Appel Pour une candidature anticapitaliste et antiproductiviste commune
Publié le 08 mai 2011 à 00h46 dans Expression libre
J’ai appris aujourd’hui le choix d’Olivier Besancenot, ancien porte-parole du Nouveau Parti Anticapitaliste, de ne pas se présenter à l’élection présidentielle de 2012.
C’est une décision qui donne à réfléchir. D’un côté, elle peut paraître mauvaise, Olivier étant certainement le plus qualifié, de par sa popularité et sa personnalité charismatique, afin de réaliser un bon score à cette élection. De l’autre, c’est une excellente décision, car la personnalisation du parti (du moins, dans le discours des médias de masse) repousse nombre de militants potentiels, souvent déjà méfiants vis-à-vis du simple concept de parti. C’est le bon vieux dilemme du mouvement d’extrême-gauche, idéologiquement opposé au principe des « élites » et autres « avant-gardes », mais nécessitant pourtant de bons orateurs afin de faire circuler leurs idées.
Dans tous les cas, en tant que sympathisant et militant – non encarté et peu actif – du NPA, celle-ci me rassure sur le bon état d’esprit de notre camarade et plus généralement du parti : la lutte et les idées passent encore avant le pouvoir et la gloire personnelle. Et elle ouvre, à mon avis, de nouvelles opportunités pour une candidature anticapitaliste unitaire en 2012. Mais avant cela…
La stratégie du NPA : oui, elle est bonne ! Mais pas la com.
Le NPA est, depuis sa création, vertement critiqué pour ne pas être assez « unitaire ». Une vaste fumisterie, à vrai dire.
Il serait de bon ton de rappeler que le NPA en lui-même est déjà, de par son objectif et sa conception, un parti ouvert visant à réunir tous les anticapitalistes et assimilés. Certes, il est composé de beaucoup d’anciens de la Ligue Communiste Révolutionnaire, mais aussi d’écologistes radicaux, d’altermondialistes, d’anticapitalistes en tout genre qui ne se reconnaissent pas dans les autres partis – qu’il s’agisse des partis sociaux-démocrates vendus à l’électoralisme type PCF ou des vieux léninistes endoctrinés de Lutte Ouvrière.
De plus, l’unité à tout prix peut sembler un bien bel idéal, mais vu de loin. De très loin, même. L’unité, oui, mais pas avec n’importe qui, et pas n’importe comment. Le NPA est un parti anticapitaliste – et non altercapitaliste, n’en déplaise à Pierre Laurent -, radicalement écologiste, communiste (au sens large du terme), révolutionnaire et anti-bureaucratique. Son objectif est de remplacer le système capitaliste, c’est-à-dire la possession des moyens de production par le privé et l’acceptation de la loi du profit comme principe fondamental de l’économie, par une société sans classes sociales, sans Etat (et non par un capitalisme d’Etat comme en URSS !), sans domination et sans argent. Par un socialisme du 21ème siècle.
Comment, dès lors, se travestir dans des alliances avec des partis fondamentalement bourgeois et de droite comme le Parti « Socialiste », ou même le Parti « Communiste » Français, largement pro-nucléaire, corrompu par l’électoralisme, uniquement soucieux de « garder ses places » et majoritairement composé de sociaux-démocrates un peu plus à gauche que ceux du PS et de quelques résidus néo-Staliniens nostalgiques de l’URSS ? Car, si l’on dit que le pouvoir absolu corrompt absolument, le pouvoir tout court corrompt lui aussi pas mal.
On voit bien comment les « communistes » du PCF ou les « écologistes » des Verts gèrent leurs municipalités ou leurs régions : à peu de choses près – et à quelques exceptions, bien sûr -, comme celles du PS. Eux-mêmes étant assez proches de leurs petits camarades de l’UMP.
L’unité, oui, mais avec des gens qui partagent un semblant de valeurs et d’objectifs avec nous, pas de manière plate et Bayrouesque « On est tous de gauche donc on se tient la main et on vote utile ! ». On ne va pas demander au PS et à l’UMP de présenter des listes communes !
