Le mythe de l’égalité des chances

Publié le 18 janvier 2011 à 16h16 dans Société & Travail

Elle est le moteur au cœur de nombreuses associations. Elle est le principe fondateur d’idéologies contemporaines. Elle est un argument justifiant des actions politiques. Elle est inscrite dans la devise de la République française et dans la Déclaration universelle des droits de l’homme. À n’en pas douter, l’égalité, est une puissante valeur de nos sociétés dites démocratiques.

Point d’égalité sans individus

Cette fameuse égalité est apparue grâce au travail. Au travail tel qu’il est conçu aujourd’hui. C’est-à-dire le travail obligatoire, le travail en vue du profit personnel, le travail professionnel. Ce travail date de l’époque de la Révolution française avec la disparition des sociétés inégalitaires aristocratiques et la naissance de l’individualisme. Avant, cette idée d’individu autonome, définissable séparément des autres, n’était même pas concevable. L’individualisme, c’était seulement de l’égoïsme. Maintenant, l’individu est le ciment de la société.

Cette unité de l’individu est vitale au principe d’égalité : humainement ou mathématiquement, une égalité nécessite toujours deux entités à comparer. La naissance de ce concept permet de penser la démocratie. Un individu c’est un citoyen, un vote, un justiciable, etc.

Point d’égalité sans travail

Revenons à nos gentils moutons travailleurs. Pour comprendre pourquoi la valeur d’égalité est apparue grâce au travail, il faut comprendre pourquoi nous travaillons. À mon avis, c’est la passion du bien-être qui permet cette compréhension. Nombre de nos choix sont guidés par l’envie d’être heureux. Le bonheur s’obtient grâce à la possession de biens matériels. Cette acquisition est possible par l’argent dans notre belle société capitaliste. Et l’argent s’obtient en travaillant. Résumons nous avec ce petit schéma :

travail → argent → biens → heureux \o/

C’est beau, c’est simple. Mais c’est comme le père Noël et la petite souris, en grandissant nous n’y croyons plus. Le bonheur par le travail, l’argent et les biens matériels, il faut être bien naïf pour penser que cela suffit. Pourtant, ne jetons pas ce schéma à la poubelle, mais modifions sa conclusion biens → heureux. Laissons de côté la recherche du bonheur, qui mérite des réflexions philosophiques plus complexes. Et, intéressons nous à connaître le but de la possession matérielle.

Pourquoi posséder ?

La première explication qui vient à l’esprit est l’utilité. Nous achetons de la nourriture pour manger, un lit pour dormir, des préservatifs pour faire sereinement l’amour, etc. Bref, la possession sert à satisfaire les besoins primaires.
Pourtant, regardez autour de vous, tout ce qui vous appartient est-il vraiment utile ? Non, loin de là ! Nous pouvons en avoir l’impression, si nous ne prenons pas assez de recul. Nous pouvons justifier la plupart de nos achats. Mais, si nous ne bornons pas à notre échelle, que voyons-nous ? L’étudiant a « besoin » de son iPhone, l’homme d’affaires de sa Rolex, le cadre de sa télévision 16/9è, etc. Je caricature, mais l’idée est là : nous désirons posséder la même chose que le voisin modèle. Depuis que l’on peut prétendre élever notre niveau de vie par le travail, nous inventons nos besoins selon notre niveau de départ. Nous cherchons à être l’égal de notre voisin. Voilà pourquoi le travail crée la valeur d’égalité, car il la rend possible. Consciemment, ou inconsciemment, le but de cette stratégie de vie est d’être semblable au voisin, d’être accepté par ses pairs, d’être dans la norme.

travail → argent → biens → égalité

À chacun selon son mérite

Nous parlons bien de la valeur d’égalité, le travail salarié ne crée pas d’égalité, mais il rend sa valeur puissante, possible et surtout désirable. Cette subtilité est très importante. Ainsi, toutes les inégalités nous paraissent injustes, sauf si elles sont basées sur le travail. Quel que soit le travail, on obtient le même argent. Mille euros obtenus en étant superviseur du ramassage et du recyclage des couches culottes usagées des maisons de retraite permettent d’acheter le même ordinateur que mille euros obtenus en étant astronaute. En se limitant au seul critère économique, l’on peut ainsi croire que le travail crée de l’égalité réelle. Après tout, l’argent possède la même valeur pour tous. Le salaire dépend du travail salarié. Le travail salarié dépend du travail scolaire. Le travail scolaire dépend entièrement de nous, de notre mérite. On obtient ainsi ce que nous pourrions appeler le schéma de notre vie :

naissance → école → travail → argent → biens → bonheur égalité

Ce schéma, est présent dans l’imaginaire collectif. Il nous paraît rationnel. Il est plébiscité par nos classes dirigeantes, comme le montre cette citation :
« L’égalité n’est pas l’uniformité. L’égalité, c’est à chacun selon son mérite […] la récompense du travail, du mérite, de l’effort, de l’initiative, de l’audace »
Quand Nicolas Sarkozy dit cela, il introduit plus précisément ce qui sous-tend l’acceptation du schéma, l’égalité des chances. Ce principe apparaît avec la seconde étape, l’école.

