateurs de s’engouffrer dans la brèche sous couvert de sécurité, stabilité etc… aboutissant à cette alliance qui n’est pas contre nature. Fossé théorique certes, mais absolument pas politique. Je l’expliquerai dans l’article V pour comprendre la crise.

  3. #3 Melkion le 9 mai 2012

    Il n’y a pas des libéralismes ou de libéralisme hémiplégique. Je me réclame d’un libéralisme qui est ce qu’il est, pas d’une idéologie fantasmée. Même wikipedia met l’accent sur le fait que les termes néo et ultra soient flous, vagues. Si le « neo-libéralisme » n’a rien de libéral comme tu le reconnais, pourquoi l’appeler ainsi sinon pour désigner un ennemi indéfendable car extrêmement peu représenté dans la sphère médiatico-politique ? Sinon, ce n’est pas parce que des guignols (Delanoë par exemple) proclament qu’il sont libéraux qu’ils appliquent ses principes de base. C’est aussi incohérent que si je me déclarais communiste.

    Hayek n’est le fondateur de rien, c’est la figure de proue de l’école autrichienne d’économie (Fondateur : Carl Menger; courant héritier de l’école de Paris) qui a été jusqu’à théoriser l’anarcho-capitalisme. Hayek était minarchiste, voire conservateur dans certains domaines. Il a fortement influencé Thatcher sur le versant économique de sa politique mais son oeuvre ne s’arrête pas là. Il a écrit sur des sujets très variés : droit, psychologie, sociologie, diffusion de l’information, etc. Ne pas oublier qu’à la base socialiste, il s’en est détourné en constatant les magnifiques succès de Weimar pour contrer l’inflation. Friedman père est lui rattaché à l’école de Chicago et au courant monétariste qui n’a rien à voir.
    Les influences de Reagan sont à chercher au sein de l’american conservative movement (Russel Kirk, Barry Goldwater, etc.)

    Les libéraux en France n’ont pas eu de candidat depuis 2002 où Madelin a fait 3,91% (une véritable déferlante de giga-libéralisme), à comparer avec les scores trotskistes et communistes.

    Concernant les déréglementations, parlons peu, parlons chiffres :

    - 11 des 15 patrons les mieux payés du CAC 40 ont été nommés par un gouvernement et / ou sont très proches des politiques. Le désengagement de l’Etat saute aux yeux !
    - Le JO est passé de 7000 à 17000 pages par an entre 1986 et 2006 pendant que le recueil des lois de l’assemblée nationale est passé quant à lui de 433 à 3721 pages entre 1973 et 2004. Sacrée déréglementation !
    - L’emploi public maintenant. Que dit l’INSEE ? [/url. 8 des 28 millions d'emplois sont pourvus directement par l'Etat, soit un peu d'un tiers de l'ensemble. A ce chiffre, il faut rajouter les employés des [url=http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=recme2010]entreprises majoritairement détenus par l’Etat soit presque 800000 personnes. Si j’étais mesquin, je pourrais également comptabiliser les centaines de milliers d’autres travaillant dans des sociétés dans lesquelles l’Etat est minoritaire (ADP, Air France, Renault, FT, etc.). On arrive environ à 10 millions sur 26. Plus d’un emploi sur 3 ! Encore un coup porté au fragile service public par les turbo-libéraux !
    - Le taux d’imposition moyen : 56,9%, ce qui pousse la journée de libération fiscale au 28 juillet en France. Nous travaillons plus de la moitié du temps pour le compte de l’état et les chiffres se dégradent sous la pression fiscale. Surement la faute des baisses d’impôts !
    - La liberté économique régresse, la France est un bon nombre d’années le cancre de l’Europe. 64è sur 179, derrière le Cap Vert et le Kazakhstan (no comment).

    Toutes ces preuves des coups des boutoirs du neo-libéralisme en action, ça fait froid dans le dos !

    Pour finir, l’alliance entre libéraux et conservateurs n’est pas impossible, mais elle est hautement instable, et au final la tendance est à la domination des seconds sur les premiers.

  4. #4 Niggzs le 9 mai 2012

    Sur le premier point. Le néo-libéralisme n’est pas fantasmé, c’est une construction intellectuelle qui est une illusion politique car c’est un habillage qui recouvre des politiques qui en sont parfois très éloignées. C’est comme de dire que l’idéologie communiste masquait le système totalitaire stalinien alors même que ce système était très éloigné du communisme théorique qui pourtant lui servait de justification.

    Ici c’est la même chose. Une idéologie néo-libérale théorique (les 4 courants au -dessus) sert de justification à des politiques austéritaires qui sont éloignées des théories qu’elles utilisent, mais qui ont des impacts certains. C’est un récit politique rien de plus, une illusion, auquel les politiques eux-mêmes pour la plupart n’y croient pas, mais qu’ils utilisent pour des motifs bien plus triviaux (voir mon article III). Ce n’est parce que c’est une illusion que ce récit n’existe pas à partir du moment ou ce récit imprègne des comportements politiques, cognitifs, des analyses qui trouvent des applications concrètent.