Enfin, il est important de se rendre compte que la parodie de démocratie actuelle, visant à donner une illusion de liberté au Peuple (plus pratique et plus efficace que la force !), ne permet pas, en réalité, de réformer le système en profondeur. L’argument du « Ouais, vous voulez bien critiquer, mais pas gouverner ! » n’en est donc pas un. La prise de pouvoir salvatrice par les urnes est un mythe des plus vulgaires. Le terrain électoral peut être un moyen de lutte important, mais ce n’en est qu’un parmi tant d’autres (grèves, projets réels comme les communautés alternatives, les sociétés coopératives et les Systèmes d’Échange Locaux, la propagande, l’éducation populaire,…). L’idée que le changement viendra des urnes est un leurre, une arnaque, un mensonge.
Il n’y a point d’assujettissement si parfait que celui qui garde l’apparence de la liberté ; on captive ainsi la volonté même – Jean-Jacques Rousseau
La stratégie électorale du NPA, souvent accusé d’être « le cul entre deux chaises », est donc pour moi la bonne. Celle qui consiste à présenter des candidats et listes le plus souvent possible, à s’ouvrir à d’autres mouvements anticapitalistes (par exemple, pour les élections régionales en Auvergne, aux Objecteurs de Croissance et à Alterekolo), tout en restant ferme sur son indépendance vis-à-vis des partis politiques capitalistes soit-disant « de gôche ». Si avoir le cul entre deux chaises, c’est refuser de se soumettre aux diktats des partis électoralistes et réformistes qui n’ont plus rien à voir avec nous, alors je suis disposé à devenir grand consommateur de menuiserie.
Pourtant, malgré toute cette bonne volonté, il y autre chose qui est souvent reproché au NPA : celui de ne pas « proposer grand chose », d’être « uniquement des anti ». Et c’est là que le bât blesse. Car, si il est vrai qu’en interne, les militants fourmillent d’idées quant à ce socialisme du 21ème siècle, ce que j’appellerai la propagande officielle est très souvent tournée vers l’anti-sarkozysme primaire et des propositions superficielles et incomplètes.
Candidature à la présidentielle : une histoire d’idées et non de « pouvoir ».
Car, quel est le but, pour un parti anticapitaliste, de se présenter à des élections, et en particulier à ces élections présidentielles ?
De faire connaître ses idées, pas de gouverner.
Bien. Mais rabâcher que Sarkozy est un très vilain monsieur qui ne sert que les patrons, que les grands capitalistes qui profitent de la crise pour licencier et faire encore plus de bénéfices eh bah c’est pas bien non plus, que la pollution on est contre, c’est loin d’être suffisant.
Nationaliser le système bancaire, c’est certes récupérer une partie du pouvoir monétaire, mais ce n’est pas dire ce que l’on veut en faire. Interdire les licenciements, c’est cool, mais pourquoi ne pas plutôt abolir le salariat et l’exploitation ? Toutes ces mesures d’urgence sont bien jolies, mais étant donné que de toute façon on ne peut (veut) pas être élus, elles ne servent strictement à rien. Le PCF – ou même le PS – peuvent en faire tout autant.
Il faut que nous présentions au Peuple notre vision d’un modèle de société, aussi incomplet et flou soit-il. Il faut planter les graines qui feront germer la société socialiste de demain (enfin, on l’espère). Mais quelque chose de vraiment différent, qui fait rêver, pas un remake de la sociale-démocratie un peu plus radicale à la Mémé Lenchon, un capitalisme light avec des patrons qui exploitent un peu moins, des médias un peu moins abêtissants et des guerres avec des balles en caoutchouc.
Quels sont les concepts dont on devrait entendre parler, de la part de partis dits « révolutionnaires » et « d’extrême-gauche » ?
Oh, en vrac :
-
L’autogestion des entreprises par les travailleurs (c’est-à-dire, la collectivisation des moyens de production, et non leur simple nationalisation).
-
L’abolition du système monétaire basé sur le profit et la thésaurisation pour… autre chose (j’ai moi même quelques idées, mais je n’en parlerai pas ici), afin d’avoir un autre système de distribution des richesses et non une simple redistribution.
-
La mise en place d’une vraie démocratie populaire et directe en lieu et place de cette pseudo-démocratie représentative ; d’une citoyenneté active.