L’École de l’Inégalité

L’école gomme les inégalités de naissance pour donner à chacun les mêmes chances de réussite. Ensuite, la réussite professionnelle dépend du travail fourni, de la filière choisie, du projet d’études. Bref, elle dépend des choix et stratégies adoptés par chacun. À chaque point de bifurcation, les avantages et les inconvénients sont soupesés. Et, selon les possibilités de notre mérite, la meilleure route est choisie.
Selon cette seule théorie, l’école devrait effectivement remplir son rôle. Or, l’on observe que l’école reproduit les inégalités sociales existantes. Si vous êtes sceptiques, il suffit de regarder les statistiques à ce sujet. En cherchant rapidement sur Internet, je trouve, par exemple, une étude de 2003 sur les inégalités sociales d’accès aux grandes écoles. Elle nous dit qu’un enfant d’ouvrier agricole a 0,43 % de probabilités d’intégrer une grande école, là où un enfant d’ingénieur en a 20,92 %. Qu’elles datent de 50 ans ou d’aujourd’hui, ces études de données montrent globalement que les études scolaires dépendent directement du milieu social de départ. Ainsi un enfant d’ouvriers n’ira probablement pas en études supérieurs contrairement à un enfant de cadres. Il existe évidemment des exceptions et des variations selon les époques, mais globalement les classes sociales se reproduisent. Cette observation des faits met à mal l’idéologie de l’école de la République égalitaire.

Et ainsi, l’inégalité fût justifiée

Dans nos cœurs et dans les discours publics, l’égalité tient une place importante. Pourtant, dans le monde réel, on observe de nombreuses inégalités qui nous révoltent plus ou moins. Si cette inégalité est fondée sur le travail, elle ne nous paraît pas injuste. Elle ne nous révolte pas. Elle est basée sur l’école, qui est théoriquement la garantie de l’égalité des chances.
On observe cependant ceci : au lieu de donner les mêmes chances à tout le monde, l’école ne fait que reproduire les inégalités existantes. Ainsi, le discours qui voudrait que nous obtenions un travail qu’en fonction de notre mérite est faux.

L’égalité des chances n’est qu’un mythe, nos chances sont déjà déterminées par le milieu social de naissance. L’école permet juste de légitimer ces inégalités, de nous faire croire qu’elles sont justes. On peut alors se questionner sur le rôle de l’école actuel. Plus que de les légitimer, l’école ne crée-t-elle pas les inégalités ? Est-ce que l’école pourrait être cet outil au service des élites permettant aux inégalités de se reproduire encore et encore ?

22 réactions

  1. #1 JR le 18 janvier 2011

    L’égalité des chances n’est pas une idée datant de la révolution de 1789, mais de Jules Ferry. Ceci dit, faire naître l’individualisme en cette même période est très intéressant comme point de vue.

    Maintenant, mis à part le fait que tes équations biens -> égalité me semblent on ne peut plus tirées par les cheveux, je n’arrive pas bien à voir où tu veux en venir…
    L’école est hypocrite, brulons là ?

  2. #2 Nya Muad Dib le 18 janvier 2011

    En fait, notre système actuel vient essentiellement des idées de la Révolution comme tu le soulignes. Idées prônants l’égalité.
    Pour résumer une partie du lien que je vais transmettre, l’école dite Républicaine est une machine à inégalité puisque du « savoir maximum ». Elle favorise la création d’élites et la conservation du pouvoir par celles-ci.

    Je renvoie donc vers le spectacle « Incultures » de Franck Lepage que tu connais peut être : http://www.youtube.com/watch?v=YTSDeVquHks

  3. #3 Brogol lien website le 18 janvier 2011

    @JR:
    La valeur d’égalité apparaît avec la révolution politique, qui permet effectivement par la suite (avec Jules Ferry notamment) de penser l’égalité des chances.

    Les schémas ne sont là que pour illustrer simplement, mais peut-être simplifient-ils trop le raisonnement ?