    La réalité économique d’aujourd’hui est une forme de libéro – keynésianisme ou ce que l’on appel l’ordo-libéralisme au niveau européen. Malgré cela il y a tout une partie des ces théories qui sont applicables, elles existent donc. Le néolibéralisme est une récit politique/ idéologique cohérent sur le plan politique mais qui n’a pas de cohérence sur le plan pratique. Il n’empêche qu’il trouve une existence concrète libérale aujourd’hui. Pour faire simple, le discours serait néolibérale lorsque ses applications sont des cures libérales économiques et conservatrices politiquement = Libéralisme? Où faut-il utiliser d’autre concepts? Néolibéralisme?

    Cela me rappel peut être de mieux définir ce que j’entend par néolibéralisme.

    Hayek fondateur de rien? Ce qu’il à fait n’est finalement pas plus important que la manière dont sont utilisés ses travaux. Or il est bien à la base (théorique et actualisé) de la démocratie minimale chère aux libéraux d’aujourd’hui (voir article III).
    Les monétaristes sont bien un courant libérale qui sert de bible à la construction européenne en matière économique (notamment la BCE).
    Par ailleurs la société du mont Pèlerin avait dans ses rangs Friedman et Hayek. Ils ne sont absolument pas éloignés.

    Oui les libéraux en tant que tel n’ont pas eu de candidats depuis 2002 ils n’empêchent que leurs idées imprègnes aujourd’hui une large part des politiques publiques.

    Sur la fin de la critique tu va trop vite en besogne. Effectivement est celle que tu décris, je suis d’accord, mais je vais expliquer dans mon point V pourquoi cela est le cas en France. Car il y a eu des résistances. Et le néo-libéralisme est un récit politique qui a des applications pratiques qui peuvent être diverses et qui n’avait pas forcément vocation à s’appliquer. Les points III, IV et V devrait t’intéresser.

    Je pourrait être très critique sur la manière dont tu présente les choses (dernier paragraphe) car elles me semblent fausse et véhicules des idées fausses car réductrices. M’enfin cela prendrait trop d’espace :)

  5. #5 Melkion le 10 mai 2012

    La différence entre libéralisme et communisme, c’est que le premier a pu être voir sa théorie appliquée tandis que le second n’a jamais pu dépasser le stade de la dictature du prolétariat, et ça ne concerne pas que la Russie.

    Bizarrement, quand un politicien libéral émerge, il est considéré comme un OVNI, un marginal, un anti-système (cf. Ron Paul aux USA, pays « ultra-libéral »), pas du tout comme un candidat conformiste héraut de la pensée dominante.

    Libertés économiques + conservatisme social et politique = définition du neo-conservatisme. Pour rappel, les 6 principes du conservatisme selon Kirk :
    - Existence d’un ordre moral durable
    - Adhésion à la coutume et aux conventions
    - Principe de prudence
    - Principe de variété
    - Principe d’imperfection
    - Propriété privée et liberté sont étroitement liées

    Les travaux de Hayek sont foisonnants, ils touchent à beaucoup de domaines et sont percutants. Mais il n’est fondateur d’aucun courant. La démocratie minimale actuelle c’est Locke, Montesquieu, Constant, Tocqueville (« Le plus grand soin d’un bon gouvernement devrait être d’habituer peu à peu les peuples à se passer de lui »). Bastiat et Molinari vont même encore plus loin un peu moins de 100 ans avant Hayek. La catallaxie hayekienne et l’ordre spontané qui la définit doit beaucoup à Mandeville. Sur le plan politique, Hayek a par contre proposé une organisation originale : la démarchie, jamais mise en oeuvre.

    Hayek était très bon ami avec Keynes, ça ne l’empêchait pas d’en être totalement opposé. D’ailleurs il considérait Friedman comme un keynésien qui ne disait pas son nom (il avait affirmé que la crise de 29 aurait pu être évité en faisant tourner la planche à billets).

  6. #6 Niggzs le 10 mai 2012

    Sur Hayek je ne suis peut être pas le plus compétent pour en parler je ne l’ai étudié que partiellement et seulement ses travaux politiques. J’ai donc peut être tord.
    Sur la démocratie minimale tu cites effectivement les auteurs précédents, c’est la raison pour laquelle j’avais utilisé pour qualifier la thèse d’Hayek « d’actualisée » puisque tu as tout à fait raison en parlant de ces auteurs. Sur le reste tu peux avoir raison.
    Je n’ai jamais entendu parler de la démarchie, enfin peut être pas sous ce terme; qu’es ce que c’est?

    Néo-conservatisme et néo-libéralisme sont pour moi les deux faces d’une même pièce.

    Qu’es ce que le néo-libéralisme alors pour toi?

  7. #7 Melkion le 10 mai 2012

    C’est loin d’être mon auteur préféré mais on ne peut pas passer à côté, même si c’est de façon superficielle.

    Pour la démarchie, voilà un lien succint très succint. Il faudrait que je retrouve le bouquin dans ma bibliothèque pour retrouver le chapitre où il développe ce point. Mais je pense qu’on partage tous plus ou moins la prémisse initiale : « La démocratie [...] est devenue immorale, injuste et tend à devenir « totalitaire ». »

    Pour moi, le « neo-libéralisme » est du crony capitalism, du capitalisme de connivence, du capitalisme d’état, qu’on peut aussi appeler oligarchie politico-financière. Bref, la collusion du big business et du big government. Il ne faut pas croire, on partage plus ou moins le même constat ! La divergence vient au moment de la désignation du coupable et les remèdes à y apporter.

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