-
L’abolition progressive de l’Etat, de l’armée, des prisons, des frontières,…
-
La refonte totale du système éducatif, autoritaire et dévoué à l’entreprise, pour une éducation humaniste basée sur l’envie d’apprendre, la réflexion personnelle et le débat,… (on ferait d’ailleurs bien de parler de la réussite du Centre universitaire expérimental de Vincennes comme exemple), l’autogestion des établissements.
-
La fin de la société de consommation, du productivisme, du consumérisme, de la publicité,…
-
La relocalisation de l’économie, la critique de l’idéologie de la croissance, la mise en place massive d’une agriculture respectueuse de l’environnement.
-
La création d’un revenu inconditionnel d’existence à vie, pour que la misère ne soit plus qu’un mauvais souvenir.
-
La recherche massive sur les énergies renouvelables, la sortie la plus rapide possible du nucléaire.
-
etc
Retrouver quelques petites choses comme ça me ferait rudement plus plaisir que des « Faire barrage à la droite », « Faire payer la crise aux capitalistes » et autres « Augmenter le SMIC de 300 euros » (tout en négligeant le fait que les mêmes capitalistes augmenteront d’autant les prix de manière à rétablir leurs profits… on a dit que le capitalisme n’était pas réformable, bordel !). Enfin, ce n’est qu’un avis personnel.
Une candidature des anticapitalistes et des écologistes radicaux.
Alors, pour en revenir à l’union : pourquoi ne pas essayer d’organiser un rassemblement large des mouvements anticapitalistes et antiproductivistes, à gauche des partis de gouvernement traditionnels ? Les militants de nombreux mouvements, associations, micro-partis,… partagent en effet de nombreuses idées et valeurs avec ceux du NPA. Il n’y a pas que le Front de Gauche et Les Verts dans la vie, you know.
Imaginez : en 2012, une candidature du NPA, des Objecteurs de Croissance, des Altermondialistes, des anticapitalistes, des libertaires, des écologistes radicaux divers, des dissidents et autres hippies gauchistes commune. Une candidature qui porte les espoirs et les valeurs humanistes d’une nouvelle société alternative au capitalisme. C’est cela que j’appelle l’union, l’unité. Se battre ensemble pour des valeurs, des idées communes – en tenant évidemment compte de nos différences de point de vue -, afin d’apporter un vent d’espoir sur ce monde rongé par le défaitisme et le « pragmatisme ». Faire savoir aux gens qu’il existe des alternatives, des conceptions différentes de la société, des possibilités de s’en sortir. Mais certainement pas de tous se rallier derrière un même politicard aux dents longues afin de grappiller quelques places… quitte à y laisser son « âme ».
Le changement passera par la connaissance et la diffusion des idées.
Quelques noms au hasard… ou presque.
Olivier ne se présentant pas, on peut envisager que nos camarades du NPA seront plus enclins à rechercher un potentiel candidat en dehors des frontières du parti. Mais qui ? En ce qui me concerne, vous l’aurez compris, je pense qu’il est nécessaire de trouver quelqu’un qui « ne soit pas un président de parti », qui puisse représenter le mouvement anticapitaliste tout en étant assez populaire, charismatique et connu. Dur pari, me direz-vous.
Pour ma part, deux noms satisfaisant ces prérequis me viennent pour l’instant à l’esprit :
-
Pierre Rabhi, gentil philosophe et paysan à l’origine de Colibris, Mouvement pour la Terre et l’Humanisme.
-
Paul Ariès, célèbre Objecteur de Croissance, big boss du journal Le Sarkophage.
Si vous ne les connaissez pas déjà (honte à vous !), je vous invite grandement à vous renseigner sur ces deux personnages du monde militant.
Sources
-
L'auteur
gg
Kidnappé par une chauve-souris en chaleur, je me suis retrouvé sur ce blog.
Voir tous ses articles Illustration

#1
Jonathan
le 8 mai 2011
#2
Nya Muad Dib
le 8 mai 2011
#3
Melkion
le 8 mai 2011
#4
gg
le 8 mai 2011
#5
gg
le 8 mai 2011
#6
22decembre
le 8 mai 2011
#7
gg
le 8 mai 2011