    L’école ne remplit pas le rôle que nous lui attribuons, questionnons-nous sur son mode de fonctionnement. Entre accepter sans rien dire et brûler, il me semble qu’il y a un éventail de possibilités. Mais, ce qui est sûr, c’est que ça passe d’abord par se rendre compte qu’il y a un problème. La connaissance est la meilleure arme contre la manipulation. Donner conscience de la création des inégalités par l’école, c’est là le premier but de cet article.

    @Nya Muad Dib:
    Oui, je connais cet excellent spectacle. D’ailleurs il y explique des modèles alternatifs d’enseignements plus égalitaires, dont certains ont été testé avec succès, à voir.

  4. #4 JR le 18 janvier 2011

    @Brogol
    L’école ne remplit pas le rôle qu’elle devrait jouer dans notre idéal républicain, c’est un fait, et je ne connais pas grand monde qui le nie. Maintenant, je suis sans doute dans un cas particulier.
    Tu va plus loin en disant que l’école créé des inégalités, ce sur quoi je ne suis pas tout à fait d’accord, mais je pense que ce débat est un peu vain, et qu’il convient plutôt de penser à l’éventail de possibilité que nous avons face à nous…
    J’aurais tendance à dire plus de profs, avec des classes moins surchargées…

  5. #5 Niggzs le 18 janvier 2011

    Très bon article!

    Il est vraiment dommage que ne développe pas plus avant la deuxième partie de ton argumentation (l’impact du milieu social sur la réussite scolaire), ton travail aurait gagné en professionnalisme, plutôt que de simplement nous mettre un lien sur une étude. Une explication suffisante et construite aurait été instructive, d’autant plus que ce point de vue ne va pas se soit pour tout le monde :)

    Fondamentalement sur le sujet, rien de réellement nouveau, tout ceci est relativement bien connu, mais la manière dont tu l’abordes est assez innovante.

    Ta conclusion nous donne la réponse à l’article sans laisser vraiment place au doute: oui l’école républicaine, l’égalité des chances républicaine, l’élitisme républicain permet la reproduction des inégalités sociales et aujourd’hui permet la reproduction des systèmes de dominations des possédants (capital culturel, économique et social) sous couvert de ces principes légitimés, acceptés et défendu par une large majorité de la population.
    Pour aller plus loin, voir Bourdieu (entre autre, « La fabrique des élites »).

    L’enquête pisa sur les systèmes éducatif, au delà de la controverse sur ce type de classement, montre clairement que le système éducatif Français est inefficace et fortement inégalitaire.

    Enfin pour aller plus loin sur le principe « d’utilité », voir Jeremy Bentham, économiste et philosophe anglais du XVIIIème siècle. Je ne sais pas si tu as utilisé son argumentation dans ta premier partie d’article, mais en tout cas tu en est très proche.

  6. #6 peter lien website le 18 janvier 2011

    « ce que nous pourrions appelé le schéma de notre vie »
    –> appeler :D

    Sinon, article sympa, mais j’aurai pris le problème dans l’autre sens afin que ce soit un peu plus clair, c’est-à-dire partir du constat de l’inégalité scolaire liée à l’origine sociale, pour arriver finalement à la conclusion que le mérite n’a finalement plus grand chose à voir avec le salaire.

    Pour le reste, il y aurait tellement de choses à débattre …
    Déjà, rien que sur la définition même du concept d’égalité. L’égalité, en ce qui me concerne, n’est pas « l’égalité des chances », mais plutôt une absence de hiérarchie et d’autorité à tous les niveaux, tant en pratique que sur un plan « philosophique » : chacun est l’égal de l’autre, il n’y a pas de « chef », de gens de pouvoir, de riche, de classes sociales, de personne plus importante que d’autres ; tout le monde peut de manière égale participer à la vie de la cité et aux choix, tant sur le plan politique qu’économique (= démocratie directe, socialisme, tout ça).

    L’amalgame entre l’égalité réelle (soit, en fait, un synonyme de la Liberté) et pseudo-égalité des chances (« méritocratie », bien que des gens comme notre très cher président se considérant comme « méritocrates » soient en réalité bien loin de l’être) a été créé par les gouvernements capitalistes afin de récupérer et de déformer sauvagement l’idée d’égalité à la base fort gauchisante. C’est un peu comme l’extrême-droite essayant de récupérer le mouvement social.

    De plus, même si notre système scolaire disposait d’une parfaite « égalité des chances », je ne pense pas qu’on puisse encore parler d’un quelconque mérite. Déjà, parce-que le salaire n’est pas forcément lié au niveau scolaire (exemple des chercheurs payés à coup de lance-pierre), et encore moins au travail fourni quotidiennement (exemple de l’ouvrier qui se tue quotidiennement à la tâche vs le bureaucrate millionnaire qui n’en branle pas une de la journée). Enfin, justifier un salaire très élevé par rapport à un autre parce-que « y’a plein d’années d’études, il faut bien que ça serve à quelque chose §§ », je trouve ça complètement foireux : un mec payé le triple d’un autre toute sa vie parce-qu’il a fait 5 ans d’études en plus, mais what the fuck !

    Pour finir (trop de trucs à dire), je ne suis pas forcément d’accord avec l’assertion suivante : « Nous cherchons à être l’égal de notre voisin. ». Sans faire mon Nietzsche, je pense plutôt que l’ambition principale de l’homme (dans une société comme la nôtre) est une volonté de pouvoir (dont l’argent est l’un des principaux composants car l’argent permet tout !), voire une recherche de liberté (le pouvoir rend libre, car, comme dirait Proudhon, même si « la propriété c’est le vol », paradoxalement, « la propriété, c’est la liberté » !).
    Enfin, ce culte du travail et de la consommation (consumérisme : métro, conso, boulot, dodo) véhiculé partout (médias, éducation, …) est surtout lié au formatage culturel lié à notre société capitaliste, par essence basée sur la recherche du profit et donc sur la production du plus de biens possibles (travail) pour pouvoir ensuite les vendre afin d’assurer un bénéfice (consommation). Pour ma part, il n’y a donc pas grand lien entre notre mode de vie et une recherche de l’égalité (même si « la mode », « tout le monde en a / le fait », … est une partie intégrante du processus de l’exacerbation consumériste).

    Pour répondre aux commentaires :

    « Je renvoie donc vers le spectacle « Incultures » de Franck Lepage »

    Faut que je le voie :o

    « et qu’il convient plutôt de penser à l’éventail de possibilité que nous avons face à nous… »

    D’accord.

    « J’aurais tendance à dire plus de profs, avec des classes moins surchargées… »

    Pas d’accord. Le problème n’est pas seulement un problème de moyens (même si, évidemment, pour mettre en place un système bien il faudrait beaucoup plus de moyens humains !), mais un problème de fond, de rôle de l’éducation (actuellement : former des moutons consommateurs, « bons à embaucher » ; de mon point de vue : « permettre à tout un chacun d’apprendre à réfléchir, à se faire sa propre opinion, à débattre, à vivre avec les autres, à aimer apprendre, etc », de conception de celle-ci (conception conservatrice / classique débile et inefficace (forcé d’apprendre, par-cœur, vieille méthodes toutes pourries comme dans 99,99% des cours, notes, forte hiérarchie prof / élève, …) vs conception libertaire / humaniste (envie d’apprendre, débats, choix en fonction de ses envies, liberté de l’élève, autogestion des établissements, évaluation non oppressante, égalité prof / élève, …), mais également de société (il n’est pas possible d’avoir une école humaniste, libertaire et égalitaire dans une société fondée sur l’égoïsme, l’élitisme et la soif de pouvoir). La solution à apporter est donc bien plus profonde que le « donnez-nous plus de moyens pour sauver l’éducation ! » répété en boucle par la plupart des partis / syndicats de gauche ou d’extrême-gauche.

    Voilà, encore moult choses à dire, mais ça suffira pour le moment :D

  7. #7 Yoshi le 18 janvier 2011

    Dernier mot de « Point d’inégalité sans travail »

    Possession matérielle ;)

  8. #8 Brogol lien website le 18 janvier 2011

    Merci pour les grosses fautes Yoshi et Peter, honte sur moi.

    @JR: Je partage le même constat que toi concernant le sentiment quant à l’école qui ne remplit pas son idéal. Mais, souvent l’on se limite à ce sentiment. Combien savent que leur parcours scolaire est en grande partie déterminé par leur milieu social et combien pensent le choisir librement ?

    Après pour les solutions, je suis d’accord avec celles que tu proposes. Dans un cadre de transmissions des connaissances, je crois qu’un professeur pour 6,7 élèves est parfait. Mais, comme le dit Peter cela ne change rien aux problèmes de fonds. Quelles connaissances, quelle culture transmet-on ? Doit-on noter les élèves ? Comment décider si tel élève est apte à suivre tel cours ? Qui décide du contenu du cours ? Etc.

    @Niggzs:
    Je pense que l’impact du milieu social mériterait un article à lui tout seul, j’ai préféré éviter de m’éparpiller.
    Je me suis inspiré de Bourdieu (Les héritiers. les étudiants et la culture) et pour la première partie de Tocqueville mais je ne connaissais pas Jeremy Bentham. Merci pour la référence.

    @Peter:
    Concernant l’égal du voisin : je pense que justement l’envie de pouvoir, ambition naturel de l’homme, est transformé en simple envie d’être comme le voisin. Dans les sociétés aristocratiques d’avant la révolution politique, l’on pouvait être chef de guerre à 20 ans, aujourd’hui c’est inconcevable d’avoir autant de pouvoir si jeune. Y compris dans les classes dirigeantes.
    Il ne faut pas sous estimer le pouvoir du groupe, même dans une société individualiste. L’égalité que l’on nous vend participe justement au formatage. D’autant plus que la recherche d’égalité est souvent inconsciente, liée à un sentiment de justice. C’est ce que j’essaie d’expliquer dans l’article, en croyant chercher le bonheur nous ne faisons que chercher l’égalité. En fait, nous cherchons a existé, a être reconnu par ses pairs.

  9. #9 JR le 18 janvier 2011

    Bon du coup, j’ai maté Franck Lepage, vraiment super instructif. Pour l’école de Condorcet, je ne savais pas.

    Pour ce qui est de plus d’enseignants, j’aime pas trop écrire des pavés, donc, c’est certain que la mission éducative doit être mieux définie, mais je pense que si on fait un peu confiance aux enseignants, ils sont tout à fait capable de faire des choses bien, s’ils ont un peu de temps et moins d’élève en charge…

    Lepage parle dans son spectacle, vers la fin, que l’école a finalement 3 missions, instruire, éduquer et former et je trouve que c’est un bon point de départ pour une redéfinition de sa mission…

  10. #10 Nya Muad Dib le 19 janvier 2011

    Oui jr, et le malheur de l’Education Nationale c’est qu’elle tends de plus en plus à ne faire qu’instruire (danger car on se rapproche de l’endoctrinement, et dans une société qui prône l’individualisme, ça ne sent pas très bon). L’éducation civique (au sens très large, problème sociaux, familiaux, politiques,…) disparaît. La formation apparaît, elle, bien trop tard et ne concerne qu’une minorité.


    Ensuite, niveau égalité, l’égalité des conditions de Tocqueville n’est pas évoquée. Elle est pourtant primordiale dans notre société. Le choix de l’émancipation ou de la servitude.
    A cela on peut combiner le nihiliste/surhomme nietzschéen.
    L’égalité des droits n’est pas à exclure non plus, mais on revient plus au spectacle de Franck Lepage à mon sens.


    Un point que je n’avais pas soulevé dont tu parles et qui me paraît pourtant important (bon, ça relève de la philosophie et s’écarte quelque peu du sujet) : « la passion du bien-être » comme si cela était une finalité pour chaque être humain de se sentir bien.
    Personnellement, la recherche du bonheur n’est pas ma finalité, je sais pertinemment que je ne le trouverai pas, pas dans ce monde en tout cas. Je ne trouverai que des phases de bonheur éphémères (et je ne les recherche pas, elles viennent d’elles même ; je concède que j’apprécie énormément ces moments), car le bonheur/bien-être est éphémère. L’Homme veut toujours plus, cherche toujours plus loin et ne sait se satisfaire de ce qu’il a (bon, pas tout le monde, je pense notamment au monde occidental dont nous connaissons la culture).

  11. #11 aguellid le 19 janvier 2011

    Il y a beaucoup de choses qui sont affirmées sans le moindre début de preuve. Même si elles sont souvent vraies, on ne peut pas affirmer leur véracité partant de ton expérience personnelle.

    « Pourtant, regardez autour de vous, tout ce qui vous appartient est-il vraiment utile ? »

    Oui ! (je vais expliquer pourquoi plus bas)
    Contrairement à ce que tu affirmes, je pense qu’on n’essaie pas d’avoir la même chose que les autres mais mieux que les autres.
    Tout ce qui va suivre est basé sur ce constat (que j’appuie sur un certain nombre d’éléments détaillés par la suite).

    Pourquoi avoir mieux que les autres ?

    Parce que nous sommes considérés dans la société sur cette base. Tu as une belle voiture, tu as plus de chances d’avoir une belle femme. Tu as un costume Ralph Lauren, tu as plus de chances d’être écouté… C’est tout simplement l’instinct primitif des humains dans une société où la religion tend à être bannie et dans laquelle l’humain « doit » être respecté tel quel. Pour avoir vécu ailleurs qu’en France. L’influence des biens matériels peut être largement moins importante qu’en occident. Mais il faut se rendre à l’évidence, en occident, les valeurs féminines l’ont emporté sur les valeurs masculines.

    Exemple, l’honneur est considéré comme une valeur du passé, on en rit. Les nouveaux « héros » du peuple sont les traders et golden boys, avant on pouvait considérait que c’étaient les soldats ou d’autres défenseurs de la liberté et d’un autre point de vue. Peu importe le mérite de ces golden boys, ce sont des parvenus aux yeux des gens.

    Tous nos biens sont-ils utiles ?

    Partant de mon raisonnement précédent, ces biens sont donc tous directement ou indirectement utiles (dans le contexte du modèle de société actuel et du système de valeurs inhérent) car ils permettent d’avancer professionnellement et socialement, ce qui permettra par exemple de se loger dans de meilleures conditions, d’avoir plus d’argent pour l’instruction de ses enfants, de se soigner avec les meilleures techniques par les meilleurs spécialistes…

    Un autre modèle est-il possible?

    Derrière l’universalisme naïf de surface entretenu en occident (je parle d’occident mais le modèle est celui qui règne actuellement dans plus de 90% de la planète à différents degrés), il y a la réalité des gens. Un paradoxe permanent où les gens consomment de plus en plus tout en militant pour l’écologie. Un paradoxe où les gens sont tous entrain de construire leur réseau tout en militant pour la transparence et contre les passe-droit…
    Ce sont exactement les valeurs « féminines » dont je parlais plus haut. Des valeurs qui ne sont pas forcément celles de toutes les femmes mais j’utilise ce terme pour nommer le concept de façon à ce qu’il tienne en un mot.

    Pour résumer, ce concept recouvre l’ensemble des réflexes, des idées épidermiques et même des raisonnements élaborés visant à construire un état d’esprit orienté résultat à court terme en ignorant tout principe qui irait à l’encontre de ces résultats mais en faisant bien attention à recouvrir le pack idéologique avec un emballage permettant de garder bonne conscience.

    Au final, ma conclusion est que d’autres modèles sont possibles mais compte tenu de la nature humaine, nous ne passerons à un autre modèle que lorsque celui-ci se sera vraiment cassé les dents (intégralement ou dans une partie du monde).

  12. #12 Brogol lien website le 23 janvier 2011

    Je partage ton constat de départ, on essaie d’avoir mieux que les autres… mais je rajouterai, les autres du même milieu social. En fait nous ne cherchons pas à être l’égal de notre voisin, mais l’égal de notre voisin modèle. C’est ce que Tocqueville (encore lui) appelle la médiocrité des désirs.
    Expliquons nous par rapport à tes arguments.

    Pourquoi avoir mieux que les autres ?
    Ton costume Ralph et ta belle voiture sont peut être des atouts de ton point de vue, alors qu’ils ne serviront à rien pour d’autres. Une citation d’un célèbre publicitaire l’illustre bien :

    Si, à 50 ans, on a pas une rolex, on a quand même raté sa vie ! — Jacques Séguéla

    Personnellement, je m’en tamponne d’avoir une montre à plusieurs milliers d’euros. Mais de son point de vue, par rapport à son milieu social, c’est un objectif pour être l’égal de son voisin modèle.

    Tous nos biens sont-ils utiles ?
    Je pense que dans ce paragraphe tu parles plus de confort que d’utilité.
    Après, il faudrait en fait définir l’utilité précisément. On pourra toujours trouver une utilité à n’importe quel bien, qu’elle soit vitale, psychologique, morale, religieuse, etc. Mais le sens qui m’intéressait ici était de me démarquer d’une utilité culturelle, qui me paraît ne pas être de l’utilité et de plutôt chercher ce qui est utile universellement. Je dirais même, que si une utilité n’est pas universelle, ce n’est plus de l’utilité mais de la culture. Et je ne connais aucun bien qui ait une utilité universelle.
    À la limite, on pourrait débattre de l’utilité de posséder les biens correspondants aux besoins primaires. Manger c’est utile, mais est-ce utile de posséder la pomme pour la manger ?

    Un autre modèle est-il possible?
    La réalité des gens est complexe, je ne pense pas que tu puisses la résumer comme tu le fais ainsi. La personne qui milite et consomme de plus en plus c’est tout le monde, mais c’est personne. Ça ne correspond à rien en fait.
    Concernant les valeurs féminines, je ne comprends pas bien ce qu’elles ont de féminine. Le genre des valeurs me paraît être une idée masculine, très machiste. Plus sérieusement, ça me paraît infondé.

    Finalement, j’ai l’impression que tu fais la même chose que ce que tu me reproches, à savoir affirmé des choses universelles en partant de l’expérience personnelle.
    Alors, est-ce propre à l’homme d’agir ainsi où dû à notre culture individualiste occidentale ?

  13. #13 peter lien website le 23 janvier 2011

    Tous nos biens sont-ils utiles ? Bien sûr que non, je dirai même que la plupart des biens que nous consommons sont ou absolument inutiles par nature (gadgets, luxe, mode, …), ou parfaitement inutiles par effet du consumérisme (« il me faut absolument ce nouvel iPhone qui est quand même vachement plus mieux que l’ancien *bave* »). L’utilité présumée avancée par Aguellid est complètement subjective, dans cet état d’esprit alors la moindre merde de pigeon peut être considérée comme socialement utile. Le problème, c’est la société consumériste, qui doit rendre des choses inutiles indispensables afin de perpétuer le cycle de la production / consommation –> profit. La vraie question à se poser serait plutôt : ne serions-nous pas plus heureux en consommant moins / mieux et en sortant de ce cycle abrutissant, déshumanisant, pollueur, liberticide et aliénant ? « Moins de biens, plus de liens ! », diraient les Objecteurs de croissance, avec force raison.

    L’exemple de ce très cher Diogène est frappant :

    Ayant vu un jour un jeune enfant qui buvait dans ses mains, il sortit son gobelet de sa besace et le jeta, en disant : « Un jeune enfant m’a battu sur le chapitre de la frugalité ». Il jeta également son écuelle, parce qu’il avait vu de la même façon un jeune enfant qui, parce qu’il avait brisé sa gamelle, recueillait ses lentilles dans le creux de son petit morceau de pain ».

  14. #14 aguellid le 23 janvier 2011

    @Peter, j’ai bien dit « utiles ». Je n’ai pas dit que les biens étaient indispensables. Dans ton exemple, disposer d’un gobelet n’est pas indispensable pour boire de l’eau mais c’est très utile à plusieurs points de vue. Et si tu suis ce raisonnement du strict indispensable je peux te suPeterérer d’arrêter d’utiliser ton PC pour jouer; ça consomme de l’électricité alors que tu pourrais jouer aux cartes. Peut être que le gars qui achète un iPhone utilise beaucoup moins son PC et pollue au final moins que toi. Si tu essaies d’adopter une vision globale sur le sujet, tu verras à quel point l’indispensable peut changer. Pour des millions de gens dans le monde, avoir l’eau du robinet est un luxe, serais-tu prêt à t’en séparer pour autant ? Serais-tu prêt à cesser de jouer aux jeux vidéos pour polluer moins ?..

    @Brogol, Tu as raison sur le fait que je ne démontre pas tout et que je me base sur mon expérience personnelle. Mais comme je l’ai dit au début de mon post, j’apporte quelques éléments qui appuient mon raisonnement.

    « À la limite, on pourrait débattre de l’utilité de posséder les biens correspondants aux besoins primaires. »
    Là, je pense que c’est la même réponse que pour Peter, les gens ne placent pas le curseur du « besoin primaire » au même endroit. Le tiens est sans doute déjà plus beaucoup élevé que celui d’un africain moyen.

    « Manger c’est utile, mais est-ce utile de posséder la pomme pour la manger ? »
    Déjà, dans le cas où il n’y a pas assez de pink lady pour tout le monde que toi tu aimes précisément la pink lady, c’est nécessaire de la posséder. Ensuite, dans le cas où il y en a assez pour tout le monde, le besoin de possession n’est pas évident mais il est quand même là :
    Une des alternatives post société d’abondance est « The Age of access » (Titre d’un excellent livre de Jeremy Rifkin) où les gens ne posséderaient rien mais auraient accès à tout. Stations vélib, Stations autolib… ça ne sert à rien de posséder une voiture si on peut y avoir accès à la demande. Ceci dit, ça se traduit par une normalisation et uniformisation des « expériences de vie », par le regroupement de données personnelles aux mains d’organismes impérativement centralisés (pour les besoins du fonctionnement du réseau)… En gros, ce serait un monde où un restaurant serait forcément une forme de franchise à la Mc Donald’s où l’originalité et l’esprit créatif seraient fortement amoindris (si c’est un système global, ça risque d’influencer carrément notre espèce).

    « La réalité des gens est complexe, je ne pense pas que tu puisses la résumer »
    Je n’essaie pas de résumer la réalité des gens mais la réalité d’un modèle en place (tout le monde n’y adhère pas forcément mais il est là et il est majoritairement suivi). Si l’expression « valeurs féminines » ne te convient pas, on peut la renommer (elle est volontairement machiste pour affirmer mon opposition à ces valeurs). Pour le définir, je ne vois rien d’autre que reprendre « ce concept recouvre l’ensemble des réflexes, des idées épidermiques et même des raisonnements élaborés visant à construire un état d’esprit orienté résultat à court terme en ignorant tout principe qui irait à l’encontre de ces résultats mais en faisant bien attention à recouvrir le pack idéologique avec un emballage permettant de garder bonne conscience. ».

    Exemples concrets : Les émissions de télé réalité où on se fout des losers du casting, consommer de plus en plus tout en militant pour l’écologie, construire son réseau tout en militant pour la transparence et contre les passe-droit… Critiquer le système en tirant à boulets rouges sur ceux qui essaient de le changer. Ce n’est pas forcément nouveau, mais c’est devenu « bien ».

  15. #15 Yoshi le 24 janvier 2011

    Vous vous compliquez trop la vie les mecs !

    Apprenez à ressentir tous les sentiments possibles dans « ce » monde, et vous aurez accompli le but d’(une de vos) vies !

    Allez, je sors !

  16. #16 Brogol lien website le 24 janvier 2011

    @aguellid :
    Besoins primaires
    C’est la dénomination que je donne aux besoins humains indispensables pour vivre : manger, dormir, baiser. Je pense qu’ils sont universels, non ?

    Sociétés alternatives
    On peut aussi faire des sociétés sans possession à l’échelle locale. Je suis d’accord que globalisé, ça tend vers l’uniformisation, puisqu’il n’y aurait plus qu’une société, d’ailleurs c’est ce qu’on observe en partie dans le monde actuel. Mais à l’échelle du local, ça multiplie le nombre de sociétés, donc point d’uniformisation. En tout cas je prends bonne note de ta référence livresque, ça m’intéresse.

    La réalité du modèle
    Ok, je comprends mieux. Tu parles de la primauté exaspérante de l’apparence sur l’action ? Si c’est cela, nous partageons le même constat à ce niveau.

    @Yoshi :
    Non, ne sors pas, c’est intéressant ce que tu nous dis. Comment fait-on pour pour ressentir tous les sentiments possibles ? Apprends-nous !

  17. #17 Yoshi le 24 janvier 2011

    Ce n’est pas à moi de vous apprendre ! O.O
    C’est à vous de trouver tous seuls en vivant une vie riche en événements, cela vous aidera ;)

    De toute façon si vous ne trouvez pas tout, vous avez trois vies pour le faire (en comptant celle-là) ;)

  18. #18 aguellid le 24 janvier 2011

    On est d’accord sur à peu près tous ces derniers points. Ceci dit, je pense que les gens n’acceptent pas de « manger » tout court, ils cherchent à manger mieux, ce qui remet le curseur dans le débat au sein même de ces besoins primaires sans aller aux besoin superflus. D’ailleurs cette différence de qualité dans la bouffe n’est pas que « culturelle » car elle apporte des avantages physiques et intellectuels… donc elle est utile

    Enfin bref, je pense avoir compris ton point de vue avec lequel je partage plus de choses que je ne le pensais à la lecture de l’article. Malheureusement, je doute que beaucoup de monde y adhère (encore moins pour les bonnes raisons).

  19. #19 peter lien website le 24 janvier 2011

    Non mais l’exemple de Diogène est volontairement extrême, je ne suis pas pour appliquer le « strict indispensable », comme tu dis.
    Il faut juste savoir faire la part des choses entre ce qui est réellement utile (manger, se loger, un minimum de confort, internet, …) et ce qui ne l’est pas (4×4 polluant, énième téléphone, écran plat dernière génération, …).

  20. #20 22decembre lien website le 4 mars 2011

    500 € d’un cdd ne valent pas 500 € d’un cdi quand même !

    Le marché du logement parisien nous l’apprend crûment !

  21. #21 Pauline le 22 janvier 2012

    Bonjour,

    Je trouve ton article emprunt de cynisme et qui plus est superficiel. Tu t’arrêtes au constat, il faut plus expliciter le lien de cause à effet sinon ça ne tient pas débout et relève d’un avis personel (certe agrémenté d’une étude, une seule)

    Bon courage pour tes prochains articles.

    (ps: la révolution français, en fin de compte c’est le transfert des pouvoirs de l’aristocratie vers la bourgeoisie et non pas la promotion de l’égalité dans le fond) +1 pour l’internaute qui a cité Jule Ferry.

  22. #22 JR le 25 janvier 2012

    C’est marrant ce retour dans le passé (provoqué par la réception d’un mail…)

    Je ne me rappelais pas que ma première rencontre avec Franck Lepage datait de cette période, et ce qu’il continue de faire est très intéressant, à savoir de l’éducation populaire.

    En gros, ça veut dire que l’école ne marche pas bien, continuons l’instruction en dehors de ses murs. Et ses conférences gesticulées sont réellement intéressantes (en même temps que divertissantes)…

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